Technopôle Angus - Un nouveau quartier s’insérera dans Rosemont–La-Petite-Patrie

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Au premier plan apparaît un aperçu du plan d’aménagement du Technopôle Angus.
Photo: Source Société de développement Angus Au premier plan apparaît un aperçu du plan d’aménagement du Technopôle Angus.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Lorsque Le Devoir s’est entretenu avec Christian Yaccarini, président et chef de la direction de la Société de développement Angus (SDA), il s’apprêtait à prendre un vol en direction de Chamonix et des Rencontres du Mont-Blanc, qui, chaque année, font le point sur les principaux enjeux liés au développement durable. Une occasion pour lui de présenter son projet d’extension du Technopôle Angus, rendu public à la fin septembre.

 

« Il s’agit de placer le Technopôle Angus comme une référence mondiale en matière de développement durable, explique Christian Yaccarini. Ce n’est pas un projet qui vise à sauver une rivière ou à protéger une aire faunique… Nous voulons être capables de réellement faire du développement économique en intégrant l’ensemble des dimensions du développement durable. »

 

Pour cela, les responsables de la Société de développement Angus se sont promenés un peu partout dans les régions du monde les plus à la pointe dans ce domaine. « Nous sommes allés en Scandinavie, aux États-Unis, à Vancouver. Nous avons regardé ce que nous croyions être les meilleures pratiques et nous pensons être capables de nous situer dans ce registre. Dans le Top 5 ou 10 mondial de ce qui se fait de mieux en matière de développement durable. Il y a un défi, mais nous n’avons pas de complexe. »

 

D’ici à 2020, ce sont 550 000 pieds carrés supplémentaires qui seront aménagés sur le territoire de Rosemont–La-Petite-Patrie, à l’endroit où ont été installées, puis retirées, les anciennes usines Angus. Coût de l’opération : 200 millions de dollars.

 

Ce projet s’articule autour de quatre axes, au premier rang desquels se trouve le volet énergétique. Très important, parce que c’est en réfléchissant aux moyens envisageables de faire en sorte d’en gaspiller le moins possible que l’idée de faire cohabiter des bureaux et des résidences sur les lieux est devenue une évidence. Le Technopôle s’en était jusque-là tenu à un développement uniquement économique.

 

« Pour arriver à avoir sur l’ensemble du site une efficacité énergétique performante, il faut que des fonctions différentes coexistent, affirme M. Yaccarini. Si tout le monde consomme aux mêmes heures ou les mêmes journées, c’est difficile d’économiser. On veut donc développer un projet avec une dominante d’emplois et un volet résidentiel pour pouvoir avoir des échanges d’énergie : garder ce qui se perd dans les bureaux pendant la journée pour le renvoyer dans les condos le soir et les fins de semaine. On a, par exemple, des restaurants dont les réfrigérateurs dégagent une chaleur en pure perte. L’idée, c’est d’arriver à l’emmagasiner dans un collecteur, et, quand le soir les résidants rentrent chez eux, on l’envoie. C’est ce qu’on appelle une boucle énergétique. »

 

Un concept qui, en plus de prendre soin de l’environnement, sera profitable financièrement en raison de l’envergure du projet.

 

« Ça nous permet de faire des économies d’échelle, explique Christian Yaccarini. Si nous ne fabriquions qu’un seul bâtiment, ce ne serait pas envisageable. Là, l’investissement que nous faisons va s’étaler sur plusieurs projets immobiliers. L’intérêt également, c’est que nous partons de rien. Nous travaillons avec l’arrondissement pour tout ce qui est lié aux infrastructures municipales. Il va y avoir de nouvelles rues, il faut réaliser les systèmes d’égout et d’aqueduc. On pourra profiter de ces travaux pour installer les tuyaux d’échange de chaleur. »

 

Et prévoir également le recyclage des déchets.

