Nous ne sommes pas une «industrie d’exploration», clame Binnion

«Nous sommes vraiment une industrie d’exploi-tation […]. Mais le véritable business, c’est la production», plaide le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, Michael Binnion.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir «Nous sommes vraiment une industrie d’exploi-tation […]. Mais le véritable business, c’est la production», plaide le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec, Michael Binnion.

Les entreprises pétrolières et gazières qui s’intéressent au potentiel en hydrocarbures du Québec sont d’abord ici pour exploiter les ressources et en tirer des profits. Le gouvernement Marois doit donc donner le signal que la province est ouverte au secteur, a plaidé lundi le président de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ), Michael Binnion.

 

« Notre industrie n’est pas une industrie d’exploration », a-t-il affirmé dans le cadre de l’assemblée annuelle du lobby de l’énergie fossile. « Nous sommes vraiment une industrie d’exploitation. Qu’est-ce que l’exploration ? Ce n’est pas un hobby. Mais le véritable business, c’est la production. »

 

Pour le moment, aucun gisement exploitable sur une base commerciale n’a été identifié au Québec. Michael Binnion estime néanmoins qu’une éventuelle production serait essentielle pour le Québec. « Il n’y a pas une culture de production de pétrole et de gaz au Québec, mais seule la production locale peut payer les impôts, créer les jobs et améliorer l’économie. »

 

Selon lui, la prise de contrôle de nombreux permis d’exploration par des entreprises albertaines est un signe que les pétrolières et gazières de l’Ouest veulent venir en aide au Québec. En prêtant main-forte à leurs confrères québécois dans l’exploitation, « les nouveaux entrepreneurs de l’Ouest veulent redonner au Québec », a dit M. Binnion, qui est également président de Questerre Energy. En avril dernier, il avait aussi soutenu que le gouvernement du Québec devrait se passer de paiements de péréquations s’il n’exploitait pas ses ressources d’hydrocarbures.

 

Signal de Québec

 

Pour le moment, les entreprises qui détiennent des permis d’exploration en sol québécois veulent surtout savoir rapidement ce qui ressort des évaluations environnementales que Québec a promis de lancer. Dans le golfe du Saint-Laurent, l’évaluation environnementale stratégique dévoilée en septembre a mis en lumière de nombreuses lacunes en matière de connaissances de ce riche milieu marin, mais aussi en ce qui a trait à notre capacité d’intervention en cas de marée noire. Aucune évaluation environnementale n’a jusqu’ici été annoncée pour l’île d’Anticosti ou pour la Gaspésie. Dans le cas du gaz de schiste, le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) sera mandaté pour étudier ce dossier controversé.

 

Même s’il se dégage plusieurs incertitudes environnementales quant à la suite des choses, Michael Binnion porte déjà son regard sur la phase d’exploitation. Selon lui, il importera d’établir une « nouvelle réglementation » pour la phase d’exploitation, « mais pas pour l’exploration. Pendant 50 ans, on n’a eu aucun problème pour à [obtenir] l’acceptabilité sociale pour l’exploration ».

 

Il est vrai que l’industrie gazière a pu, pendant des années, mener des opérations d’exploration dans la vallée du Saint-Laurent sans aucune réglementation propre au secteur du gaz de schiste. La population ignorait aussi la tenue de tels tests, menés sans l’accord des citoyens ou des municipalités. Lorsque la chose a été diffusée dans les médias, le gouvernement Charest dû reculer et mandater le BAPE pour étudier le dossier.

 

Oui au pétrole, dit Québec

 

Selon ce qu’a précisé lundi le ministère des Ressources naturelles, un projet de loi sur les hydrocarbures doit être présenté au cours de l’hiver 2014. L’objectif est d’encadrer l’industrie pétrolière et gazière.

 

Le gouvernement Marois a déjà annoncé son intention d’aller de l’avant avec l’exploration et l’exploitation pétrolière et gazière ici. Le ministre des Finances et de l’Économie, Nicolas Marceau, l’a d’ailleurs répété lundi en s’adressant aux membres de l’APGQ dans un chic hôtel de Montréal. Même ouverture pour l’importation par pipeline de pétrole brut de l’Ouest canadien.

 

« Je veux que vous sachiez que ma porte est toujours ouverte pour discuter de vos projets », a souligné M. Marceau. Fait à noter, c’est la première fois que le gouvernement du Québec délègue son ministre le plus important, soit celui des Finances, pour s’adresser à l’APGQ. Par le passé, ce rôle incombait au ministre des Ressources naturelles. Nicolas Marceau, qui a invité l’industrie pétrolière et gazière à faire preuve d’un « maximum de transparence », a refusé de répondre aux questions des journalistes après son allocution.

