GES: Ottawa rate ses cibles de réduction

À moins de consentir des efforts supplémentaires majeurs, le Canada ratera complètement les cibles de réduction de gaz à effet serre pourtant revues à la baisse par les conservateurs. Les émissions devraient plutôt grimper, alimentées par les pétrolières qui exploitent les sables bitumineux albertains.

 

Sans en faire l’annonce et sans diffuser le moindre communiqué, le gouvernement Harper a publié fin décembre sa sixième communication nationale sur les changements climatiques. Ce document a été déposé dans le cadre des exigences de déclaration en vertu de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques.

 

Bien que pratiquement ignoré, le rapport n’en représente pas moins le portrait le plus à jour concernant les émissions canadiennes de gaz à effet de serre (GES). Ottawa y reconnaît d’ailleurs que « dans un contexte de forte croissance économique », respecter ses engagements de réduction « pourrait s’avérer un défi ».

 

Hausse des pétrolières

 

Officiellement, le fédéral s’est engagé à réduire ses émissions de GES de 17 % par rapport aux niveaux de 2005, et ce, d’ici 2020. Mais les chiffres publiés dans le rapport démontrent très clairement que la cible — beaucoup plus modeste que les engagements du protocole de Kyoto — ne sera pas atteinte.

 

En 2020, les émissions canadiennes devraient totaliser 734 millions de tonnes de GES. Pour respecter ses engagements, Ottawa devrait les ramener à 612 millions de tonnes avant la fin de la décennie. Or, au lieu de diminuer, les émissions repartiront à la hausse au cours des prochaines années. L’industrie pétrolière sera en bonne partie responsable du phénomène. Uniquement pour les sables bitumineux, les émissions devraient passer de 20 à 75 millions de tonnes.

 

« On prévoit qu’en 2030, compte tenu des mesures actuellement en place, les émissions du Canada s’élèveront à 815 [millions de tonnes de GES], et seront donc supérieures de 11 % aux niveaux de 2005, reconnaît Ottawa dans le document remis à l’ONU. La prise de mesures supplémentaires par les gouvernements fédéral, provinciaux ou territoriaux permettrait de réduire ce nombre. »

 

Mesures critiquées

 

Vantant tout de même son bilan, le gouvernement Harper évalue que sans les mesures qu’il a mises en place, les émissions atteindraient 862 millions de tonnes en 2020. Et malgré les nombreuses critiques internationales, Ottawa se présente comme un joueur très actif dans les négociations internationales sur le climat.

 

Le porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbeault, estime au contraire que le Canada, « qui a pourtant déjà été un leader dans la lutte contre les changements climatiques, ne démontre désormais aucune intention de prendre cet enjeu au sérieux ».

 

M. Guilbeault rappelle ainsi qu’Ottawa n’a toujours pas présenté le moindre cadre qui permettrait de limiter les émissions du secteur pétrolier et gazier. « Hélas, conclut-il, les données publiées par le gouvernement Harper n’ont rien de surprenant. »

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Le gouvernement en mission pour rattraper son retard

Un document émanant de Travaux publics obtenu par Le Devoir donne instruction aux fonctionnaires fédéraux de se donner des cibles ambitieuses pour rattraper le retard accumulé en matière de réduction des gaz à effet de serre. Ce document très technique explique aux fonctionnaires à qui incombera cette responsabilité comment remplir le rapport 2014-2015 qui énumère les objectifs de chaque ministère et indique s’ils ont été atteints. Un des objectifs est la réduction des émissions de GES. Le document donne donc aux fonctionnaires instruction d’« insérer le pourcentage de réduction » visé et ajoute ce conseil : « veuillez envisager d’augmenter votre engagement pour aider à combler l’écart actuel de 5 % ». Le député libéral John McKay estime que « cela démontre que le gouvernement n’atteindra jamais ses propres objectifs ».

6 commentaires
  • Robert Henri - Inscrit 10 janvier 2014 07 h 18

    Le gouvernement atteint sa cible au contraire.

    Le gouvernement atteint sa cible au contraire. Toutes les décisions du gouvernement Harper indiquent que la cible cachée mais réelle de ce gouvernement est d'enrichir le plus possible les sables bitumineux canadians et l'industrie qui va avec tout en imposant au pays la vision martiale et puritaine de la droite religieuse étasunienne. «L'environnement, c'est bien beau mais il faut prendre des risques pour que le pays se développe». «Le réchauffement climatique n'existe pas». Mensonges, mensonges et mensonges que la politique Harper.

  • Josette Allard - Inscrite 10 janvier 2014 07 h 44

    Fausser les statistiques

    Comme si le fait de prendre des engagements écrits va réduire dans les faits la pollution. Ce que ce gouvernement veut , c'est un rapport statistique qui le fera bien paraître aux élections de 2015.

  • Jean Richard - Abonné 10 janvier 2014 10 h 26

    Ottawa ou le Canada ?

    Est-ce Ottawa ou tout le Canada qui rate sa cible ?

    Aux dernières élections fédérales, on a élu les membres d'un gouvernement en sachant au départ que l'environnement ne faisait pas partie de ses priorités. Alors ceux qui ont négocié des cibles de réduction des GES sur la scène internationale avaient eu auparavant l'appui de la population. Et il est clair qu'aux prochaines élections fédérales, aucun parti ne va miser en priorité sur l'environnement pour défaire le gouvernement actuel.

    Il y a plusieurs façons de voter : celle qui se pratique le jour des élections et toutes les autres qui se pratiquent entre ces élections. En maintenant une pression sur la demande en pétrole par des habitudes de consommation auxquelles on n'entend pas renoncer, les Canadiens envoient un message bien clair aux politiciens, à savoir que le parti qui oserait entreprendre une campagne électorale avec l'environnement ou simplement la réduction de la consommation d'énergie comme priorité, ce parti risquerait fort de mordre la poussière.

    Les préoccupations environnementales de la majorité sont beaucoup plus théoriques que pratiques ; les gouvernants le savent et en profitent.

  • Sylvain Auclair - Abonné 10 janvier 2014 11 h 03

    On se contredit

    On dit souvent qu'il faut être plus riche pour pouvoir mieux protéger l'environnement. Aujourd'hui, le gouvernement dit bizarrement le contraire.

  • Simon Chamberland - Inscrit 10 janvier 2014 21 h 10

    Coupables à chaque plein

    On a beau blâmer Harper, mais près de chez moi, ça roule vite, ça laisse tourner le moteur de sa voiture au ralentit pendant un quart d'heure en attendant que les enfants sortent de l'école, on demande de nouvelles routes et on est près à prendre sa voiture pour aller dans une grande surface pour acheter des patentes faites en Chine...

    • Julie Carrier - Inscrite 11 janvier 2014 12 h 02

      Entièrement d'accord, le problème énoncé ci-haut est le vrai problème de société qu'il faudra régler. Et de toutes les sociétés.