Un feu vert conditionnel au projet d’oléoduc Northern Gateway

Calgary – Une commission fédérale recommande à Ottawa de donner le feu vert au projet d'oléoduc Northern Gateway, d'Enbridge, qui doit transporter du pétrole des sables bitumineux de l'Alberta jusque sur la côte ouest, pour exportation vers l'Asie.

Cependant, la commission recommande aussi d'imposer 209 conditions à l'entreprise de Calgary qui couvre une multitude de volets, de la protection de l'habitat du caribou jusqu'au comportement du pétrole dans un environnement marin.

La décision finale appartient maintenant au gouvernement fédéral, qui a environ six mois pour réagir au rapport. Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Joe Oliver, a assuré que le gouvernement examinerait en profondeur le rapport de la commission, et qu'il consulterait les groupes autochtones avant de prendre une décision.

S'exprimant par voie de communiqué, Enbridge a fait savoir qu'elle tâcherait de se conformer aux conditions.

Le gouvernement de l'Alberta a accueilli favorablement la recommandation de la commission. La ministre de l'Environnement, Diana McQueen, a parlé d'une « étape critique permettant au pétrole de l'Alberta d'atteindre de nouveaux marchés internationaux. » De son côté, la ministre de l'Environnement de la Colombie-Britannique, Mary Polak a mentionné que la province voulait déterminer si le rapport touchait les cinq conditions établies par Victoria avant d'annoncer son appui au projet.

Chez les environnementalistes, on dénonce vivement une victoire des intérêts de l'industrie sur ceux des citoyens

Le controversé projet, évalué à 6 milliards, a provoqué un affrontement entre Enbridge et des groupes environnementaux, ainsi que plusieurs communautés autochtones. Ces groupes ont fait état d'inquiétudes à propos de la possibilité d'un déversement de pétrole sur la terre ferme ou au large de la Colombie-Britannique. Selon la commission, tous les effets environnementaux peuvent être amoindris efficacement si les conditions sont respectées.

Les partisans du projet font plutôt valoir que cet oléoduc est primordial pour que l'Alberta puisse transporter son pétrole en direction des marchés émergents de l'Asie. Dans le rapport, la commission mentionne que l'ouverture de ce marché est effectivement importante pour l'économie canadienne, et que les avantages dépassent de loin les risques.

Le document soutient cependant qu'Enbridge devrait prouver qu'elle a les reins suffisamment solides sur le plan financier pour réagir immédiatement à tout déversement.

« Northern Gateway doit déposer auprès de l'Office national de l'énergie, pour approbation, et ce au moins neuf mois avant de demander une autorisation de mise en service, un plan d'assurances financier capable de couvrir les coûts entraînés par un éventuel nettoyage ou d'autres dégâts provoqués par le projet pendant la phase d'activité », est-il mentionné.

Le coût de l'oléoduc semble avoir bondi. Tout d'abord évalué à plus de 6 milliards, le rapport parle désormais d'un prix de 7,9 milliards, ce qui comprend les coûts précédant le développement et les améliorations destinées à favoriser la circulation maritime.

L'oléoduc Northern Gateway et d'autres projets similaires — Keystone XL vers le golfe du Mexique, l'inversion du flux de l'oléoduc Ligne 9b dans l'Est, et le projet d'expansion du pipeline Trans Mountain en direction de Vancouver — signifie que la production de pétrole des sables bitumineux albertains pourrait tripler d'ici 2035, augmentant de fait les émissions de gaz à effet de serre.
5 commentaires
  • Benoît Landry - Inscrit 19 décembre 2013 22 h 14

    Hypocrisie totale

    On tente de nous convaincre à l'Est qu'il est plus éthique et écologique d'utiliser le pétrole Albertain que de faire venir du pétrole d'outre mer, tandis qu'aujourd'hui on veut un pipeline vers la côte Ouest pour faire transiter le pétrole outremer.

    Finalement ils disent n'importe quoi, mais en banalisant ceci:"signifie que la production de pétrole des sables bitumineux albertains pourrait tripler d'ici 2035, augmentant de fait les émissions de gaz à effet de serre."

  • Pierre Couture - Inscrit 20 décembre 2013 07 h 16

    Risques et bénéfices

    «les avantages dépassent de loin les risques».

    Oui, surtout que ceux qui profitent des avantages ne sont pas les mêmes que ceux qui subissent les risques.

  • Julie Carrier - Inscrite 20 décembre 2013 09 h 04

    Autochtones

    J'implore toutes les communautés autochtones à se lever et bloquer ce projet ridicule qui fera exploser le niveau de CO2 qui nous mèneras tous dans un chaos climatique.

  • Jean-Pierre Lusignan - Abonné 20 décembre 2013 10 h 05

    Le plan d'assurances financier: de sa suffisance dans le temps...

    Je ne suis pas certain que le gouvernement fédéral retienne la nécessité pour Enbridge de déposer un plan d'assurances financier suffisant pour convrir les conséquences d'un déversement pétrolier important. Au final, il se satisfera probablement d'autre chose qu'une police d'assurance dûment souscrite auprès d'une compagnie d'assurance reconnue, par exemple d'un simple niveau d'encaisse. Nous saurons qu'aucune compagnie privée d'assurance ne veut prendre ce risque. L'on nous dira que la prime demandée serait, de tout façon, tellement élevée qu'elle rendrait insuffisamment rentable l'oléoduc ou l'exploitation pétrolière canadienne. Quoi qu'il en soit, la garantie promise s'évanouira probablement après le premier déversement pétrolier important. Il en sera de même en cas de difficultés financières. Alors, nous serons, comme c'est actuellement le cas pour certaines infrastructures ferroviaires, aux prises avec de vieilles installations présentées comme essentielles, une entreprise chroniquement demandeuse de subvention, une augmentation substantielle des risques de sinistre consécutive au vieillissement des installations et leur mauvais entretien, et finalement une compagnie insolvable à vendre pour par cher...à donner. Entre temps, les actionnaires et administrateurs auront fait le plein d'argent... Dans 30 ans, qu'est-ce qui nous garantit que la compagnie Embridge ne verra pas, comme c'est le cas pour la compagnie ferroviaire MMA, ses actifs vendus à l'enchère pour une bouchée de pain, des communautés et victimes en peine, et ...une ardoise quasiment totalement assumée par les contribuables ? N'oublions jamais que les infrastrures ferroviaires actuellement propriété de la compagnie MMA appartenait jadis au Canadien Pacifique et que le convoi déraillé a circulé sur ses lignes. Remémorons-nous les nombreux sites miniers orphelins abandonnés sur la Côte nord au Québec. Souvenons-nous toujours que l'industrie ferroviaire et l'industrie pétrolière n'ont, jusqu'ici, quasim

  • Maxime St-Jacques - Inscrit 20 décembre 2013 17 h 17

    209 conditions pour un projet évalué à 6 milliards

    Bien sûr que 6 milliards ne vaudront pas le magnifique panorama offert par le créateur de l'Univers alors que le pétrole déversé laisse des dommages irrécupérables;

    Mais ce que l'on veut, n'est pas que tout soit une question de concilier les intérêts divergeants dans une économie où le risque fait partie du discernement du grand nombre?

    Je crois que c'est ce qui est en train d'arriver, mais je ne parle que de ce projet spécifique. Merci à la Commission fédérale et à tous aussi! Salut...

    Maxime St-Jacques de Drummondville