Le lobby du pétrole s’active au Québec

Enbridge a pour sa part inscrit trois lobbyistes et un lobbyiste-conseil afin de <em>« favoriser le processus d’acceptabilité sociale »</em> du projet d’inversion du flux de l’oléoduc 9B.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Enbridge a pour sa part inscrit trois lobbyistes et un lobbyiste-conseil afin de « favoriser le processus d’acceptabilité sociale » du projet d’inversion du flux de l’oléoduc 9B.

Le lobby pétrolier est plus actif que jamais au Québec. Le Devoir a recensé plus de 50 lobbyistes inscrits pour faire des démarches auprès de ministères, de municipalités et de sociétés d’État. C’est plus qu’au plus fort du débat sur le gaz de schiste. Ils sont notamment chargés de plaider en faveur des projets de pipelines, ou encore pour que les énergies fossiles «occupent une place plus importante» dans la nouvelle stratégie énergétique. Et l’exploitation est évidemment à l’ordre du jour.

Un total de 12 personnes sont inscrites au Registre des lobbyistes afin de convaincre le gouvernement Marois de donner son appui aux controversés projets de pipelines qui doivent permettre de transporter du pétrole de l’Ouest canadien jusqu’au Québec.

 

À elle seule, TransCanada Corporation a retenu les services de sept lobbyistes-conseils payés « de 10 000 $ à 50 000 . Leur mandat a été inscrit il y a moins de deux semaines. Il consiste à plaider en faveur de leur client « afin qu’une orientation soit prise dans le but d’obtenir l’appui du gouvernement provincial et des instances municipales quant à l’acceptabilité sociale des projets de pipelines de gaz naturel et de pétrole au Québec ».

 

La forte présence de la multinationale s’explique par le fait qu’elle doit annoncer dans les prochains mois les détails d’un imposant projet de pipeline qui reliera l’Alberta au Nouveau-Brunswick. Des centaines de kilomètres de pipeline devront être construits en sol québécois afin de transporter 1,1 million de barils de pétrole brut chaque jour dès 2017. Les lobbyistes de TransCanada font donc des démarches auprès du cabinet de la première ministre Pauline Marois — qui a déjà démontré son intérêt pour le projet —, mais aussi de divers ministères et des municipalités où doit passer le pipeline.


Acceptabilité sociale

 

Enbridge a pour sa part inscrit trois lobbyistes et un lobbyiste-conseil afin de « favoriser le processus d’acceptabilité sociale » du projet d’inversion du flux de l’oléoduc 9B. Ce pipeline doit faire couler chaque jour 300 000 barils de brut jusqu’à Montréal avant la fin de 2014.

 

La pétrolière albertaine peut compter sur le lobbying de Valero, propriétaire de la raffinerie Ultramar située près de Québec. Son lobbyiste-conseil a pour mandat d’« expliquer les conséquences que pourrait générer une opposition » de Québec au projet d’inversion. La Canadian Association of Petroleum Producers, la Fédération des chambres de commerce du Québec et Manufacturiers et exportateurs du Québec (MEQ) ont aussi inscrit des mandats de lobbying en faveur du projet d’Enbridge. MEQ demande aussi au gouvernement Marois de « renoncer à l’augmentation de la cible de réduction des émissions de gaz à effet de serre à 25 % » par rapport à 1990.

 

Québec a dit oui au projet d’Enbridge en décembre. Le véritable feu vert doit toutefois provenir du gouvernement Harper, puisque ce pipeline est de compétence fédérale. Ottawa devrait approuver l’inversion de l’oléoduc 9B d’ici quelques semaines. Avec le projet de TransCanada, le Québec devrait devenir une plaque tournante pour l’industrie pétrolière albertaine.

 

Oui à l’exploitation

 

Le lobby de l’or noir presse en outre le gouvernement Marois d’engager le Québec sur la voie de l’exploitation des énergies fossiles. L’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) a inscrit neuf lobbyistes qui doivent faire valoir les intérêts des pétrolières dans le cadre de l’élaboration de la future loi sur les hydrocarbures et la nouvelle stratégie énergétique du Québec.

 

Leur objectif est que « ces dispositions législatives […] et orientations prévoient un régime de redevances compétitif pour les entreprises exploitant des hydrocarbures au Québec et des modalités favorisant le développement sécuritaire de l’industrie des hydrocarbures au Québec, dans le respect de l’environnement, et que les hydrocarbures occupent une place plus importante dans la nouvelle stratégie énergétique du Québec ». Les lobbyistes de l’APGQ proviennent de diverses entreprises du secteur.

