L’Arctique menacé d’un réchauffement de 7 °C à 11 °C d’ici la fin du siècle

Un ours polaire se promenant sur le rivage de la baie d’Hudson, près de Churchill, au Manitoba. L’espèce est confrontée à « un haut risque d’extinction » à partir d’une hausse des températures de 2,8 °C.
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Un ours polaire se promenant sur le rivage de la baie d’Hudson, près de Churchill, au Manitoba. L’espèce est confrontée à « un haut risque d’extinction » à partir d’une hausse des températures de 2,8 °C.

Le Nord québécois et canadien sera frappé de plein fouet par les bouleversements climatiques, avec leur lot d’impacts pour les communautés qui habitent le territoire et la biodiversité de cette vaste région. Les citoyens du sud du pays devront quant à eux faire face à des températures nettement plus élevées, à davantage de tempêtes et à une accélération de l’érosion des côtes.

C’est ce qui se dégage de la version complète du nouveau rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), qui a été publiée lundi. Un premier Résumé à l’intention des décideurs avait été dévoilé vendredi. Le rapport de plus de 2200 pages donne toutefois davantage de détails sur les impacts des changements climatiques à l’échelle régionale.

Les centaines de scientifiques du GIEC concluent ainsi que le Canada sera directement confronté aux conséquences d’une crise climatique qui demeure, pour le moment, totalement incontrôlée.

Au premier chef, toute la région arctique sera directement bouleversée par l’ampleur des changements de températures appréhendés au cours des prochaines décennies. Selon les différents scénarios élaborés, le thermomètre pourrait grimper de plus de 5 °C d’ici 50 ans. On évalue même que la hausse atteindra 7 °C à 11 °C d’ici la fin du siècle. Cette augmentation marquée entraînera une fonte accélérée du pergélisol. Cela « menacera » les communautés, la santé publique et les infrastructures nordiques, en plus de poser des risques pour les ressources en eau potable.

Qui plus est, le pergélisol contient d’énormes quantités de méthane. Au niveau mondial, il ne renferme pas moins de 1700 milliards de tonnes de carbone, soit environ le double du CO2 déjà présent dans l’atmosphère. Selon des travaux menés par le Département des sciences de la terre de l’Université d’Oxford, le pergélisol pourrait commencer à fondre à partir d’un réchauffement du globe de 1,5 °C, un processus déjà bien enclenché. Or, cet énorme apport de carbone rejeté dans l’atmosphère n’a jamais été pris en compte dans les projections sur le réchauffement climatique qui sont utilisées dans le cadre des négociations internationales sur le climat. Il risque pourtant d’avoir pour effet d’amplifier encore davantage les bouleversements prévus.

Biodiversité menacée

Le GIEC précise en outre que la disparition appréhendée de la glace provoquera un recul de crustacés qui sont à la base de la chaîne alimentaire marine, mais aussi la poursuite du « déclin » de populations entières de poissons. Les pêcheries, déjà confrontées à un effondrement de la majorité des espèces dites commerciales, devraient en subir les conséquences. Sans oublier l’apparition probable d’« espèces invasives » qui bouleverseront les écosystèmes nordiques.

L’emblématique ours polaire sera quant à lui confronté à « un haut risque d’extinction » à partir d’une hausse de 2,8 °C. Or, selon les chiffres avancés par le GIEC, la vaste zone de distribution de l’espèce au Canada devrait subir une hausse pouvant atteindre 7 °C au cours des prochaines décennies.

« Le réchauffement annoncé dans le Nord canadien et québécois est alarmant, a commenté lundi Patrick Bonin, responsable de la campagne climat de Greenpeace. D’autant plus qu’on sait que le Nord est déjà grandement affecté par le réchauffement, qui n’a été que de deux degrés jusqu’à maintenant. La situation devrait faire réagir le gouvernement du Canada, qui dit aider au développement des populations du Grand Nord. »

En prenant la présidence du conseil de l’Arctique en mai dernier, le gouvernement Harper a dit vouloir « stimuler le développement économique » de la région, mais aussi « développer son énorme potentiel ». Ottawa a d’ailleurs décidé en juin 2012 de mettre aux enchères près de 10 000 kilomètres carrés de l’océan Arctique, au bénéfice des pétrolières. La Russie s’est aussi lancée dans la course aux énergies fossiles de l’Arctique.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, la fonte accélérée des glaces de l’Arctique rend de plus en plus probable une exploitation précipitée des immenses réserves de gaz et de pétrole de cette région. Des ressources qui, une fois exploitées, vont contribuer à aggraver la crise climatique.

