Le «potentiel économique» ne sera pas évalué

La ministre québécoise des Ressources naturelles Martine Ouellet
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot Archives La ministre québécoise des Ressources naturelles Martine Ouellet

Québec vient de modifier l’appel d’offres lancé afin de préciser le « potentiel économique » des énergies fossiles de deux secteurs du golfe du Saint-Laurent. Le gouvernement a décidé d’évacuer l’obligation d’évaluer les retombées économiques d’une éventuelle exploitation. Et selon les exigences de Québec, il est fort possible que le contrat soit donné à une entreprise de l’extérieur de la province.

 

Le ministère des Ressources naturelles a lancé en décembre un appel d’offres pour une étude dont l’objectif sera de déterminer s’il pourrait exister des ressources pétrolières et gazières exploitables dans la structure Old Harry, située en plein coeur du golfe. La demande vaut aussi pour un secteur de 1000 km2 nommé « banc des Américains » et situé tout juste à l’est de la Gaspésie.

 

À une semaine de la date butoir pour répondre à l’appel d’offres, Québec a décidé d’en modifier des critères. Le ministère des Ressources naturelles a ainsi décidé de retirer l’obligation, pour tout soumissionnaire, de « démontrer dans sa soumission qu’il maîtrise les divers systèmes de redevances en place au Canada et ailleurs dans le monde ainsi que sa connaissance du secteur des retombées économiques de cette filière énergétique sur le Québec ».


Exit les « retombées »

 

L’entreprise qui obtiendra le contrat — évalué à entre 200 000 $ et 300 000 $ — n’aura pas non plus à démontrer qu’elle est en mesure de produire une « analyse économique reliée aux retombées de cette filière énergétique en milieu marin ». Le document de l’appel d’offres indique pourtant que le gouvernement Marois souhaite précisément obtenir une « étude indépendante sur le potentiel économique des hydrocarbures en milieu marin ».

 

Au ministère des Ressources naturelles, on a répondu mercredi que l’appel d’offres n’a pas été modifié. « Ce qui a été modifié, ce sont les critères de sélection de la firme. Considérant les livrables généraux et le mandat, il a été jugé trop restrictif d’exiger ces critères, ils ont donc été retirés », a fait valoir le cabinet de la ministre Martine Ouellet par courriel.

 

L’entreprise qui sera retenue devra essentiellement analyser les données des relevés sismiques déjà réalisés « au début des années 1970 ainsi qu’en 1998 et en 2002 » et qui lui seront fournies par le ministère. « Des rapports techniques sur des puits d’exploration pétroliers et gaziers, forés en périphérie de ces zones, seront aussi transmis au prestataire de services. »


Entreprise québécoise ?

 

Malgré une demande en ce sens, Québec n’a par ailleurs pas retiré l’obligation pour les soumissionnaires de démontrer qu’ils possèdent de l’expérience dans ce type d’étude. Pour ce faire, l’entreprise doit donner au moins deux exemples de projets de même nature qu’elle aurait déjà menés.

 

Une telle exigence risque d’exclure les entreprises québécoises, selon le biologiste Sylvain Archambault. Il voit mal quelle entreprise d’ici pourrait répondre à ce critère. « Les entreprises qui ont mené ce genre d’analyse ne courent pas les rues. C’est hautement technique et l’étude doit être menée en très peu de temps. Il faudra plusieurs personnes qui travailleront ensemble, et rapidement, à partir de données complexes à analyser. » L’entreprise qui sera désignée après le 21 janvier devra remettre son étude au plus tard le 15 avril.

 

Québec s’intéresse particulièrement au potentiel que pourrait receler la structure d’Old Harry. Jusqu’à présent, les seules données disponibles concernant ce secteur proviennent de relevés sismiques. Aucun forage exploratoire n’a été mené.

 

Dans le cas du banc des Américains, une étude datant de 2012 commandée par Pêches et Océans Canada conclut que, selon les données actuellement disponibles, le secteur présente un faible potentiel pétrolier. La ministre Ouellet dit vouloir connaître le potentiel en hydrocarbures tout en promettant de protéger la zone de toute exploitation. Ottawa a désigné le banc des Américains comme « site d’intérêt » pour la création d’une zone de protection marine en 2011.

14 commentaires
  • Michel Richard - Inscrit 16 janvier 2014 06 h 54

    Quel cafouillage !