 

Deux autres organisations impliquées dans la filière pétrolière plaident, à travers des démarches de lobbying, pour que les énergies fossiles « occupent une place plus importante » dans la future stratégie énergétique.


Exploiter Anticosti

 

Après avoir été absente du Registre des lobbyistes depuis septembre 2013, Pétrolia y est réapparue le 22 janvier. L’entreprise, qui contrôle plusieurs permis d’exploration pétrolière en Gaspésie et sur l’île d’Anticosti, a inscrit sept lobbyistes. Leur objectif est d’abord de plaider pour « la reprise des travaux de forages du puits Haldimand 4 à Gaspé, notamment par l’adoption d’un règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection qui assure une exploitation optimale du gisement ». Ce forage controversé a été bloqué par l’adoption, en décembre 2012, d’un règlement de protection de l’eau potable à Gaspé.

 

Du côté d’Anticosti, Pétrolia — qui a mis la main sur les droits d’exploration d’Hydro-Québec — souhaite « faciliter l’acceptabilité sociale du développement des hydrocarbures », mais aussi « déterminer les conditions permettant à l’État québécois d’accélérer la mise en valeur du potentiel pétrolier de l’île ».

 

Outre la volonté d’orienter le Québec sur la voie de l’exploitation de pétrole et de gaz, certaines entreprises réclament aussi un plus grand soutien financier du gouvernement aux entreprises du secteur. Les trois lobbyistes inscrits au nom de Junex ont ainsi pour mandat de faire des démarches « pour obtenir une prise de participation d’Investissement Québec sous forme de prêt, de participation au capital-actions de l’entreprise ou autre ». Investissement Québec est le troisième actionnaire de l’entreprise, qui contrôle des permis d’exploration de gaz de schiste et de recherche de pétrole sur Anticosti.

 

L’entreprise demande aussi à Québec de mettre en place un régime de redevances sur le pétrole et le gaz qui soit « concurrentiel avec les autres juridictions en Amérique du Nord ».

 

Enfin, même si elle est partenaire de Pétrolia sur Anticosti et contrôle les permis d’exploration pour le secteur de Old Harry, dans le golfe du Saint-Laurent, Corridor Resources n’a aucun lobbyiste inscrit au Québec.

52 commentaires
  • Yannick Legault - Abonné 27 janvier 2014 03 h 42

    Démesuré !

    Le rapport de force est démesuré. Combien de lobbyiste sont inscrits pour empêcher le développement de cette énergie fossile?? Avec son article récent, Alain Dubuc doit aussi être s'inscrire en tant que lobbyiste, car il doit bien avoir un retour d'ascenceur... Et dire que la société québécoise non seulement n'en profitera pas, mais attendez de voir la quantité de pots cassés à ramasser...

    • Albert Labranche - Inscrit 27 janvier 2014 05 h 32

      Démesuré dites vous!!! Que faites vous des activistes, qui eux sont beaucoup plus nombreux. Parmi eux un grand nombre d'artistes qui ont une vivibilité beaucoup plus grande. En plus, ils sont souvent subventionnés avec vos et mes impôts. Vous avez ceux qui veulent progresser, créer de la richesse et des emplois, et ceux qui ne voient que de problêmes.
      Pour un Québec digne, sans péréquation.

    • Michel Richard - Inscrit 27 janvier 2014 07 h 06

      Vous ne vous basez évidemment sur rien pour parler de retour d'ascenseur. Ou pensez vous qu'il est impossible d'avoir une opinion différente de la vôtre sans être malhonnête ?

    • Jacques Patenaude - Abonné 27 janvier 2014 08 h 58

      Que se passerait-il si après avoir fait tout ce lobbyisme, tout ce débat et tout ce rififi on réalisait qu'il n'y a pas de réserves suffisantes de pétrole pour qu'il soit rentable de l'exploité? Jusqu'à date aucune de ces supposées réserves n'est prouvée sauf le gisement Haldimand qui alimenterait le Québec pour un maigre 23 jours. Il me semble que toute cette campagne lancée par tous ces lobbyistes devraient en premier faire campagne pour qu'on sache si tout cet Eldorado existe vraiment. Ça me donne l'impression qu'ils veulent dépenser l'argent (des contribuables!) avant de l'avoir gagné. Commençons donc par le commencement on verra après s'il est utile d'aller de l'avant. Pendant ce temps là on a des « gisements » d'électricité à exploiter et il serait plus utile de se concentrer là-dessus. Ceux-là au moins on sait que ce n'est pas de la fumée. Mais confirmer une fois pour toute si oui ou non on a du pétrole exploitable c'est une bonne idée. Pour le pétrole commençons par cela après on verra...

