Alexandre Paul entend poursuivre son combat

Alexandre Paul est arrivé vendredi après-midi à l’aéroport Montréal-Trudeau.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Alexandre Paul est arrivé vendredi après-midi à l’aéroport Montréal-Trudeau.

Après plus de trois mois passés malgré lui en Russie, le militant écologiste Alexandre Paul est finalement rentré chez lui vendredi. Plus convaincu que jamais de la nécessité de lutter contre l’exploitation d’énergie fossile dans l’Arctique, le Montréalais estime que le gouvernement Harper devrait revoir ses positions au sujet de cette industrie en plein essor.

 

Selon lui, le préjugé très favorable d’Ottawa envers les pétrolières représente une « menace environnementale » contre laquelle les actions pacifiques comme celles menées par Greenpeace doivent se poursuivre. Et « elles se poursuivront », a-t-il dit.

 

Détenu pendant plus de deux mois dans les geôles russes, Alexandre Paul estime d’ailleurs que l’action lancée contre une plateforme de forage du géant Gazprom en septembre en valait la peine. Malgré les conditions de détention « médiocres » et la crainte de devoir passer des années en prison en Russie, il s’est dit heureux de voir que l’arrestation des 30 membres d’équipage de l’Arctic Sunrise a reçu un fort écho international.

 

Plusieurs personnalités, dont des Prix Nobel et des artistes, ont en effet réclamé un geste de clémence de la part de Moscou au cours des derniers mois. Même le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a abondé dans le même sens en novembre.

 

Alexandre Paul a aussi tenu à « remercier » le Comité international olympique d’avoir octroyé les prochains Jeux olympiques d’hiver à la Russie. C’est essentiellement pour des raisons de « relations publiques » que les militants ont été relâchés, a soutenu le Montréalais. Les Jeux de Sotchi débutent dans quelques semaines.


Que fera Ottawa?

 

Chose certaine, une telle attention « forcera les gouvernements à réfléchir à leurs politiques pour l’Arctique », selon lui. M. Paul s’inquiète particulièrement des orientations que le Canada entend donner au Conseil de l’Arctique, dont il a pris la présidence en mai dernier.

 

Le gouvernement Harper a dit vouloir peser de tout son poids pour « stimuler le développement économique » de cette région de plus en plus fragilisée par l’activité humaine et les changements climatiques. Il a déjà affiché sa volonté d’ouvrir l’Arctique aux entreprises qui souhaitent tirer profit de l’énorme potentiel pétrolier et gazier. Preuve de cette volonté, Ottawa a mis aux enchères près de 10 000 kilomètres carrés de l’océan Arctique l’an dernier.

 

« On ne parle que de faire de l’argent le plus rapidement possible, sans penser aux conséquences à long terme, a laissé tomber vendredi Alexandre Paul. Mais le profit à court terme n’est pas un plan pour l’avenir. La menace des changements climatiques est bien réelle. Et on sait qu’un déversement pétrolier dans l’Arctique serait un désastre. Il faut en faire un sanctuaire, comme ce qui existe en Antarctique. »

 

Le Programme des Nations unies pour l’environnement a lancé plus tôt cette année un sérieux avertissement à la communauté internationale : la fonte accélérée des glaces de l’Arctique rend de plus en plus probable une exploitation précipitée des immenses ressources énergétiques fossiles dans cette région du monde. Une situation qui pourrait aggraver les bouleversements climatiques qui ont justement rendu plus facile l’exploitation des hydrocarbures dans cette vaste région.

 

Deux mois de prison

 

Le 19 septembre dernier, des gardes-frontières armés de mitrailleuses ont pris d’assaut le navire Arctic Sunrise, utilisé à plusieurs reprises dans le passé pour mener des actions pacifiques contre des projets qui poseraient des risques environnementaux. La réaction par les armes de Moscou est intervenue au lendemain de l’arrestation de quatre militants écologistes qui ont escaladé une plateforme pétrolière pour attirer l’attention sur les risques environnementaux que représentent les forages pétroliers dans l’Arctique.

 

La plateforme appartient au géant pétrolier russe Gazprom, qui vient justement de lancer la production, faisant peser le risque d’une marée noire dans une zone où existent trois réserves naturelles protégées par la loi russe. La Russie a fait de l’exploitation des énergies fossiles de l’Arctique une priorité. Les réserves de pétrole de l’Arctique pourraient atteindre plus de 80 milliards de barils.

 

Les 30 membres d’équipage du navire de Greenpeace ont d’abord été accusés de « piraterie », ce qui aurait pu leur valoir 15 ans de prison. Les accusations ont ensuite été réduites, mais ils risquaient toujours sept ans de prison. Le Parlement russe a finalement voté la semaine dernière une amnistie qui incluait les militants écologistes.

