Pipeline d’Enbridge - Des groupes critiques ne seront pas entendus par Québec

Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet

Québec a refusé le droit de parole à des groupes citoyens et à des organismes critiques du recours aux pipelines et de l’exploitation des sables bitumineux dans le cadre de la commission parlementaire qui étudie le projet d’inversion de l’oléoduc 9B d’Enbridge. En raison des délais très courts entre l’annonce de la tenue de la consultation et son début, d’autres n’ont tout simplement pas eu le temps de se préparer.

 

Selon ce qu’a appris Le Devoir, au moins quatre demandes formelles ont tout simplement été rejetées. Dans deux des cas, le gouvernement a fait parvenir le même courriel laconique pour justifier sa décision. « Je vous informe que nous ne pourrons donner suite à votre demande et que l’horaire des auditions est maintenant complet. Je vous invite à me transmettre par écrit vos commentaires », peut-on y lire. On ajoute toutefois qu’un éventuel mémoire « pourra être transmis aux membres de la Commission et déposé publiquement ».

 

La Société pour vaincre la pollution (SVP) a reçu une telle réponse de la part de Québec. Cet organisme, qui a notamment réalisé récemment des analyses de la pollution pétrolière provoquée l’été dernier à Lac-Mégantic, a d’ailleurs déploré jeudi le refus formulé par la commission mandatée pour étudier le projet de transport pétrolier le plus important de l’histoire du Québec.

 

Selon sa porte-parole, Anne-Marie Saint-Cerny, il semble on ne peut plus clair que le gouvernement Marois a bien l’intention d’approuver ce projet sur le point de recevoir l’aval du fédéral. « Ou bien il n’y a pas autre chose qu’une mascarade de la part des élus, ou bien le gouvernement devrait faire de la place au lieu de nous envoyer des lettres pour nous dire qu’il n’y a pas de place. Leur devoir est d’écouter et de prendre notre point de vue en considération », a fait valoir Mme Saint-Cerny.


Citoyens exclus

 

La Coalition vigilance oléoducs — qui regroupe plusieurs groupes de citoyens qui vivent tout le long du pipeline qui doit faire couler quotidiennement 300 000 barils de brut jusqu’à Montréal — a elle aussi essuyé un refus. Même réponse négative pour le groupe Citoyens au courant. Ce regroupement exprime ses inquiétudes concernant d’éventuels déversements depuis des mois. Il a aussi tenté d’obtenir des réponses de la part d’Enbridge dans le cadre des consultations fédérales organisées par l’Office national de l’énergie (ONE). En vain, a dit jeudi un porte-parole du groupe.

 

L’Institut de recherche et d’informations socio-économiques a lui aussi été rejeté par Québec. Cet organisme a déjà publié des notes de recherches très critiques des projets d’Enbridge, mais aussi concernant l’exploitation des sables bitumineux albertains et au sujet de notre dépendance aux énergies fossiles.

 

Cette série de refus ne peut que discréditer la consultation, selon Marie-Claude Lemieux, directrice pour le Québec du Fonds mondial de la nature. « Nous n’avons pas confiance dans ce processus qui ne nous entend pas », a-t-elle souligné. Selon des informations obtenues par Le Devoir, la liste des intervenants acceptés aurait fait l’objet de discussions entre les différentes formations politiques.

 

Consultation incomplète

 

« La consultation n’est pas complète puisqu’elle ne considère pas les impacts en amont et en aval du pipeline », a souligné Mme Lemieux. Il est vrai que Québec n’entend pas prendre en considération l’impact environnemental de l’exploitation des sables bitumineux dans son avis au sujet de l’inversion de l’oléoduc 9B. L’ONE a carrément refusé que les intervenants abordent la question dans le cadre de ses consultations. Selon Mme Lemieux, cette question est pourtant cruciale, puisque le projet d’Enbridge « contribue à entretenir notre dépendance au pétrole, au détriment du développement d’autres sources d’énergie ».