 

« Parce qu’évidemment un parc d’entreprises génère des déchets, poursuit M. Yaccarini. On travaille avec plusieurs partenaires pour trouver la meilleure façon non pas de récupérer les déchets, mais de les valoriser. Et de les valoriser sur place. On va les prendre et les transformer en énergie ou en produits qu’on va pouvoir ensuite renvoyer sur le marché, plutôt que dans des sites de recyclage. »

 

Un Technopôle résidentiel

 

À terme, il y aura donc des habitants dans le Technopôle. Rien n’est encore défini, ni le nombre de logements, ni le type d’habitation. Il y aura du logement social, mais aussi de l’accès à la propriété. La Société de développement planche aujourd’hui sur un système qui permettrait aux acquéreurs d’acheter en dessous de la valeur du marché, tout en étant également obligés de revendre en dessous de cette valeur, afin que le premier acheteur ne parte pas avec la plus-value et tende ainsi à replacer le quartier dans les prix du marché.

 

Et qui dit volet résidentiel dit aussi milieu de vie. Le nouveau développement prévoit ainsi une rue piétonne, quatre places publiques et des commerces de proximité.

 

« D’ailleurs, les entrepreneurs cherchent eux aussi à s’installer à un endroit où leurs travailleurs trouvent un milieu de vie vivant et beau, estime le directeur de la SDA. Nous allons beaucoup réfléchir sur l’architecture, le mobilier urbain, les trottoirs, etc. Tout cela sera très design, très contemporain. »

 

Autre axe essentiel pour qui parle de développement urbain : le transport en commun. En plus de rendre le stationnement payant afin de décourager les travailleurs de prendre leur voiture, la SDA travaille avec la Société de transport de Montréal (STM) afin d’améliorer le service.

 

« L’idée, c’est qu’il augmente en même temps que le développement avance, explique Christian Yaccarini. Pas trois ans après. Parce que, pendant ce temps, les gens ont tôt fait de se tanner et de retourner à leur auto. »

 

Boulevard Saint-Laurent

 

Si le Technopôle Angus est une sorte de vitrine pour la Société de développement, le projet du Carré Saint-Laurent au centre-ville continue lui aussi à faire son chemin, et une annonce est prévue à ce sujet d’ici à la fin de l’année. Mais on sait d’ores et déjà que, si les volets économique, social et écologique seront bien entendu de la partie, l’axe culturel fera lui aussi partie de l’équation.

 

« C’est un parti pris que nous avons à la Société de développement, explique son directeur. Au Technopôle, il y aura des ateliers d’artistes, par exemple. Mais c’est encore plus crucial au centre-ville. Nous souhaitons louer des espaces à des organismes qui n’auraient normalement pas les moyens de s’installer ici, vu le prix des loyers. »

 

La conversation se termine sur un souhait de Christian Yaccarini : voir Denis Coderre, tout juste élu à la mairie de Montréal, nommer une personne au conseil exécutif qui ne soit responsable que du développement durable.

 

« La municipalité devrait être un leader, un modèle en la matière. Elle ne devrait louer des bureaux que dans des bâtiments écologiques, par exemple. C’est un gros joueur dans le domaine de l’immobilier. Il faudrait absolument qu’on ait une personne qui puisse avoir un regard transversal, qui lise et analyse toutes les actions du conseil municipal sous le spectre du développement durable. »


Collaboratrice

1 commentaire
  • Benoit Fournier - Inscrit 17 novembre 2013 13 h 29

    Wow!

    Je suis ému de constater qu'un tel projet se prépare à voir le jour. L'idée d'échanger l'énergie entre les locaux résidentiels et commerciaux est géniale! La création de milieux de vie invitants bien desservis par le transport collectif, où se trouveront de nombreuses possibilités d'emploi; la gestion et la revalorisation des déchets sur place; le prix des logements basé sur ce qu'ils ont réellement coûté et non sur la spéculation immobilière : tout ça m'emballe au plus haut point!

    Un monde meilleur est en marche!