20 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 28 décembre 2013 01 h 58

    On n'a ien contre ses combats

    Mais, il y a toujours une possibilité qu'il se met dans le trouble et il faudrait que le Canada et le premier ministre le sauve à toutes les fois. C'est lui qui décide de défendre ces causes. C'est à Greenpeace de la sauver, pas au Canada. Si les gouvernements ferait cela, ils nous en coûteraient un bras.

    • Simon Chamberland - Inscrit 29 décembre 2013 11 h 01

      Une chance que le Canada a des gens comme Alexandre Paul.

  • Claude Kamps - Inscrit 28 décembre 2013 07 h 48

    La mouche du coche

    Des millions de consommateurs et des centaines de gouvernements ont essayés de juste faire baisser le prix du pétrole brut et de l'essence et quelques activistes veulent dire de quoi aux pétrolières... Que ne ferait-on pas pour être en première page !!
    Trois mois à aider le docteur Julien aurait été plus profitable...

    • Simon Chamberland - Inscrit 29 décembre 2013 11 h 02

      On s'en fout de faire baisser le prix de l'essence. En fait, faudrait même que ça monte pour réduire la dépendance au pétrole.

    • Maxime St-Jacques - Inscrit 29 décembre 2013 21 h 15

      et si vous voudriez essuyer un déversement pétrolier dans l'arctique il en coûterait des milliards. Et grâce à eux le gouvernement le ferait, alors...
      merci

  • Gaston Langlais - Inscrit 28 décembre 2013 07 h 48

    Il s'ennuie...

    Bonjour,

    Il s'ennuie déjà des prisons russes. La prochaine fois, il sera comblé. Assurément un bail de 25 ans. Greenpeace a vraisemblablement besoin de martyrs-fous pour augmenter ses collectes de fonds.

    Gaston Langlais - Gaspé.

    • Simon Chamberland - Inscrit 29 décembre 2013 11 h 03

      Où avez-vous lu qu'il s'ennuie des prisons russes ?

      Sans son action, personne n'aurait entendu parlé des forages dangereux de Gazprom dans l'Artique.

  • michel lebel - Inscrit 28 décembre 2013 09 h 40

    Au pays de Poutine...

    Conclusions à cette histoire: ça joue dur, très dur, dans la Russie du despote et rusé Poutine. À ne pas oublier! Greenpeace doit pleinement assumer le choix de ses moyens d'action. Jouer avec le feu implique toujours la possibilité de se faire brûler! Enfin cela démontre bien l'état du droit(?) en Russie poutinesque: du grand guignol arbitraire!


    Michel Lebel

  • André Michaud - Inscrit 28 décembre 2013 10 h 07

    Demande en hausse constante

    La demande mondiale en pétrole est en hausse constante et ce ne sont pas des gestes d'éclat qui vont y changer quoi que ce soit..

    Il y maintenant une moyenne de deux autos par maison, quand ce n'est pas trois..et ces gens exigent du pétrole. On a vu une certaine pénurie dernièrement et les citoyens étaient furieux.... de manquer de pétrole..!!!

    Ceux qui ont des VRAIS solutions ce sont les scientifiques qui fabriqueront des autos électriques efficaces et les entrepreneurs qui sauront les vendre à un prix abordable...les autres ce ne sont que des stratégies médiatiques de poudre aux yeux, sans effet concret!

    Être seulement réactionnaire ne suffit pas pour changer les choses, il faut révolutionner avec des nouveaux véhicules à bas prix que les citoyens voudront se procurer...quel beau défi pour des jeunes. ¨Ca serait vraiment changer le monde, pas seulement en rêver.

    • Luc Falardeau - Abonné 28 décembre 2013 15 h 43

      Greenpeace est bien conscient de ce que vous affirmez et encourage publiquement le développement des énergies renouvellables et véhicules électriques... mais ce message ne s'est vraisemblablement pas rendu à vous.

      Il n'est pas nécessaire d'attaquer Greenpeace pour faire passer votre message... Ils sont d'accord avec vous, sauf sur l'effet concret des stratégies médiatiques qui sensibilise des millions de personnes.

      Pour changer le monde, il faut d'abord en rêver.

    • Simon Chamberland - Inscrit 29 décembre 2013 11 h 04

      Avant d'acheter des voitures électriques, faudrait commencer par avoir moins de voitures sur les routes.

    • André Michaud - Inscrit 29 décembre 2013 18 h 04

      @ M.Chamberland

      En effet le nombre de véhicules a son importance.

      Si toutes les autos au Québec étaient remplacées pas des véhicules électrique, ça augmenterait la demande en électrictité et rendrait nécessaire la construction d'autres barrages..

      Au départ c'est le nombre d'humains qui entraine de graves problèmes au niveau écologique, ne serais-ce que par nos besoins alimentaires et nos vidanges ... mais on doit apprendre à vivre avec cette "surpopulation" qui pèse sur la nature.

      De toute façon ce sera toujours la nature qui aura le dernier mot et continuera bien après la fin de humains..