 

Certains intervenants pourraient toutefois aborder le sujet dans le cadre de la commission parlementaire québécoise. Quatre groupes environnementaux très critiques des sables bitumineux — réputés très polluants — doivent faire une présentation mardi prochain, dont Greenpeace et Équiterre.

 

Depuis des mois, le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, dit souhaiter une consultation la plus inclusive possible. À plusieurs reprises, il s’est montré critique envers le processus jugé « très restrictif » de l’ONE.

 

Mais le gouvernement Marois, qui ne cache pas son préjugé favorable envers le projet, voit surtout des avantages économiques à l’arrivée de ce brut de l’Ouest. C’est d’ailleurs la ministre déléguée à la Politique industrielle, Élaine Zakaïb, qui siège au nom du gouvernement.

 

Des 39 intervenants qui sont à l’horaire de la commission, sept sont directement impliqués dans l’industrie pétrolière. Neuf autres sont des partisans affichés du projet, dont des chambres de commerce et l’Institut économique de Montréal. Des collaborateurs de ce think tank de droite ont déjà remis en question la réalité des changements climatiques tels que décrits par la science.

 

Québec a aussi reçu au moins quatre refus d’intervenants que le gouvernement souhaitait pourtant entendre. C’est le cas de l’Institut de recherche en économie contemporaine. Son directeur général, Robert Laplante, a expliqué jeudi que son organisme aurait eu moins de 10 jours pour rédiger un mémoire avant de le présenter. « Nous n’avons pas le temps de nous préparer. »

 

Le gouvernement Marois a effectivement promis il y a déjà un an de tenir une consultation sur le projet d’Enbridge. La tenue de celle-ci a finalement été annoncée le 13 novembre et elle a débuté mardi. Elle doit se terminer le jeudi 5 décembre, et la commission parlementaire doit remettre son rapport le 6 décembre. Le processus fédéral est déjà terminé. Le gouvernement Harper devrait donner le feu vert à la pétrolière au début de 2014.

52 commentaires
  • France-Gilles-Gabriel Martin-Labrosse - Abonnée 29 novembre 2013 01 h 16

    Plus beaucoup d'alternative pour les citoyens:

    L'action directe devra être primée par les résistants à ce projet antidémocratique, inéquitable et potentiellement écocidaire.

    • Nicole Bernier - Inscrite 29 novembre 2013 07 h 20

      Voilà où conduit le dogmatisme du PQ et c'est beaucoup plus dangereux pour l'éclatement de notre société que les femmes qui portent un hijab ... Je ne veux pas voir le Québec dégénérer vers l'action direct, mais si les leaders de la petite bourgeoisie ne se décident pas à sortir de cette polarisation en faisant des propositions qui vont satisfaire l'ensemble de la population... tous ceux qui auront refusés de faire des compromis auront fait le choix de la confrontation directe, ce qui est extrêmement dangereux.

      Évidemment, en enlevant le droit de parole et le droit à une organisation de la vie en société capable d'assurer le respect et la vision de différents groupes de la société, en développant des politiques discriminatoires et des double standards qui favorisent un groupe social contre un autre (pure laine vs les autres, les pro-pétrole de la grande entreprise vs les environnementalistes, etc.)

      Ce qui est encore plus troublant, c'est comment on n'est plus capable de voir que la structure argumentaire d'une position est toujours un amalgame d'émotion et de rationalisation autour d'interprétation de faits... Et lorsque le débat est articulé par les deux grands courants (pro-charte ou anti-charte) et même par les médias, eux-mêmes, les articles et les commentaires ne parviennent pas à faire la part des choses entre ce qui est émotionnel, rationalisation et factuel dans les argumentaires...

    • Guy Vanier - Inscrit 29 novembre 2013 07 h 29

      Le PQ montre son vraie visage avec cette décision!
      Cette commission était pour nous faire avaler cette couleuvre infecte.
      Le peuple n'en veut pas mais ça pas d'importance le peuple.
      Oui nous allons devoir les rappeler à l'ordre. Je serai à toutes les démonstrations organisées pour contrer ce fléau.

