21 prix Nobel demandent à l’Europe de tourner le dos aux sables bitumineux

Nouvelle salve contre l’exploitation des sables bitumineux albertains. Un total de 21 prix Nobel, dont deux Canadiens, pressent l’Union européenne de mettre en application une directive qui étiquetterait ce pétrole promu par le gouvernement Harper comme étant plus polluant que les autres formes de brut.

«Le monde ne peut plus ignorer, à moins que ce ne soit à ses propres risques, que les changements climatiques sont l’une des plus grandes menaces pour la vie sur notre planète aujourd’hui. Les impacts des changements climatiques et de l’extraction extrême des ressources exacerbent les conflits et la destruction de l’environnement à travers le monde. L’extraction des combustibles non conventionnels — comme les sables bitumineux et le pétrole de schiste — a un impact particulièrement dévastateur sur les changements climatiques», écrivent-ils dans une missive envoyée au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, ainsi qu’aux dirigeants des 28 pays de l’Union européenne.

Tutu et Ebadi

Parmi les signataires de la lettre, on retrouve plusieurs récipiendaires du prix Nobel de la paix, dont le Sud-Africain Desmond Tutu et l’Iranienne Shirin Ebadi. Deux Canadiens figurent aussi sur la liste. Il s’agit des scientifiques Mark Jaccard et John Stone, co-récipiendaires du prix Nobel de la paix en 2007 avec les autres membres du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC).

Leur demande est d’ailleurs on ne peut plus claire. Ils pressent l’Union européenne d’appliquer une directive de qualité sur les carburants qui étiquetterait le pétrole des sables bitumineux comme étant plus polluant que les autres formes de brut. Cet or noir canadien émet plus de gaz à effet de serre que le pétrole conventionnel. L’Europe lui attribuerait donc une valeur «carbone» plus significative.

Ils rappellent d’ailleurs que le pétrole des sables bitumineux et le pétrole de schiste occupent de plus en plus de place dans le paysage énergétique fossile, citant en cela des données avancées par l’Agence internationale de l’énergie. Or, cette même organisation préconise de laisser tout simplement sous terre les deux tiers des réserves pétrolières actuellement connues. Sans cela, il sera impossible de freiner la hausse du climat et la série de conséquences graves que cela doit entraîner au cours des prochaines décennies.

Dépendance

Les prix Nobel en appellent enfin à sortir progressive de notre dépendance aux énergies fossiles, «avec une attention particulière pour celles qui polluent le plus». L’Union européenne peut selon eux envoyer un signal clair avec une directive de qualité sur les carburants. Si celle-ci était appliquée, elle permettrait de réduire de 6 % d’ici 2020 les émissions de gaz à effet de serre provenant des carburants utilisés pour le transport.

Selon le calcul de la Commission européenne, les produits dont la valeur de référence est supérieure à 87 — soit le taux du pétrole conventionnel — devraient être considérés comme particulièrement polluants. La Commission a attribué une valeur de 107 aux sables bitumineux les excluant ainsi de facto du marché européen.

Harper menace

Une telle idée a été vivement dénoncée par le gouvernement Harper. Le ministre conservateur des Ressources naturelles, Joe Oliver, a menacé en mai dernier de traîner l’Union européenne devant le tribunal de l’Organisation mondiale du commerce si elle va de l’avant avec son projet de directive.

«Nous prendrons toutes les actions nécessaires et peut-être irons-nous devant l’OMC», a-t-il affirmé au cours d’une conférence de presse tenue dans le cadre d’un voyage d’une semaine en Europe. Cette tournée était notamment destinée à promouvoir l’énergie fossile canadienne. «Nous défendrons nos intérêts avec vigueur.»

Selon lui, une telle mesure serait «discriminatoire» pour le pétrole albertain. «Le Canada continue à réclamer en la matière une approche scientifique, qui traite tous les intéressés de manière égale et équitable», a souligné M. Oliver.