Impacts dans le Sud

Du côté des Québécois, concentrés dans le sud de la province, les hausses prévues au cours du présent siècle feront grimper le mercure de 4 °C à 5 °C, tandis que le nombre de jours où il se situera au-dessous de zéro reculera d’au moins dix par année. Les vagues de chaleur « augmenteront en intensité et en durée », souligne le rapport du GIEC. Ces épisodes auront de plus en plus d’impacts sur la santé publique. Les maladies infectieuses pourraient aussi frapper avec plus d’intensité.

On s’attend par ailleurs à une baisse du couvert enneigé et à une hausse du nombre de jours de pluie en hiver. « En général, les précipitations devraient augmenter », mais tomber plus souvent sous la forme d’averses intenses.

Quant aux Grands Lacs, les travaux scientifiques prévoient une baisse marquée de leur niveau. À terme, la qualité des eaux de ces véritables mers d’eau douce devrait souffrir des bouleversements climatiques. Les régions côtières, confrontées à une hausse du niveau des océans, subiront une « érosion accélérée », en plus d’une augmentation du nombre et de l’intensité des tempêtes.

Un rapport modéré

Comme toujours, la publication du rapport du GIEC a soulevé plusieurs critiques, certains accusant même le plus important regroupement d’expertises scientifiques sur le climat de verser dans l’alarmisme injustifié. Mais dans les faits, le rapport serait plutôt modéré.

Une équipe d’historiens des sciences, de sociologues et de climatologues ont passé en revue les quatre premiers rapports du GIEC et les ont confrontés à l’évolution de la science ou, simplement, aux variations climatiques effectivement mesurées plus tard. Leurs résultats, publiés récemment dans la revue Global Environmental Change, indiquent que le groupe a systématiquement « sous-estimé » les effets du réchauffement, a rapporté lundi Le Monde.

C’est le cas par exemple pour la hausse du niveau des océans. Le GIEC n’a pas non plus tenu compte du relâchement du méthane du pergélisol dans ses prévisions de hausses des températures mondiales.

5 commentaires
  • Mira Falardeau - Abonné 1 octobre 2013 07 h 31

    Accès à tous

    C'est vraiment très dommage que cet article soit bloqué aux non-abonnés. Je voudrais le partager car il est très révélateur et peut susciter de profondes prises de conscience.

  • Pierre Bourget - Abonné 1 octobre 2013 09 h 33

    Un GIEC pour corriger la situation

    Il faudrait que chaque pays soit invité à déposer son plan des solutions qu'il implantera. Arrêter de discuter d'objectifs communs. Chaque pays décide de son action, on en fait la somme des retombées et ils voient si c'est suffisant.

    Les scientifiques du GIEC ou un aussi important groupe de recherche appliquée, d'ingénieurs et d'entrepreneurs les supporteraient dans cette démarche mondiale. Rencontres aux 2 ans: progrès accomplis, difficultés à surmonter améliorations obtenues, technologies utilisées et autres impacts. Un beau défi mondial à relever pour nos technologues et dirigeants mondiaux. PURIFIER NOTRE AIR
    Pierre Bourget, abonné. Mont-Tremblant

  • Pierre Bourget - Abonné 1 octobre 2013 09 h 33

    Un GIEC pour corriger la situation

    Il faudrait que chaque pays soit invité à déposer son plan des solutions qu'il implantera. Arrêter de discuter d'objectifs communs. Chaque pays décide de son action, on en fait la somme des retombées et ils voient si c'est suffisant.

    Les scientifiques du GIEC ou un aussi important groupe de recherche appliquée, d'ingénieurs et d'entrepreneurs les supporteraient dans cette démarche mondiale. Rencontres aux 2 ans: progrès accomplis, difficultés à surmonter améliorations obtenues, technologies utilisées et autres impacts. Un beau défi mondial à relever pour nos technologues et dirigeants mondiaux. PURIFIER NOTRE AIR
    Pierre Bourget, abonné. Mont-Tremblant

  • Robert Côté - Inscrit 1 octobre 2013 10 h 29

    Le bon Canada dort

    Pendant que les scientifiques font leurs constats, le bon Canada, davantage préoccupé par l'économie que par le sort de la planète'' dort aux gazs de serre''.Pour quand de véritables actions pour le climat??....en 2100 ? Trop tard.