    • David Boudreau - Inscrit 29 novembre 2013 10 h 13

      @ Mme Bernier, le P.Q n'a malheureusement pas le monopole du dogmatisme lorsqu'il s'agit des intérêts économiques des pétrolières et des grandes corporations. Les libéraux ont fait de même avec le cas des gaz de schistes. Votre lien entre les politiques environnementales et les enjeux de la charte tient à un amalgame douteux qui ne démontre rien. Comme disent les ados, ça pas rap.

    • Julie Carrier - Inscrite 29 novembre 2013 12 h 03

      Ça y est, c'est fait, ma décision est prise. Je ne voterai plus jamais PQ.

    • Nicole Bernier - Inscrite 29 novembre 2013 12 h 39

      M. Boudreau, s'il est maintenant impossible de lier les comportements d'un seul et même gouvernement pour comprendre son attitude, nous avons réduit la capacité de pensée des électeurs à quelque chose qui correspond bien à votre référence à l'adolescence lesquels, normalement n'ont pas encore la maturité d'évaluer les enjeux et les conséquences à long terme de leurs actions...

      De plus quand vous dites que le PQ n'offre pas de meilleurs attitudes que les Libéraux, cela le discrédite totalement, lui qui a attaqué les Libéraux au pouvoir... Maintenant que le PQ est au pouvoir, il a le droit lui de faire ce qu'il dénonçait...

    • Patrick Leblanc - Inscrit 29 novembre 2013 15 h 59

      Par définition, par une logique strictement mécanique ce n'est pas une décision du PQ. C'est pourtant simple.

      La commission relève de l'ASSEMBLÉE NATIONALE !! Voyons donc c'est pourtant d'une simplicité.

      La commission ne relève PAS du gouvernement c'est tout. Elle est composée de députés de tous les partis (dont une majorité de députés de l'opposition) qui négocient entre eux la liste de témoins. Le gouvernement ne choisit pas, ni les témoins, ni leur nombre. Un point c'est tout. Le reste relève du procès d'intention qui ne tient pas la route. La différence entre le législatif et l'exécutif ! Premier cour du premier cour de Politique du CEGEP.....

    • Danielle Caron - Inscrite 29 novembre 2013 17 h 17

      On ne saurait mieux dire. Tout à fait d'accord.

  • Jacques Thibault - Inscrit 29 novembre 2013 05 h 13

    bidon...

    La décision est déjà prise... Pétro-Canada a été vendu en présision de cette inversion pire le lock-out avant la vente à la pétrolière de l'Ouest a été réglé pour mieux vendre Pétro-Canada, c'est tout le monde l'a compris après mais Suncor voulait écoulé par la suite son pétrole vers sa nouvelle rafinerie... Shell vendera son essence raffiner par la l'usine remise-à-niveau après de la raffinerie Suncor....

    Il ne faut pas oublier que Pétro-Canada a acheté la plus vieille raffinerie de l'est de Montréal...(Fina) Les vieux tuyauteurs du 144 du temps de Dédé Desjardins vous comfirmerons et pas besoin de vous dire l'ampleur de la contamination du sol... dans cette vieille raffinerie... L'environnement est une préocupation que depuis peu...( En 1970, les bruits, les sillements d'alarme des écologistes étaient peu audibles et peu écoutés.) Shell avait déjà plus 75 ans d'âge à sa fermeture...

    Chez Suncor, on creuse quinze pieds et on trouve du pétrole enfin un résidue...

    On parlait de l'inversion il y a cinq ans dans la rafinerie pour prévoir les jobs pour les tuyauteurs... Des travaux ont été commencé et soudainement arrêté. des travaux majeurs : le décokeur... souvenez-vous...
    Nous savons une chose c'est que non savons presque rien... et ce rien est que la consultation est bidon...

