L’Europe en sérieux manque d’abeilles

Le taux de mortalité des abeilles est d’environ 30 % chaque année depuis 2007 en Europe.
Photo: Agence France-Presse (photo) Fred Tanneau Le taux de mortalité des abeilles est d’environ 30 % chaque année depuis 2007 en Europe.

Nouveau signal d’alarme pour les colonies d’abeilles et, par ricochet, pour l’agriculture. L’Europe accuse un déficit de plus de 13 millions de colonies de ces insectes qui jouent un rôle majeur dans l’alimentation humaine. Un phénomène qui s’inscrit dans un déclin marqué des populations partout dans le monde.

 

Selon ce qui se dégage d’une nouvelle étude britannique, le manque à gagner du continent dépasse les sept milliards d’abeilles, soit l’équivalent de 13,4 millions de colonies. Les données, publiées dans la revue scientifique Plos One, indiquent ainsi que l’Europe « a seulement deux tiers des colonies d’abeilles dont elle a besoin ».

 

Dans la moitié des 41 pays étudiés par les chercheurs de l’Université de Reading, « il n’y a pas assez d’abeilles pour polliniser correctement les cultures, notamment en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie ».

 

Le cas de la Grande-Bretagne est particulièrement préoccupant, avec moins d’un quart des insectes nécessaires à la pollinisation. En France et en Allemagne, à peine de 25 % à 50 % des colonies nécessaires sont présentes. Or, plus du tiers de l’alimentation dépend des abeilles.

 

Biocarburants en cause

 

L’agriculture développée uniquement dans le but de produire des biocarburants serait la première raison de ce criant manque à gagner. En effet, le développement de cette industrie a entraîné une croissance des besoins de pollinisation cinq fois plus rapide que le nombre de colonies d’abeilles entre 2005 et 2010.

 

L’Europe paie maintenant le prix fort de cette explosion de la demande. L’agriculture destinée à l’alimentation dépend en fait de plus en plus des pollinisateurs sauvages — bourdons, papillons, etc. —, réputés plus vulnérables. Ces espèces sont notamment fragiles dans des situations de monoculture, une pratique qui est pour ainsi dire la norme en agriculture. « Nous allons vers une catastrophe à moins d’agir maintenant : les pollinisateurs sauvages doivent être mieux protégés », plaide d’ailleurs un des auteurs de l’étude, Simon Potts.

 

La demande accrue de l’agriculture européenne survient par ailleurs dans un contexte de déclin marqué des populations d’abeilles, un phénomène baptisé « Syndrome d’effondrement des colonies ». Le taux de mortalité des abeilles est d’environ 30 % chaque année depuis 2007 en Europe.

 

Déclin américain

 

Ce phénomène inquiétant prend aussi de plus en plus d’ampleur en Amérique du Nord. À titre d’exemple, près du tiers des colonies d’abeilles aux États-Unis ont été décimées au cours de l’hiver 2013. Selon une enquête menée par le ministère américain de l’Agriculture et des associations professionnelles, les colonies ont alors décliné de 31,1 %. C’est 42 % de plus que l’hiver précédent, lorsque 21,9 % d’entre elles avaient disparu.

 

Désormais, et sans que les experts s’accordent sur un facteur déterminant, une moyenne de 30 % des colonies d’abeilles meurent chaque année depuis l’hiver 2006-2007.

 

Le recul mondialisé a été imputé à tout un faisceau de causes, à commencer par les pesticides, d’où la décision de Bruxelles d’en interdire plusieurs. En 2011, le Programme des Nations unies pour l’environnement avait dénombré 12 facteurs pouvant expliquer la mortalité des abeilles, surtout dans l’hémisphère nord industrialisé : outre les pesticides, il montrait surtout du doigt la pollution de l’air et la réduction du nombre de plantes à fleurs. D’autres spécialistes accusent l’extension de la monoculture, qui amenuise la diversité de la flore nécessaire aux abeilles, et du même coup leur résistance immunitaire.
 

 

Avec l’Agence France-Presse

7 commentaires
  • Roxane Bertrand - Abonnée 10 janvier 2014 08 h 33

    Folie

    Faire de l'agriculture pour fabriquer des biocarburants est une hérésie. Ce n'est ni efficace, ni rentable. Cela appauvrit les sols, vide les ressources et crée de la famine. On est mieux encore avec le charbon.

    La fabrication de biocarburant est un symbole. Un symbole qui sera étudier dans les livres d'histoire pour illustrer le manque de vision globale de notre ère. D'ailleurs, le déclin des abeilles aussi!

    • Pierre-Alain Cotnoir - Abonné 10 janvier 2014 09 h 06

      Croyez-vous vraiment que ce sera étudié? L'effondrement de cette civilisation sera à la hauteur de son orgueil et risque d'affecter durement et durablement l'espèce humaine. Alors, quelle institution survivra pour se pencher sur les causes de cette catastrophe annoncée? James Lovelock a déjà écrit que l'humanité entrant dans ce siècle avec plus de 6 milliards d'humains en sortira avec moins de 1 milliard...

    • Guy Vanier - Inscrit 11 janvier 2014 10 h 31

      Le moto des néolibéraux est:
      Je ne serai plus là et toi non plus..........

    • Simon Chamberland - Inscrit 11 janvier 2014 17 h 45

      M. Vanier,

      Historiquement, les communistes ont fait bien pire pour l'environnement.

  • Françoise Breault - Abonnée 11 janvier 2014 12 h 56

    Parmi les 12 facteurs du PNUD

    Parmi les facteurs énumérés par le PNUD, est-ce que les OGM étaient identifiés? Si non, il y aurait aveuglement aussi de la part du PNUD...

  • Michel Vallée - Inscrit 11 janvier 2014 15 h 49

    Le maïs, le riz, le blé ainsi que la pomme de terre n’ont que faire des abeilles

    Le maïs, le riz, le blé ainsi que la pomme de terre -dont se repaît l’essentiel de l’humanité et que l’on cultive en abondance de par le monde- n’ont que faire des insectes pollinisateurs pour se reproduire.

    Par exemple, la pomme de terre –dont on ne consomme que la tubercule- se reproduit végétativement, tandis que le maïs éclôt grâce au vent qui agite et libère le pollen des inflorescences mâles, lequel tombe vers les inflorescences femelles par simple gravité.

    • France Marcotte - Inscrite 12 janvier 2014 17 h 34

      Les scientifiques s'inquiètent, les agriculteurs s'inquiètent, les journalistes s'inquiètent mais M.Vallée, lui, décrète que c'est pas grave, on peut vivre sans les insectes pollinisateurs et le seul but de la vie sur Terre, c'est de servir les mangeux de patates.

      Pitié!