Le gouvernement Harper ne tarit pas d’éloges lorsque vient le temps de faire la promotion de l’exploitation des sables bitumineux et du gaz de schiste. Dans un appel pour des projets de recherche lancé au printemps, il a présenté ces sources d’énergie fossile comme des «ressources renouvelables», a constaté Le Devoir.

Au cours de la présente décennie, les pétrolières exploitant les ressources canadiennes comptent pour leur part doubler leur production quotidienne, à 3,5 millions de barils. Ce nouveau boom d’exploitation d’énergies fossiles est essentiellement le fait des multinationales qui tirent profit du pétrole de schiste — notamment dans le Dakota du Nord — et des sables bitumineux de l’Ouest canadien. L’exportation de ce pétrole passera probablement en partie par le territoire québécois.
11 commentaires
  • Daniel Gagnon - Abonné 8 octobre 2013 04 h 01

    La révolte de la Terre

    La politique immorale des sables sales de Monsieur Harper se fait écorner!

    La grogne monte et c'est bien, car il y a urgence.

    La parole prestigieuse et vénérable des prix Nobel est réconfortante.

    La Terre est au bord de l'Indigestion.

    On ne peut plus naviguer égoïstement comme Monsieur Harper le nez rivé sur son petit gouvernail économique.

    Sa politique immorale fait fi du bien-être général et de la crise actuelle de l’état de santé de la planète.

    La Terre malade fait pâtir par sa révolte et ses désordres des millions et des millions de ses habitants.

    Monsieur Harper ne doit pas gagner son pari de croissance forte dans l’exploitation des sables sales!

    Le premier Ministre conservateur doit être freiné dans ses ambitions insensibles aux souffrances des terriens et des terriennes.

    Souhaitons qu’un jour il soit vraiment mis à l’amende!

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 8 octobre 2013 07 h 04

    Prix Nobel, kécéça?

    Le problème, c'est que les néoconservateurs ne savent pas ce qu'est un prix Nobel.

    On notera que l'Alberta est l'endroit au monde où l'on découvre le plus grand nombre de restes de dinosaures. La politique, là-bas, c'est aussi de la paléontologie.

    Desrosiers
    Val David

    • Nicole Bernier - Inscrite 8 octobre 2013 16 h 07

      Je ne comprends pas pourquoi, les attaques de ce genre sont tolérés quand ce gouvernement a été élu, et à plusieurs reprises, aussi par les Québécois; sans les Québécois qui le supportent, ce gouvernement minoritaire n'aurait pas pu survivre et sans l'appui du Bloc Québécois, ils auraient pu, à plusieurs reprises, défaire ce gouvernement... Je ne pensent pas que les attaques contre les Albertains sont pertinentes sinon pour entretenir une haine de l'autre...

  • Zohra Joli - Inscrit 8 octobre 2013 08 h 40

    Réveillons-nous

    Harper a beau se choquer cela ne change rien au fait que ses sables bitumineux sont des plus polluants et que tout le processus de son extraction est extrêmement dommageable pour la planète. Il est bien le seul à ne pas reconnaître l'ampleur du réchauffement de la planète. Bravo à l'Europe et aux récipiendaires des prix Nobel qui ont une conscience.

  • Sylvain Auclair - Abonné 8 octobre 2013 09 h 21

    Pendant ce temps-là...

    au Québec, on inverse des oléoducs...

    • Nicole Bernier - Inscrite 8 octobre 2013 17 h 18

      Justement, M. Auclair, c'est pourquoi je trouve les commentaires de M. Desrosiers totalement inappropriés... le Parti Québécois n'a pas de meilleures politiques environnementales que le gouvernement conservateur (mines, donner notre électricité, etc.)

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 8 octobre 2013 14 h 01

    Menaces : et puis ?

    Harper a beau monter sur ses grands chevaux, l'OMC est indépendante et souveraine. Il ne peut rien faire. Sauf se consoler chez Tim Horton.