Un quart des requins et raies au bord de l’extinction

Les requins sont utilisés par l'humain dans l'alimentation, la maroquinerie, le tourisme, les cosmétiques et sont parfois maintenus en captivité. Pourtant, les requins sont considérés comme indispensables à leur écosystème.
Photo: Source Explora Les requins sont utilisés par l'humain dans l'alimentation, la maroquinerie, le tourisme, les cosmétiques et sont parfois maintenus en captivité. Pourtant, les requins sont considérés comme indispensables à leur écosystème.

Pas moins du quart des espèces de requins et de raies sont tout simplement au bord de l’extinction, selon des données rendues publiques jeudi par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Un constat étonnant, selon l’organisme qui dresse depuis 50 ans la liste des espèces menacées dans le monde.

« Notre analyse démontre que les requins et les espèces associées font face à un risque alarmant d’extinction », a fait valoir jeudi le chercheur Nick Dulvy, associé à l’UICN. Les espèces de raies et de requins de plus grande taille qui vivent dans les eaux accessibles pour les pêcheurs sont les plus menacées, a-t-il ajouté.

 

La surpêche demeure en effet la principale menace pour ces poissons, qui comptent pas moins de 1041 espèces. Près de 10 % des stocks mondiaux sont pêchés chaque année, ce qui empêche tout renouvellement des espèces.

 

En plus de la surpêche dont elles font l’objet, les raies sont très souvent victimes de prises accidentelles. Mais les chercheurs de l’UICN déplorent que les mesures de protection pour ces espèces, dont la grande raie manta, fassent toujours cruellement défaut.

 

Environ 100 millions de requins sont quant à eux tués chaque année dans le monde, selon l’organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture, qui estime que 90 % des populations ont disparu en un siècle. Le continent asiatique est pointé du doigt comme commanditaire de l’abattage des requins, en raison de l’engouement pour la soupe d’ailerons de requins.

 

Espèces vulnérables

 

Plusieurs espèces de requins et de raies sont particulièrement sensibles à la surpêche, puisqu’elles mettent des années à atteindre leur maturité sexuelle. La femelle requin blanc prend par exemple entre 12 et 18 ans pour y parvenir.

 

Et dans le cas des requins, la réputation de bêtes qui tuent sans discernement leur a aussi valu d’être pêchés intensivement et sans scrupule. Le cas du requin blanc est encore une fois particulièrement éloquent. Dans le sud de l’Australie, la population a même chuté de 94 % entre 1980 et 1990, avant de faire l’objet de mesures de protection plus ou moins efficaces. Présents aussi le long des côtes africaines, ils représentent un trophée de pêche sportive des plus prisés. À titre d’exemple, une mâchoire peut se vendre jusqu’à 75 000 $ sur Internet.

 

Le réseau Traffic — partenariat entre WWF et l’Union internationale pour la conservation de la nature — a listé cette année les 20 pays qui comptabilisent 80 % des prises mondiales de requins enregistrées entre 2002 et 2011. Après l’Indonésie, l’Inde et l’Espagne, on trouve notamment Taïwan, l’Argentine, le Mexique, les États-Unis, le Japon, la France, le Portugal et la Corée du Sud. Les trois pays européens présents dans cette liste — Espagne, France et Portugal — sont responsables de 12 % des prises mondiales annuelles. Cela représente plus de 12 millions de requins.

 

Les requins et les raies font partie d’une classe de poissons cartilagineux plus anciens que leurs congénères. Ils constituent en fait l’un des plus anciens et diversifiés groupes d’animaux de la planète.

 

9 commentaires
  • Jean-Marc Simard - Abonné 24 janvier 2014 02 h 26

    Réflexion bizarre !

    "Pas moins du quart des espèces de requins et de raies sont tout simplement au bord de l’extinction"

    Comment peut-on dire que 1/4 des espèces de requins et de raies sont en voie d'extinction ? Est-ce à dire que les 3/4 ne sont pas en voie d'extinction... Réflexion bizarre... Ces espèces sont-elles en extinction, oui ou non ? L'extinction est ou n'est pas... Elle ne peut l'être à moitié ou au quart...Bizarre,bizarre...