 

Pétrole et changements climatiques

 

Une coalition de groupes environnementaux a par ailleurs décidé d’interpeller directement Michael Binnion en lui faisant parvenir une lettre lundi. « Nous ne parvenons pas à comprendre comment on peut aujourd’hui vouloir exploiter du pétrole et du gaz sans contribuer à empoisonner le climat et à dérégler le fonctionnement des cycles naturels et l’intégrité des écosystèmes sur lesquels repose la vie sur Terre, écrivent-ils dans leur missive. Notre position est la même que celle de la Banque mondiale, de la communauté scientifique internationale, de l’Agence internationale de l’Énergie et des Nations unies. »

 

« Il faut rappeler les conclusions du dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie dans son World Energy Outlook 2012. Elle affirme que pas plus du tiers des réserves prouvées de carburants fossiles ne peut être consommé avant 2050, si l’on veut limiter la hausse des températures mondiales en deçà de 2 degrés », a souligné Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre.

 

Une délégation de citoyens des îles de la Madeleine se demande pour sa part pourquoi le gouvernement Marois donne un appui aussi fort à l’idée de forer en plein coeur du golfe du Saint-Laurent, sur la structure Old Harry. « On ne comprend pas pourquoi le gouvernement donne sa confiance à une entreprise comme Corridor Resources, qui détient les permis d’exploration. On n’a qu’à regarder la valeur de l’action pour se rendre compte qu’il s’agit d’une entreprise junior. On ne voit pas en quoi elle aurait les moyens d’assumer toute forme de risque », a fait valoir leur porte-parole, Martin Poirier.

12 commentaires
  • Micheline Harvey - Abonnée 29 octobre 2013 09 h 07

    Une chance que le ridicule ne tue pas...

    « les nouveaux entrepreneurs de l’Ouest veulent redonner au Québec ». Seul les imbéciles peuvent croirent à une chose pareille. Quand il s'agit d'argent, les riches n'ont jamais d'intentions d'aider et encore moins de donner...si le ridicule tuait, M.Binnion serait mort avec une déclaration semblable.
    Est-ce que le père Noël existe?

    Ghislain Marcil.

    • Louise Lefebvre - Inscrite 29 octobre 2013 11 h 29

      Plus ridicule que ça tu meurs...

      ''signe que les pétrolières gazières de l'ouest veulent venir en aide au Québec.''

      L'ouest pense qu'on est pauvre au Québec...pauvre d'esprit...et qu'on va avaler ça...!

      Personnellement, je n'envie pas du tout l'Alberta car vivre dans cette pollution et la laideur des usines à pétrole ne m'intéresse pas.

      Je me sens très riche quand je contemple les beaux paysages du Québec et quand ils auront besoin d'eau ils seront bien contents de savoir qu'il en reste dans notre pauvre province.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 octobre 2013 13 h 25

      Sur le "redonner" de monsieur Binnion, c’est un peu condescendant mais le propos n’est pas très loin de la réalité. L’expertise qu’ils ont développée dans l’Ouest est bien réelle et reconnue comme telle dans le monde entier quand il est question d’extraire les ressources gazière de roche mère.

      A titre d’exemple, l’IFPNE, un centre de recherches et informations Français très crédible, indiquait en début d’année dans un rapport fouillé sur l’état des lieux de la connaissance sur le potentiel des énergies de roche mère que:

      « Le Canada est considéré comme un pays mature en matière de production de gaz non conventionnel. Le savoir-faire reconnu des compagnies canadiennes a conduit plusieurs compagnies asiatiques à envisager un partenariat avec elles afin d’en bénéficier.»

      De façon générale ce rapport indique que l’expertise se retrouve concentrée aux États-Unis et au Canada, et très peu ailleurs. Ce qui n’empêche tout de même pas que le record de forage horizontal appartient a la française Total avec un incroyable 11 kilomètres…

      On apprend aussi dans ce rapport que le coût d’extraction au Dakota, tel que publié par l’État est sous les 40$ le baril.

      Le rapport (121 pages), http://tinyurl.com/k9p2zxe

      L’IFPEN, http://fr.wikipedia.org/wiki/IFP_%C3%89ner

  • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 29 octobre 2013 09 h 51

    Bon départ.

    Bonjour,

    Une réunion importante qui a su intéresser et éveiller le public en général. Toutefois, il appartient au gouvernement du Québec de prendre l’initiative et d’accélérer l’organisation et l’édification de cette industrie, comme il se doit, et selon la nouvelle loi sur les hydrocarbures. Cela n’exclus pas la participation de l’industrie privée mais, le rôle de celle-ci ne doit pas être prépondérante si nous acceptons, comme le dit la constitution et la loi de propriété du Québec.