    On demande une étude économique mais les soumissionnaires n'ont pas à démontrer qu'ils ont les capacités requises pour faire une étude économique . . . Quelle crédibilité aura l'étude dans ce cas ? Tout ce qu'on sait, et on le sait déjà, l'argent dépensé pour cette étude sera purement gaspillé.

    • Guy Vanier - Inscrit 16 janvier 2014 07 h 24

      Un autre show de boucane!

    • Louis Major - Inscrit 16 janvier 2014 09 h 11

      Ce n'est pas une étude économique qu'il commande mais plutôt une évaluation des ressources et son exploitation!

    • Bernard Plante - Abonné 16 janvier 2014 11 h 25

      Cafouillage ou camouflage?

      Devant les mauvaises réactions à un appel d'offres qui évalue le potentiel économique de la ressource pétrolière dans une zone sensible, le gouvernement vient tout simplement de retirer l'élément qui choquait.

      Ce qui ne veut pas dire que l'information initalement voulue ne pourra être obtenue! Une fois la quantité de pétrole connue, il est très simple d'en évaluer le potentiel économique, surtout pour une firme spécialisée dans ce domaine.

      Cafouillage ou camouflage? Probablement un peu des deux.

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 16 janvier 2014 07 h 37

    Dépense électorale

    Selon les informations fournies dans les réponses de la ministre, il me semble claire que ce contrat d'analyse ne servira qu'a fournir des outils politique pour se créer du capital politique pour les prochaines élections. De ce fait, ces dépenses devraient être imputées au budget des dépenses électorales du parti québécois à qui ses résultats serviront. Puisque les informations retenues ne seront enfin d'aucune utilité pour le développement future, si jamais il y avait développement pétrolier au Québec.

  • Pierre Vincent - Inscrit 16 janvier 2014 08 h 44

    On ne sait rien mais on veut tout savoir...

    Décidément, la valse-hésitation est en train de se transformer en véritable tango.

    Une zone à haute valeur écologique et à faible potentiel pétrolier en voie d'êre désignée zone de protection marine devrait tout simplement être désignée zone de protection marine, sans se poser d'autres questions, il me semble...

    Pour ce qui est du potentiel économique, il doit se baser sur une évaluation précise des réserves de pétrole ou de gaz en place et aussi de la nature de ce pétrole et de ce gaz naturel. Je ne crois pas qu'on puisse faire ce travail en deux mois, même en ayant recours à des ressources à l'extérieur du Québec. Et si le ministère a déjà les informations en main et qu'il souhaite simplement confier à des consultants leur mise en ordre, cela signifie que les fonctionnaires du ministère sont incompétents.

    Vraiment déplorable, l'évolution de la politique énergétique du Québec, alors qu'elle n'est pas encore publiée...

  • Jacques Morissette - Inscrit 16 janvier 2014 08 h 48

    Faire du recul peut-être un signe d'intelligence.

    Dire le volume potentiel dans un site et faire une étude économique, ce sont deux choses bien différentes. C'est peut-être une façon pour le gouvernement d'avoir des résultats un peu plus objectifs. À la limite, le gouvernement pourrait dire aux minières, la clé est sous le paillasson, concernant ces sites, vous n'avez qu'à vous servir, nous sommes contents pour vous.

    Au sujet de l'étude économique, si le gouvernement veut VRAIMENT faire preuve de rigueur, c'est à ce niveau qu'il devrait avoir son mot à dire, prenant en considération les intérêts du Québec et en tenant compte de la sécurité environnementale des endroits concernés. J'aime mieux un gouvernement qui recule pour réfléchir qu'un autre fonçant tête baissée au risque de frapper un mur.

  • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 16 janvier 2014 09 h 14

    Encore...

    Bonjour,

    Cette réorientation de l’étude du potentiel économique de la zone du Banc des Américains précise ce que le MRN cherche vraiment. Le lapsus antérieur du ministre trahi ses vraies pensées sur le thème.

    La voie est un peu plus claire; une réévaluation du potentiel économique de la zone basé sur la somme des connaissances jusqu'à date, en employant les méthodes d’analyse les plus avancées. Les méthodes et les connaissances nécessaires pour ce genre d‘analyse d’hydrocarbures se limite a très peu d’entreprises dans le monde entier. Par contre armer un Rapport Économique complet qui inclue cette étude d’hydrocarbures est certainement dans les capacités de plusieurs entreprises du Québec.

    Les déclarations du ministre, toutefois, nous laissent toujours perplexes et sont en contradiction avec l’objectif déclaré du gouvernement. Peut-on espérer un peu plus de cohérence?

    Merci.