    • Bernard Plante - Abonné 27 janvier 2014 09 h 33

      M. Labranche, j'ai la solution parfaite pour vous! Pour obtenir un Québec digne, sans péréquation, faisons-en un pays!

      Car ce n'est qu'à partir du moment où le Québec volera de ses propres ailes et cessera de se laisser ralentir par le lourd fonctionnement d'un pays qui nous ressemble de moins en moins qu'il sera digne.

      Ce n'est qu'à partir du moment où le Québec adoptera sa propre vision d'avenir et cessera de suivre aveuglément un discours passéiste qui cherche à plonger le Québec dans une industrie du siècle dernier qu'il sera libre.

      Ce n'est qu'à partir du moment où le Québec prendra ses propres décisions, en fonction de ses besoins et sans attendre l'approbation de son grand frère qu'il sera devenu un adulte!

      La solution existe. Il suffit de se tenir debout. Le Québec est rendu là.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 27 janvier 2014 09 h 47

      @ Yannick Legault, et les lobyistes de l'étatisation ils sont enrégistrés ou au juste ?

      Il faut comprendre que cette loi sur les lobyistes est bien loin de remplir son rôle de visibilité de qui fait pression pour défendre ses intérêts auprès des politiciens. Tout comme la loi sur le financement des partis politiques est bien loin d'éviter la participation de tiers au élection contre retour d'acensseur de la part des politiciens, la commission Charboneau vient de la démontrer clairement !

    • Frédéric Michaud - Inscrit 27 janvier 2014 10 h 05

      Comparer les "activistes" aux lobbyistes, c'est ne pas savoir ce qu'est le lobby et ça c'est démesuré et malhonnête.
      Les citoyens élèvent leur voix de plus en plus nombreuses et l'industrie est transie de peur d'un bout à l'autre du pays.

      Du "cash" pour du marketing de pseudo-acceptabilité sociale et du développement "durable" d'hydrocarbures qui sont tout de même très éphèmères, ils vont en dépenser beaucoup au cours des prochaines semaines.

      Mes impôts, vos impôts, nous devons payer pour que leurs entreprises fonctionnent, ils font le profit et nous ont va encore payer pour réparer les pots cassés. Quel mauvais investissement pour les QuébécoisEs, l'environnement et générations futures.

      Pour Québec digne devant ses petits-enfants!

    • Danielle - Inscrit 27 janvier 2014 11 h 38

      Pour M. Labranche,

      Vous vous insurgez contre le fait que le fait que les artistes sont subventionnés. Eh bien, ils ne le sont pas dans ce cas ci. Et tenez vous bien M. sait tout: les compagnies gazières et pétrolières sont subventionnées à plein, crédit d'impôts, cash pour ça et autres. Moi, je m'insurge envers des gens comme vous. Vous faites partie des lobyistes qui ne font de la mésinformation. Le pétrole à Anticostie c'est du pétrole de schiste. Le savez vous ça? On parle de fracturation hydraulique. Quand on sait pas de quoi on parle, on se la f...

    • Michel Richard - Inscrit 27 janvier 2014 11 h 59

      M. Patenaude: D'abord il faut explorer pour savoir si il y en a ou pas, du gaz et du pétrole. On peut pas le deviner.
      Ensuite, si une compagnie privée explore et ne trouve rien, ce sont ses actionnaires qui perdent. Ensuite, si elle pense avoir trouvé mais se trompe, ce sont encore ses actionnaires qui perdent.
      Si elle découvre pour vrai, les actionnaires font du cash et le gouvernemnt perçoit de l'impôt et des royautés.
      Et c'est bien comme ça.

    • Jean-Luc St-Pierre - Inscrit 27 janvier 2014 12 h 23

      Hahaha monsieur Labranche! C'est fascinant d'entendre encore ces ramassis de préjugés qui tiennent lieu d'arguments. Vos commentaires sur les artistes sont à mourir de rire, sans compter la glorification de ceux qui "créent de la richesse".

      Demandez aux gens de lag-Mégantic quelle genre de richesse collective nous réserve l'industrie pétrolière. Pour la dignité, on repassera.

      D'ailleurs, un Québec digne commence par un Québec qui sait faire la différence entre la propagande et l'information véritable. Vous êtes très mal parti, c'est le moins qu'on puisse dire.

