Vers un recul majeur de la biodiversité

« Les populations d’animaux en particulier pourraient disparaître plus que nous ne l’estimons, avec moins de plantes disponibles pour les nourrir », précise la chercheuse Rachel Warren, une spécialiste des questions climatiques.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mélanie Daniau « Les populations d’animaux en particulier pourraient disparaître plus que nous ne l’estimons, avec moins de plantes disponibles pour les nourrir », précise la chercheuse Rachel Warren, une spécialiste des questions climatiques.

La vitesse à laquelle l’humanité bouleverse le climat terrestre risque de pousser un très grand nombre d’espèces animales et végétales dans leurs derniers retranchements d’ici quelques décennies. Plusieurs ne pourront tout simplement pas suivre le rythme des changements en cours.

 

D’après les conclusions d’une étude britannique publiées dans la revue Nature Climate Change, quelque 55 % des plantes et 35 % des animaux devraient voir l’espace propice à leur existence réduit de moitié d’ici 2080 à cause du réchauffement climatique, si la tendance actuelle se poursuit.

 

Les chercheurs se sont intéressés à l’impact d’une montée de 4 °C d’ici la fin du siècle sur les « zones climatiques » de 48 786 espèces, soit les espaces où les conditions climatiques sont propices à leur existence. Ce sont les plantes, les amphibiens et les reptiles qui sont le plus « à risque », car le rythme de leur capacité d’adaptation est plus lent que celui du changement climatique, soulignent les chercheurs de l’université britannique d’East Anglia. Les zones les plus touchées seraient l’Afrique subsaharienne, l’Amérique centrale, l’Amazonie et l’Australie.

 

« Les populations d’animaux en particulier pourraient disparaître plus que nous ne l’estimons, avec moins de plantes disponibles pour les nourrir », précise la chercheuse Rachel Warren, une spécialiste des questions climatiques qui a notamment contribué aux travaux du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat. Dans certains cas, comme celui du fou de Bassan du Québec, la modification des températures des eaux entraîne un déplacement de leurs proies, qui les force à effectuer des trajets de plus en plus longs pour se nourrir. Un tel phénomène pourrait bien avoir un impact majeur sur la population qui niche à l’île Bonaventure.

 

Pronostic conservateur

 

Mme Warren juge que ces estimations se situent « probablement dans la fourchette basse », dans la mesure où elles ne prennent en compte que l’impact de la hausse des températures et pas les événements extrêmes induits par le changement climatique, comme les cyclones ou les inondations.

 

Il faudrait aussi inclure la dégradation accélérée de plusieurs milieux naturels. On peut penser à la Grande Barrière de corail. Ce joyau de la biodiversité mondiale abrite 400 espèces de coraux, 1500 espèces de poissons et 4000 espèces de mollusques. Mais menacée par la pollution et les changements climatiques, elle a perdu la moitié de ses coraux en à peine trois décennies. L’Australie qualifie maintenant son état de « médiocre ».

 

L’augmentation des menaces pour la survie de plusieurs espèces vivantes « aura aussi des retombées sur les hommes, car il y a des espèces qui sont importantes pour la purification de l’eau et de l’air, pour limiter les inondations et le cycle de l’alimentation », estime Rachel Warren.

 

Des chercheurs de l’Université d’Arizona ont quant à eux analysé le rythme d’adaptation dans le passé de 570 espèces vivantes de vertébrés terrestres, dont des espèces d’amphibiens, de reptiles, d’oiseaux et de mammifères. Ils l’ont comparé avec le rythme qu’elles devraient avoir au cours du présent siècle pour s’adapter à une hausse de 4 °C.

 

Leur conclusion est pour le moins révélatrice : plusieurs espèces de vertébrés devraient évoluer 10 000 fois plus rapidement que par le passé si elles veulent survivre. « Cela veut dire que la capacité d’évoluer pour s’adapter à cette hausse ne sera pas une option pour plusieurs espèces », souligne le professeur John Wiens, du Département d’écologie et d’évolution biologique de l’Université d’Arizona.

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