De la bière… à la baleine

Des groupes environnementaux ont condamné la commercialisation de cette nouvelle bière, produite grâce à un partenariat avec la seule entreprise du pays chassant la baleine, Hvalur.
Photo: Stedji Des groupes environnementaux ont condamné la commercialisation de cette nouvelle bière, produite grâce à un partenariat avec la seule entreprise du pays chassant la baleine, Hvalur.

Un brasseur islandais vient de soulever un tollé chez les écologistes en commercialisant une bière qui contient des protéines de viande de baleine.

La brasserie Steðji affirme sur son site web que sa nouvelle bière — produite à temps pour un important festival hivernal dans le pays — est bonne pour la santé puisque la viande de cétacés est riche en protéines et très faible en gras. Le brasseur va même jusqu’à dire que ceux qui boivent son nouveau breuvage alcoolisé deviennent de « véritables vikings ».

 

Mais des groupes environnementaux ont condamné la commercialisation de cette nouvelle bière, produite grâce à un partenariat avec la seule entreprise du pays chassant la baleine, Hvalur. « Réduire un animal magnifique et sensible à un ingrédient inscrit sur le côté d’une bouteille de bière est tout simplement immoral et révoltant », a questionné le groupe Whale and Dolphin Conservation par voie de communiqué.

Les écologistes font aussi fait valoir que les baleines abattues par les chasseurs proviennent d’une espèce menacée, le rorqual commun. Au Québec, la baleine Capitaine Crochet morte empêtrée dans des engins de pêche, était justement un animal de cette espèce.

 

Demande en baisse

 

Il faut dire que la chasse à la baleine menée par l’Islande sème la controverse dans le pays et ailleurs dans le monde. L’an dernier, les baleiniers ont d’ailleurs eu du mal à vendre la viande des baleines tuées dans le cadre de leur campagne de chasse annuelle. L’essentiel de la viande est exporté vers le Japon. La demande pour la viande de baleine a toutefois fortement diminué au cours des dernières décennies au Japon.

 

Mais malgré les protestations internationales provenant de pays opposés à la chasse à la baleine, l’Islande a décidé de reprendre l’année dernière la chasse « commerciale » au rorqual commun, le deuxième plus gros animal vivant sur Terre. Il s’agit du seul pays, avec la Norvège, à rejeter le moratoire planétaire sur la chasse commerciale.

 

L’entreprise islandaise Hvalur, qui reçoit d’importantes subventions du gouvernement islandais, comptait abattre 154 rorquals. Depuis 2003 — année où elle a repris la chasse après 20 ans d’interruption —, l’Islande a tué plus de 500 petits rorquals et 300 rorquals communs. Ces deux espèces peuvent être observées au Québec. Selon données disponibles auprès du ministre des Pêches, chaque baleine tuée coûte près de 700 000 $ aux contribuables islandais.

 

Le gouvernement islandais considère qu’il mène une chasse légale et durable, basée sur des données scientifiques. Les spécialistes des rorquals communs estiment toutefois que les évaluations de la population de l’Atlantique Nord sont trop imprécises pour permettre de déterminer le nombre d’individus. Au Canada, l’espèce est considérée comme « menacée de disparition ».

 

L’association touristique islandaise a déploré à plusieurs reprises la chasse à la baleine. Elle évalue que les animaux vivants ont plus de valeur que ceux qui sont tués chaque année. Il faut dire que l’industrie des croisières d’observation de baleines est de plus en plus populaire, au point de rapporter plus de huit millions de dollars chaque année. Ce pays est effet une des meilleures destinations en Europe pour ce type d’activité. Pas moins de 20 espèces de cétacés peuvent être observées dans les eaux ceinturant l’Islande.

 

C’est essentiellement la chasse intensive menée au 20e siècle qui a fait disparaître une bonne partie de l’espèce. Les rorquals communs sont aujourd’hui confrontés à plusieurs menaces, dont la principale est la pollution sonore causée par la navigation, l’exploration sismique, le sonar militaire et le développement industriel.

2 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 8 janvier 2014 18 h 36

    Utopique

    Je ne crois pas que les Vikings aient confectionné une bière à base de chair de baleine. Ni de quelque chair que ce soit. Il s'agit d'une arnaque de marketing.

    Par contre, deux archéologues de Galles ont ressucité une antiquité :

    Afin de brasser cette bière réalisée à base de bruyère, l'équipe de scientifiques a puisé dans une recette qui daterait de l’an 740 environ après Jésus-Christ et publiée dans le Ulster Journal of Archeology en 1859. Après avoir prélevé des échantillons de centaines de bières, déterré des recettes antiques d’Irlande et analysé les traditions de conception de la bière pendant trois ans, les archéologues ont décidé de redonner naissance à ce breuvage scandinave tout droit sorti de l’Histoire.
    La bière, du doux nom de Bheoir Lochlannachis, est composée de bruyère cueillie près du lac de Maumeen, dans le Connemara, et d’orge provenant d’une petite brasserie de Salthill, près de Galway. Pas de houblon dans cette recette, puisque celui-ci n’a commencé à être utilisé dans la fermentation qu’au IXème siècle. A la place, un peu de myrte est ajouté pour donner plus de saveur et préserver le breuvage.

  • Alain Branchaud - Abonné 9 janvier 2014 15 h 45

    Faites d'une bière deux coups...

    L'initiative de la bière Rescousse ici même au Québec est certainement plus élégante. Depuis plus 15 ans, cette bière verse chauqe année des milliers de dollars en redevance à la Fondation de la faune du Québec afin de supporter des projets concrets de conservation visant les espèces en péril.