    Les hydrocarbures, comme tous les minéraux, appartiennent au Québécois et c’est la responsabilité du gouvernement d’agir en conséquence.

    Toutes les phases de cette industrie doivent être contrôlées par un organisme québécois selon nos lois pour le plus grand bien de ceux-ci.

    Merci.

  • François Beaulé - Abonné 29 octobre 2013 09 h 57

    Incohérence du gouvernement québécois

    Le gouvernement reconnaît la gravité des changements climatiques causés par les GES émis par l'activité humaine. Et il s'est donné des objectifs ambitieux de réduction des émissions, 25% en 2020 par rapport à 1990.

    Le pétrole issu des sables bitumineux provoque l'émission de plus de GES que le pétrole conventionnel. Et stimuler l'augmentation de l'exploitation des sables bitumineux augmente la disponibilité du pétrole et contribue, avec d'autres sources de pétrole non-conventionnelles, à en limiter le prix et donc à stimuler la consommation à l'échelle mondiale. Voilà pourquoi il faut adopter une loi sur la qualité des carburants.

    Pour réduire véritablement les émissions de GES ici et ailleurs, il faut réduire la consommation ET la production des combustibles fossiles. Il y a moyen d'équilibrer la balance commerciale sans produire de combustibles fossiles. La plupart des pays n'ont pas de ressources pétrolières. La Suède pourrait nous servir de modèle dans ce domaine et dans bien d'autres domaines. Il faut réduire notre consommation de pétrole par tous les moyens et augmenter nos exportations de biens pour équilibrer notre balance commerciale. Alors que l'importation de pétrole sale ou l'exploitation de pétrole ici sont incompatibles avec une diminution des émissions à l'échelle mondiale.

  • Sylvain Auclair - Abonné 29 octobre 2013 10 h 00

    «Le véritable business, c’est la production»

    Ces industries ne «produisent» rien; elles ne vont qu'extraire ce qui existe déjà.

    • Benoît Gagnon - Inscrit 29 octobre 2013 12 h 29

      J'allais dire exactement la même chose! Ces compagnies n'ont absolument aucun honneur ni aucun mérite.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 octobre 2013 13 h 36

      C’est un peu court comme jugement. La notion de production doit-elle se limité au secteur de la transformation?

      Entre autre c’est eux qui ont mis au point les techniques d’extraction, dont celle bien plus propre de l’extraction a base de propane.

      La recherche ne produit rien?

    • Danielle - Inscrit 29 octobre 2013 14 h 08

      Tout ce que cescompagnies savent faire c'est soutiré nos ressources et notre argent au nom de la création d'emplois et du dieu économie.

      Ils ont pas fini avec nous! Qu'ils reviennent sur nos terres et la guerre va reprendre.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 29 octobre 2013 16 h 03

      «Tout ce que ces compagnies savent faire c'est soutiré nos ressources et notre argent»

      Bien pour l’instant on consomme immodérément des tonnes de pétrole à la minute soutiré ailleurs… Plus précisément 32 tonnes à la minute en 2011, c'est-à-dire un wagon comme ceux de Mégantic à toutes les trois minutes, 24 heures par jour !

      La bonne conscience serait de conserver un air de carte postale à notre environnement pendant que l’on pige sans vergogne et sans trop de souci sur les autres territoires de la planète ?
      On peut même se plaindre qu’on paye trop cher ce qu’on va chercher ailleurs…

      Vous avez vu la réception qu’on eut les journalistes de R-C qui ils ont fait enquête sur SNC en Algérie, notre plus gros fournisseur de pétrole ?

  • P. Raymond - Inscrit 29 octobre 2013 11 h 05

    C’est ça la gouvernance souverainiste?

    Marcher main dans la main avec Stephen Harper au dessus d’un oléoduc trans- canadien. Poursuivre la mission que s’étaient octroyés les nouveaux actionnaires du sous-sol de l’Île d’Anticosti. Se plier aux diktats de pétrolières de l’Ouest pour qui le futur se situe aussi loin que le dépôt des états financiers de l’année fiscale en cours.

    On comprend de mieux en mieux pourquoi, depuis belle lurette, on n’a plus jamais entendu parler d’indépendance au PQ. Vivement le vote de cette assemblée «nationale» pour adopter une charte de la laïcité désirée par la majorité des citoyens que l’on puisse ensuite voter pour un parti souverainiste qui en parle et la désire vraiment la souveraineté.

    Le futur, n’en déplaise aux partis politiques actuels et à leurs indéfectibles partisans, doit se situer plus loin que la date des prochaines élections et demeurer viable pour nous et pour les suivants.