  • Gilbert Fafard - Inscrit 29 novembre 2013 06 h 23

    Fair play?

    Refuser le droit de parole à certains groupes ausi connu qui défendent la cause environnementale n'est sûrement pas très sain pour une pluralité d'opinions pour notre chère démocratie. Alors si les dés sont pipés et que le pipeline semble inévitable pourquoi empêcher des citoyens en les écartant sytématiquement du fait d'un agenda chargé? En passant si des groupes de droite commence à prétendre que la science est en train de se tromper sur les changements climatiques, c'est probablement qu'ils ne vivent pas sur la même planète que la plupart des citoyens de ce monde. Exit le Jour de la terre serait-il la prochaine étape par un courant d'opinion entrenu par des gens qui banalisent les changements climatiques? On est pas sorti de l'auberge et quand on sortira, on se retrouvera avec deux pipelines.

    • Guy Vanier - Inscrit 29 novembre 2013 07 h 36

      Les groupes de droite crois encore que la terre est ronde, et que la terre a été créé en 7 jours. Ça vous donne une idée .
      Mais ils crois aussi que toute notre argent leur appartient et ils prennent les moyens pour l'avoir.
      Peuple esclave réveillez vous, ça presse pour nos enfants.

    • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 29 novembre 2013 11 h 47

      Le raisonnement du PQ est simple: puisqu'il a pu imposer la charte en l'absence de toute étude sérieuse, de même pourra-t-il imposer le pipeline en l'absence de toute opposition sérieuse.

      Desrosiers
      Val David

  • Benoît Landry - Abonné 29 novembre 2013 06 h 26

    Pourquoi?

    J'imagine que le PQ va encore nous dire que c'est pas parce qu'il est un gouvernement minoritaire qu'il doit agir ainsi....

    Le gouvernement Marois n'a vraiment pas pris de temps pour démontrer qu'il agit avec la même condescendence et mépris de la population qu'était rendu les libéraux après 9 ans de pouvoir, ils sont très efficaces

    • Laurent Dufresne - Inscrit 29 novembre 2013 09 h 17

      Avec un peu de chance, les Québécois vont enfin arrêter de voter pour les 3 mêmes partis politiques... La CAQ, c'est un ramassis d'autres vieux de la vieille, la même gang avec un nom différent.

    • Patrick Leblanc - Inscrit 29 novembre 2013 16 h 46

      Comme j'ai répondu précédemment :

      Par définition, par une logique strictement mécanique ce n'est pas une décision du PQ. C'est pourtant simple.

      La commission relève de l'ASSEMBLÉE NATIONALE !!

      La commission ne relève PAS du gouvernement c'est tout. Elle est composée de députés de tous les partis (dont une majorité de députés de l'opposition) qui négocient entre eux la liste de témoins. Le gouvernement ne choisit pas, ni les témoins, ni leur nombre. Un point c'est tout. Le reste relève du procès d'intention qui ne tient pas la route. La différence entre le législatif et l'exécutif ! Premier cour du premier cour de Politique du CEGEP.....

  • Yves Perron - Inscrit 29 novembre 2013 06 h 37

    Ça fait pitié

    Nous sommes en train de nous faire passer un autre sapin par le Canada et ses huiles de sables sales. Le pire c'est que ça nous empêchera d'exploiter notre (propre ) pétrole à notre manière...

    • Nicole Bernier - Inscrite 29 novembre 2013 07 h 24

      M. Perron, incroyable d'accuser le gouvernement fédéral, alors que, dans ce dossier, c'est le PQ qui nous vend à rabais au Fédéral; ce que la Colombie Britanique et sa population a refusé de faire en se battant dans tous les instances possibles.

    • Hélène Paulette - Abonnée 29 novembre 2013 17 h 01

      ABernier: je pense que vous faites erreur, c'est bien le fédéral qui aura le dernier mot dans cette histoire....