    • Gilles Théberge - Abonné 25 janvier 2014 09 h 09

      Il n'y a rien de bizarre là-dedans, et c'est très alarmant, parce que dans le monde du vivant, tout est en interdépendance. Si la chaîne est rompue par l'imbécilité humaine, c'est toute la chaîne alimentaire qui est menacée d'effondrement.

      Heureusement il y a des tes gens qui le comprennent. Malheureusement ce ne sont pas les bons, je veux dire ceux qui sont en mesure d'arrêter le massacre.

  • Marc Dufour - Abonné 24 janvier 2014 07 h 18

    Réponse pour M. SImard.

    Il existe quelque 500 espèces de requins, et un peu plus d'espèces de raies qu'on classe parmi les Chondrichthyens (poisson cartilagineux) du fait que leur squelette est formé de cartilage plutôt que d'os comme c'est le cas pour la majorité des poissons. Cela veut donc dire que 250 espèces sur les 1000 sont en voie d'extinction. Je vous rappelle que le taux d'extinction est habituellement de 1 à 5 espèces par années et qu'une espèce s’éteint habituellement après 5 à 10 millions d’années. Les poissons cartilagineux sont ce qu'on appelle couramment des fossiles vivants du fait qu'ils sont sur terre depuis bien plus longtemps que leur espérance de vie d'espèce (la plupart des requins modernes existent depuis le Jurassique ou le Crétacé) donc approximativement 100 millions d'années. Donc 25% (250 espèces) sont menacées de disparaître et on ne parle pas de temps géologique ici, mais plutôt de quelques années. Vous pensez que ce n'est pas assez alarmant? Si l’on ajoute que la plupart de ses animaux jouent un rôle important de régulateur des océans, car ils dominent habituellement la chaîne alimentaire je crois que cet article confirme assez bien que la situation est plutôt catastrophique. En terminant, le fait de dire que 250 espèces sont menacées de disparition ne fait pas des autres Chondrichtyens des espèces non vulnérables ou hors de danger automatiquement. On met simplement l'accent sur les espèces plus à risque c'est-à-dire celles qui risquent de disparaître en premier.

    En espérant vous avoir aidé dans votre réflexion.

    • Jean-Marc Simard - Abonné 24 janvier 2014 09 h 53

      Merci Monsieur, votre réponse me satisfait...J'avais mal lu l'article...J'avais compris 1/4 des requins et non 1/4 des espèces...Merci

    • François Beaulé - Abonné 26 janvier 2014 07 h 00

      Peut-être que ce sont désormais les hommes qui dominent la chaîne alimentaire après le règne des requins qui a duré 100 millions d'années. Nous sommes les nouveaux requins sur terre et dans les mers.

  • Louise Richard - Abonné 24 janvier 2014 08 h 05

    Ça se voit facilement

    Nous venons depuis neuf ans au Mexique, au sud, sur le Pacifique, dans un petit village loin des stations balnéaires. On y pratique la pêche, évidemment, dont la pêche au requin. Il y a neuf ans, les pêcheurs allaient pêcher à 20km des côtes pour attraper le requin. Il y a cinq ans, ils devaient s'éloigner à 60km pour en voir. Cette année, nous venons d'y arriver pour quatre semaines et nos amis pêcheurs nous ont dit qu'ils doivent aller à 140km des côtes pour faire leur pêche.

    Et oui, la première chose qu'ils font, c'est de couper les ailerons, pour la soupe... Mais la soupe ailleurs. Eux ne mangent pas cette soupe.

    • François Beaulé - Abonné 26 janvier 2014 07 h 03

      Vous écrivez: «nous venons...». Donc vous êtes au Mexique en ce moment. Chanceuse... Ici , il fait frette!

  • Denis Gobeille - Abonné 24 janvier 2014 09 h 21

    Il faut interdire la pêche aux chalutiers

    Comme pour la morue du Québec, il a valu 10 ans, de la création d’une flotte de chalutier québécois subventionné par le gouvernement en 1978 à l’adoption d’un moratoire sur la morue en 1988 , dont le stock sont insuffisant aujourd’hui pour permettre la pêche, comme tous les autres poissons de fonds dans le Golf St-Laurent.

    Nous devrions interdire la pêche aux chalutiers avec de grands filets de fond qui ramassent tout sans distinction.

    • Gilles Théberge - Abonné 25 janvier 2014 09 h 13

      Qui va faire réussir à faire ça?

      Bonne chance!