Quel accord sur le climat pour 2015?

La sécurité alimentaire de plusieurs pays risque d’être menacée par les changements climatiques.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La sécurité alimentaire de plusieurs pays risque d’être menacée par les changements climatiques.

La gravité des changements climatiques ne fait aucun doute. Reste maintenant aux États à se donner les moyens de lutter contre cette crise sans précédent. S’ils n’y parviennent pas, l’humanité devra vivre avec les impacts de plus en plus importants des bouleversements qu’elle a elle-même contribué à provoquer.

Le président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, Rajendra Pachauri, est formel : il est « minuit moins cinq » pour tenter de trouver une issue viable aux bouleversements climatiques. Or il est loin d’être acquis que les États de la planète parviendront à s’entendre sur un accord qui permettra de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Très peu de progrès ont été réalisés au cours des dernières années et la date butoir a été fixée à 2015.

 

« C’est possible, mais ce sera extrêmement difficile », affirme Hugo Séguin, un spécialiste de la question qui participe chaque année au cycle de négociations climatiques internationales mené par 190 pays sous l’égide des Nations unies.

 

« On cherche une entente internationale à valeur juridique, applicable à toutes les parties et qui entrerait en vigueur en 2020, explique-t-il. On cherche aussi de nouveaux engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Si on a une entente qui ne permet pas de respecter l’objectif de limiter la hausse des températures à 2 °C, on aura une entente qui ne vaut pas grand-chose. »

 

Il rappelle que c’est précisément ce qui s’est produit lors de la 15e conférence des parties, tenue à Copenhague en 2009. « L’idée, c’était d’empêcher que la hausse des températures mondiales dépasse 2 °C. Finalement, on a eu une juxtaposition de mesures volontaires de la part d’États. Nous étions donc loin d’un accord international légalement contraignant. »

 

Non seulement l’« accord » de Copenhague ne force pas les États à agir, mais les engagements pris volontairement à cette occasion sont loin d’être suffisants pour parvenir à limiter la hausse du climat au cours du présent siècle. L’inaction internationale nous conduit en fait vers une hausse qui pourrait atteindre 4 °C dès 2060, selon la Banque mondiale. Une telle situation « déclencherait une cascade de changements cataclysmiques, dont des vagues de chaleur extrême, une chute des stocks alimentaires et une montée du niveau de la mer frappant des centaines de millions de personnes », résume la Banque mondiale.

 

Peu de progrès

 

Ce qui préoccupe aujourd’hui M. Séguin, c’est que la situation a peu évolué depuis quatre ans. « Il s’est passé très peu de choses depuis la rencontre de Copenhague. Chaque réunion annuelle ne fait que maintenir le processus en le faisant avancer un peu plus chaque fois. Mais c’est très, très lent. Et les raisons structurelles pour lesquelles l’accord de Copenhague a échoué demeurent en place à l’heure actuelle. »

 

Parmi ces obstacles incontournables, il y a d’abord les États-Unis. Deuxième pays émetteur de la planète, le géant américain refuse de signer tout accord « contraignant », en grande partie en raison du « blocage idéologique » des républicains. Hugo Séguin voit toutefois mal comment la communauté internationale pourrait tomber d’accord sur un accord mondial sans la participation américaine.

 

Les environnementalistes le rappellent souvent ; toutefois, la lutte contre les changements climatiques exige aussi de sortir de notre dépendance aux énergies fossiles. « Mais pour protéger ses investissements, cette industrie se bat par tous les moyens pour ralentir ou annuler l’action locale, nationale et internationale sur le climat. On ne peut donc pas regarder la paralysie dans les négociations climatiques sans voir l’effet de l’industrie fossile », insiste le chargé de cours à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

 

Aide aux démunis

 

Et si les États riches veulent que les pays en développement et démunis prennent part au mouvement, il leur faudra remplir leurs engagements financiers. À Copenhague, la communauté internationale s’était engagée à débloquer 60 milliards de dollars d’ici 2015 et 100 milliards par an d’ici 2020 pour leur permettre de lutter contre les changements climatiques et de s’adapter aux effets de ceux-ci.

 

Mais en décembre 2012, lors de la conférence de Doha, les grands bailleurs de fonds que sont les États-Unis et l’Union européenne ont invoqué leurs propres problèmes financiers pour expliquer que les coffres sont toujours pratiquement vides.

 

Le biologiste Claude Villeneuve estime d’ailleurs que le rendez-vous de Doha a surtout permis de démontrer que « la procrastination et la mauvaise foi semblent être les valeurs dominantes des parties en présence. Les acteurs sont campés sur des positions qui semblent inamovibles ». Il doute fort que cela puisse changer lors de la prochaine conférence, qui se tiendra à Varsovie en décembre.

 

Pour le moment, selon les grandes orientations qui sont ressorties d’une rencontre tenue en juin à Bonn, l’Union européenne cherche à promouvoir un système où tous les pays indiqueraient les efforts qu’ils sont prêts à consentir. Ces propositions seraient accompagnées d’un mécanisme pour hausser le niveau d’ambition. De son côté, le groupe des pays en développement (G77) et la Chine ont réaffirmé qu’ils ne devaient pas être logés à la même enseigne que les pays industrialisés, historiquement responsables du réchauffement. Les discussions s’annoncent ardues.