    • Jacques Patenaude - Abonné 27 janvier 2014 19 h 33

      @ Michel Richard

      Vous illustrez parfaitement le problème de ceux qui nous disent que pour le bien du Québec il faut à tout prix développer le pétrole. Il est loin d'être sûr qu'il y a du pétrole exploitable au Québec. Alors avant d'avancer dans ce sens il est utile d'y penser deux fois avant de faire miroiter les tonnes de redevances qu'hypothétiquement nous engrangerions. Saccager l'île d'Anticosti pour rien ça nous avancerait à quoi au juste?

    • Odette Larin - Inscrit 28 janvier 2014 08 h 44

      À Michel Richard,

      C'est sans doute pour cette raison que les pétrolières/gazières/et prétendus ex-politiciens supposément influents et respectés incitent notre gouvernement à prendre des participations/actions dans ces entreprises : pour que ce soit les contribuables québécois transformés en actionnaires qui perdent. L'environnement saccagé laissé en héritage à nos enfants et petits-enfants? Non merci. À quand les premiers véritables véhicules électriques disponibles pour tous?

  • vincent dostaler - Inscrit 27 janvier 2014 05 h 00

    Avidité et courte vue

    Il y a combien de lobbyistes pour une économie saine pour les humains ???
    L'utilisation des énergies fossiles c'est : inondations, ouragans, tornades, sécheresse, feux de forêt, changements brusques de température, disparition d'espèces animales, accidents et leurs conséquences désastreuses... Éventuellement, immersion de certaines régions et désertification ailleurs, déplacements de populations, famines, maladies... profits pour une petite clique, destruction de l'environnement pour la majorité... Une économie basée sur la surconsommation, un manque de respect pour les premiers habitants, la course avide vers le mur qui nous attend...

    • Odette Larin - Inscrit 28 janvier 2014 08 h 47

      Je partage pleinement votre analyse. Qu'est-ce qu'il faut pour que plus de gens le réalise?

  • Guy Lafond - Abonné 27 janvier 2014 05 h 47

    À quand...


    ...Un lobby sur les trains à haute vitesse reliant Québec et Montréal aux autres grandes villes du continent?

    Si l'Amérique du Nord n'est pas encore convaincu, qu'elle jette un coup d'oeil du côté de la Chine qui projette de tisser sa toile jusqu'en Europe.

    Hello?

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 janvier 2014 15 h 35

      Ce lobby serait à Ottawa, vu que les trains sont de juridiction fédérale.

  • Nicole Bernier - Inscrite 27 janvier 2014 05 h 54

    Et, voilà, nous allons goûter à la médecine de tous ces peuples minoritaires devant le forces du pouvoir financier...

    Les grandes compagnies parviennent toujours à convaincre une partie importante de la petite bourgeoisie de la nation n'ayant pas la puissance financière de leur résister. Cette petite bourgeoisie qui va s'enrichir sur le dos des payeurs de taxes ou sur le dos de leur population qui refusent de vivre ou qui n'ont pas les moyens de vivre comme les "marchands du temple" va nous servir de beaux discours.

    On va voir comment, parmi les Québécois, les 'Corbeau' prêts à dire n'importe quoi pour tromper les "Renard' et pour s'enrichir personnellement, les beaux discours qui vont être utiliser pour vendre le Québec à rabais aux grosses entreprises. L'Alberta vit actuellement leur lune de miel avec ces grandes rapaces financières, mais comme fille d'une ville minière, je n'oublie pas les coûts de l'effondrement du marché... Les dumps de résidus d'amiante trainent toujours et, eux, sont partis s'enrichir ailleurs. Ils ne deviennent pas ces super puissances en répartissant équitablement les revenus et les dépenses entre eux et la population. Ces grandes compagnies ont détruit bien des peuples, serons-nous le prochain?

    Plein de Canadiens se sont unis pour résister à leurs tentatives et, là, un des peuples minoritaires du pays est devenu la prochaine cible des ces compagnies super puissantes. Au Québec, il n'y a pas eu, jusqu'à maintenant, ce front commun des forces vives avec les autochtones pour résister à ces rapaces sans coeur, le gouvernement Marois a préféré miser sur la charte. Cette division autour de la Charte nous rend encore plus vulnérable devant le pouvoir de l'argent... surtout quand la population s'appauvrit comme c'est le cas actuellement...

    Nous sommes dans une double situation de faiblesse pour faire face aux millions qui vont déferler sur le Québec pour « obscurancer » les mémoires et nous faire oublier qui va réellement s'enrichir de ces grands travaux...

  • Claudette Rodrigue - Abonnée 27 janvier 2014 06 h 17

    D'autres dépliants publicitaires en pseudo-français avec ça?

    Le dernier dépliant de Trans Canada Pipeline est lamentable! Quelle mentalité!