Conférence sur le climat - GES : le Japon jette l’éponge

Le Japon, cinquième grand émetteur de gaz à effet de serre de la planète, a annoncé vendredi qu’il laissait tomber ses objectifs de réduction de ses émissions. Une décision critiquée par plusieurs des pays présents à Varsovie pour tenter d’élaborer une nouvelle stratégie mondiale de lutte contre les changements climatiques.

 

En 2009, le Japon s’était donné l’objectif ambitieux de réduire de 25 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, par rapport à 1990. Mais c’était avant la catastrophe nucléaire de Fukushima, survenue en mars 2011.

 

Vendredi, le porte-parole du gouvernement a fait savoir que cet objectif n’était plus dans le radar de Tokyo. « Nous avons choisi d’abandonner cet objectif et de viser une réduction de 3,8 % entre 2005 et 2020 », a précisé Yoshihide Suga. Cette nouvelle cible revient à accepter une augmentation de 3 % par rapport au niveau de 1990, selon les calculs du gouvernement japonais.

 

Il faut dire que Tokyo misait beaucoup sur un usage plus important du nucléaire pour réduire ses émissions. Mais ses ambitions sont tombées à l’eau du fait de l’arrêt subséquent des 54 réacteurs de l’archipel. Le nombre de ces derniers a depuis été ramené à 50 avec le démantèlement certain d’au moins 4 des 10 que comptent les deux centrales de Fukushima.

 

Résultat, le Japon doit se tourner davantage vers ses centrales au charbon et au gaz. L’archipel est d’ailleurs le premier importateur au monde de charbon et de gaz naturel liquéfié. L’énergie nucléaire représente la deuxième source d’électricité.

 

Vives critiques

 

L’annonce de Tokyo a suscité de vives critiques à Varsovie, où se tient la conférence annuelle sur le climat de l’ONU. L’Alliance des petits États insulaires — qui regroupe 44 nations vulnérables face à la montée du niveau de la mer — a souligné que cette décision « représente un énorme pas en arrière ». Le typhon Haiyan, qui a balayé les Philippines, n’est « que le dernier dans une série de catastrophes météorologiques en lien avec le climat », affirme l’Alliance dans un communiqué.

 

L’Union européenne « reconnaît » pour sa part les difficultés japonaises à la suite du tremblement de terre et du tsunami de mars 2011. « Si nous comprenons la situation, nous attendons de tous les pays qu’ils tiennent leurs engagements de réductions, et des pays développés en particulier qu’ils continuent à montrer un leadership en la matière », selon le communiqué de la Commission européenne.

 

Le Japon n’est pas le premier pays développé à revenir sur ses engagements. Le Canada de Stephen Harper a jeté le protocole de Kyoto à la poubelle. Et en abolissant différentes mesures visant à réduire ses émissions, l’Australie est maintenant en voie de rater totalement ses cibles.

 

Mais « ce revirement historique dans la politique climatique japonaise pourrait constituer un tournant en alimentant une spirale négative dans l’ambition globale », a résumé un analyste cité par l’Agence France-Presse.

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