Mettre fin au gaspillage alimentaire permettrait de nourrir la planète, plaide la FAO

Plus de 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont tout simplement perdues.
Photo: Jacques Nadeau -Le Devoir Plus de 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont tout simplement perdues.

Le gaspillage alimentaire massif reste la norme sur terre, mais si l’humanité s’y attaquait, elle pourrait du même coup régler le problème de la faim dans le monde. Tel est le message que doit livrer mercredi l’Organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), à l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation.

Globalement, l’organe onusien estime que le tiers des denrées alimentaires produites chaque année dans le monde le sont en pure perte. Plus de 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont ainsi tout simplement perdues. «Avec un quart de ça, on nourrit les 842 millions de personnes qui souffrent encore de la faim dans le monde», estime Robert van Otterdijk, expert agro-industries chargé des infrastructures rurales au siège de l’institution.

 

Selon les données de l’ONU, pas moins de 870 millions de personnes sont sous-alimentées dans le monde. Et dans ce monde aux possibilités techniques et économiques sans précédent, 100 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent d’insuffisance pondérale.

 

La FAO évalue aussi qu’en réduisant de moitié le gaspillage alimentaire, il faudrait augmenter de 32 % la production alimentaire mondiale pour nourrir les neuf milliards d’humains projetés en 2050. À l’heure actuelle, la hausse nécessaire est estimée à 60 %. Tout cela alors que la crise climatique que l’humanité ne parvient pas à juguler risque de provoquer de graves pénuries alimentaires qui frapperont de plein fouet les plus démunis d’ici à peine deux à trois décennies, prévenait plus tôt cette année la Banque mondiale.

 

Coûts économiques et environnementaux

 

L’ampleur de ces pertes a un coût économique très élevé, selon ce qu’indiquait la FAO dans un rapport publié le mois dernier. En excluant le gaspillage de poissons et de fruits de mer, la facture dépasse les 750 milliards de dollars. Juste au Canada - où chaque citoyen gaspille en moyenne 180 kilos de nourriture par année -, le coût est estimé à près de 30 milliards.

 

Ces pertes ont aussi un coût environnemental important, selon la FAO. «Si le gâchis alimentaire était un pays, ce serait le 2e plus grand pays au monde derrière la Russie en terme de superficie et le 3e émetteur de gaz à effet de serre après la Chine et les États-Unis», a résumé mardi Mathilde Iweins, coordinatrice d’un rapport sur le coût environnemental du gâchis produit par l’organe onusien.

 

À elle seule, l’empreinte carbone est estimée à 3,3 milliards de tonnes de gaz à effet de serre chaque année, ce qui contribue à aggraver la crise climatique mondiale. À titre de comparaison, ces milliards de tonnes de gaz à effet de serre équivalent aux émissions américaines sur une période de six mois.

 

Quant au volume total d’eau utilisé chaque année pour produire de la nourriture perdue ou gaspillée, il s’élève à 250 km3. La biodiversité souffre elle aussi du phénomène, puisque «l’agriculture est responsable d’une majorité de menaces pesant sur les espèces végétales et animales à risque recensées par l’Union internationale pour la conservation de la nature», selon la FAO.

 

Les pays en développement sont plus touchés par les pertes alimentaires durant la production agricole, alors que les régions à revenus moyens et élevés sont plus concernées par le gaspillage dans les commerces de détail et chez les consommateurs. Dans la seule «Asie industrialisée», région qui comprend la Chine, le Japon et la Corée du Sud, près de 200 kilos de légumes et de céréales par habitant sont produits pour rien chaque année.

 

Avec l’Agence France-Presse

 

Le Devoir

 

 

 

5 commentaires
  • Hélène Thompson - Inscrit 15 octobre 2013 17 h 36

    ahh le beau

    calcul comptable!

  • Denise Lauzon - Inscrite 15 octobre 2013 23 h 15

    Changements majeurs à apporter

    Pour remédier, engrande partie, au problème de la malnutrition et de gaspillage, je vois deux solutions qui me semblent relativement simple à mettre en pratique.

    Premièrement, il suffirait que les humains adoptent un régime végétarien /végétalien ou du moins, qu'ils se limitent à quelques repas de viande par semaine. Deuxièment, l'ONU devrait mettre sur pied un programme de contrôle des naissances. Les humains se reproduisent comme des lapins et malgré la prévision de 9 milliard d'individus en 2050, personne en autorité ne semble vouloir agir. Il y des pays tel que le Bengladesh et bien d'autres où la pauvreté est extrême et pourtant la plupart des femmes n'ont pas accès à la contraception et se retrouvent avec 6-7 ou 8 enfants . Cela est tout à fait inacceptable!

    Le gaspillage de la nourriture et la malnutrition peuvent aussi être attribuées à un manque de planification au niveau de la distribution, à un manque de volonté politique et à l'égoisme.

  • Nicolas Thibodeau - Abonné 16 octobre 2013 07 h 38

    Un pomme contre un Pipeline

    Combien de pommes jetées pour motiver un pipeline des sables bitumineux? Combien de carcasses de boeuf font l'aller-retour pour que la viande hachée oubliée dans le fond du frigo se retrouve dans un camion à destination d'un lieu de repos éternel encore emballé dans son contenant original de styromousse? Les archéologues du XXIIe siècle trouveront l'ère anthropocène bien ridicule par son gaspillage imbécile. Un jour, peut-être, trouvera-t-on aussi inacceptable ce gaspillage d'énergie par l'alimentation que les inacceptabilités sociales du viol et du meurtre le sont devenus? On l'espère!

  • Éric Ferland - Inscrit 16 octobre 2013 08 h 49

    Pétition contre le gaspillage alimentaire

    Il y a quelques mois, j'ai créé une pétition afin d'obliger les supers marchés de ne plus gaspiller les aliments en les remattants à des organismes.
    https://secure.avaaz.org/fr/petition/Contre_le_gaspillage_alimentaire_des_supermarches/edit/

  • Denise Lauzon - Inscrite 16 octobre 2013 08 h 51

    Le faible pouvoir de l'ONU

    Tous les constats rapportés par l'ONU nous font réagir de par leur ampleur mais pour que les choses changent réellement, il faudrait que cette organisation ait plus de pouvoir.

    Aujourd'hui, c'est la loi du marché qui domine. Tous s'en mèlent à commencer par les marchés boursiers, les banques, les multinationales, les agences de marketing et en bout de ligne, les consommateurs qui se laissent prendre au jeu et qui achètent tout ce qui leur est proposé.

    Quand la table est pleine de produits de toutes sortes, on ne pense pas aux affamés de ce monde, aux familles qui jonchent les montagnes de déchets à la recherche de nourriture que les bien nantis ont envoyée au dépotoir, aux mères qui abandonnent leurs enfants parce qu'elles ne peuvent plus les nourrir. Je ne peux pas faire la liste complète de toutes les situations dramatiques que notre système capitaliste engendre mais on voit assez de reportages à la télé pour en avoir une idée générale. L'ONU est bien au fait par rapport à tout ça, mais ne s'est jamais donné le pouvoir d'imposer de nouvelles règles.