Négociations sur le climat: accord à l'arrachée à Varsovie

Les pays réunis à Varsovie depuis deux semaines sont finalement parvenus samedi à conclure une entente qui prévoit la signature d'un accord sur le climat d'ici 2015. Mais les États se sont seulement entendus pour préparer leurs «contributions» dans la lutte contre les changements climatiques, et non de futurs «engagements» formels.

Après une prolongation d'une journée de négociations qui menaçaient de se terminer par un échec total, les pays du Sud — réunis au sein du G77 — et du Nord sont parvenus à poser les premiers jalons de l'accord qui doit toujours être signé à Paris en 2015, pour une entrée en vigueur en 2020.

Même si l'accord demeure en bonne partie informel, il prévoit néanmoins que le futur accord de réduction des émissions de gaz à effet de serre sera légalement contraignant pour tous les signataires. Il devra aussi être suffisamment ambitieux pour permettre de limiter le réchauffement climatique à 2°C au cours du présent siècle.

Pour le moment, de plus en plus de signaux scientifiques indiquent plutôt que la planète se dirige vers une hausse de 4°C, ce qui serait catastrophique pour la vie sur terre. Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) a lui-même prévenu qu’il est « minuit moins cinq » pour tenter de trouver une issue viable aux bouleversements climatiques.

«Contributions»

À Varsovie, jusqu'au dernier moment, tout aurait pu dérailler et compromettre les négociations sur le climat. Samedi, la Chine et l'Inde ont croisé le fer avec les États-Unis et d'autres pays riches à propos de l'emploi de certains termes dans les ébauches de directives sur les engagements que devraient prendre, ou non, les pays dans le cadre d'un nouveau traité.

Les discussions se sont retrouvées dans l'impasse en raison de l'insistance de la Chine et de l'Inde. Les deux pays souhaitaient que les pays en développement soient traités différemment des États industrialisés, historiquement responsables des bouleversements climatiques. Même si la Chine est aujourd'hui le premier émetteur de GES dans le monde, elle insiste toujours pour que le fardeau de réduction des émissions soit porté par les pays riches.

Finalement, les parties se sont entendues sur l'obligation, pour les États, de préparer leurs «contributions» dans la lutte contre les changements climatiques. Au départ, les pays industrialisés plaidaient plutôt pour que tous s'engagent à planifier des «engagements» fermes. Mais le G77 refusait cette option, plus contraignante.

Les pays du Sud ont par ailleurs reproché aux pays du Nord de chercher à échapper à leurs engagements financiers pris en 2009 à Copenhague. Ils avaient alors promis une aide de 100 milliards par an, d’ici 2020, pour les aider à faire face au réchauffement climatique. Quatre ans plus tard, les coffres sont toujours pratiquement vides. Finalement, les pays riches se sont engagés à Varsovie à intensifier leurs efforts financiers.

Reste que le sommet a accouché d'un accord relativement faible, selon les critiques qui circulaient samedi. Un bon compromis «où tout le monde repart frustré mais de façon équitable», selon la formule familière aux négociateurs.

Le Canada, un «voyou environnemental»

La conférence de Varsovie a laissé les écologistes sur leur faim. Le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), André Bélisle, fait clairement partie du camp des déçus. Interviewé par La Presse canadienne samedi, il n'a pas mâché ses mots. «On doit considérer ça comme un échec», a-t-il déclaré. Il a, ensuite, dénoncé le gouvernement canadien en l'accusant d'être devenu «un voyou environnemental». André Bélisle l'a accusé d'avoir agi «de façon totalement irresponsable» en ne ménageant aucun effort «pour faire dérailler les négociations» et en y allant d'«une obstruction systématique».

D'après lui, il devient de plus en plus clair que les représentants de plusieurs États développés se rendent désormais aux pourparlers sur le dossier des changements climatiques avec une idée bien précise derrière la tête. Leur intention est, selon le président de l'AQLPA, d'y défendre «les compagnies de pétrole, de gaz et de charbon». Il avance que ces entreprises ont désormais tellement d'influence sur les gouvernements des États industrialisés que ces derniers «défendent leurs intérêts bien avant de défendre ceux de la population».

Avec l'Agence France-Presse et La Presse canadienne
 

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