Le rapport du GIEC démontre l’urgence d’agir, affirment les écologistes

Malgré la situation environnementale alarmante, le gouvernement du Canada encourage la mise en place des projets en lien avec l’exploitation de combustibles fossiles.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Malgré la situation environnementale alarmante, le gouvernement du Canada encourage la mise en place des projets en lien avec l’exploitation de combustibles fossiles.

Le nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) démontre plus que jamais que les dirigeants politiques doivent rapidement prendre des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, selon les groupes environnementalistes. Un constat qui vaut aussi pour les gouvernements du Québec et du Canada.

 

« Après 25 ans de rapports par le GIEC, la vérité qui dérange est confirmée : le changement climatique est réel, il se produit à un rythme alarmant et les activités humaines, principalement la combustion, le provoquent », a indiqué par voie de communiqué un collectif d’organisations, dont Greenpeace, le Fonds mondial pour la nature, Oxfam et Les Amis de la Terre. Tous les groupes ont du même coup plaidé pour un virage vers les « énergies renouvelables ».

 

Un point de vue que partage Steven Guilbeault, directeur principal chez Équiterre. « Nous devons investir dans les transports collectifs, l’électrification des transports, les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique plutôt que dans des projets qui augmentent l’empreinte », a-t-il fait valoir vendredi.

 

« Hélas, la réponse de nos gouvernements, avec le Canada en première ligne, ne s’approche même pas de ce dont nous avons besoin pour ralentir le problème des changements climatiques. Nous avons besoin d’actions concrètes et nous en avons besoin maintenant », a ajouté M. Guilbeault.

 

Équiterre estime ainsi que le Québec et le Canada ont besoin de se doter rapidement d’une stratégie énergétique basée sur la réduction de la dépendance au pétrole. Le hic, c’est que le gouvernement fédéral est aussi un ardent partisan de l’exploitation des sables bitumineux et de l’exploitation d’énergies fossiles dans l’Arctique.

 

Le gouvernement du Québec est lui aussi favorable au développement de projets pétroliers et à l’arrivée de pétrole albertain par pipelines. « Au Québec, la stratégie énergétique qui sera développée sera un véritable test quant à notre capacité de réduire nos émissions de GES. Elle peut nous léguer une infrastructure qui verrouillerait notre dépendance aux combustibles fossiles ou, au contraire, elle peut nous faire prendre le virage des énergies vertes », a d’ailleurs souligné Jean-Patrick Toussaint, chef des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki.

 

Le gouvernement Harper a réagi par voie de communiqué à la publication du rapport du GIEC. « En tant que pays faisant partie de l’Arctique, le Canada joue un rôle de leadership dans la gestion des changements climatiques », a affirmé la ministre de l’Environnement, Leona Aglukkaq. « Contrairement aux gouvernements libéraux précédents, sous lesquels les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de près de 30 %, ou au NPD, qui veut imposer une taxe sur le carbone de 21 milliards de dollars, notre gouvernement réduit les émissions de gaz à effet de serre et défend les emplois canadiens », a-t-elle ajouté.

 

Les conservateurs ont jeté le protocole de Kyoto à la poubelle et le secteur des sables bitumineux, en pleine croissance, n’est soumis à aucune limite d’émissions de gaz à effet de serre.

 

Le Devoir a par ailleurs tenté de discuter des conclusions du rapport du GIEC avec des employés d’Environnement Canada vendredi. Ils ont tous refusé de faire le moindre commentaire au sujet du contenu du rapport et de ses implications pour le Canada. Selon ce qu’a précisé une personne qui n’a pas voulu être nommée, le gouvernement Harper interdit toute prise de parole qui n’a pas été autorisée au préalable.

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 28 septembre 2013 08 h 44

    Le prêt-à-penser des groupes écolos

    « Nous devons investir dans les transports collectifs, l’électrification des transports, les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique plutôt que dans des projets qui augmentent l’empreinte »

    C'est parfois regrettable, mais le discours des groupes écolos s'apparente davantage au prêt-à-penser qu'à des conclusions découlant d'une analyse profonde et ouverte. C'est que le sens des nuances fait parfois défaut.

    Investir dans les transports collectifs ? D'accord ! Mais de quelle façon ? On écrit plus haut : « Le nouveau rapport (...) démontre plus que jamais que les dirigeants politiques doivent rapidement prendre des mesures pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ». Rapidement ? Il y a donc urgence. Or, après tant d'années à tourner le dos au transport collectif, tout est à repenser et un investissement rapide sous prétexte d'urgence pourrait être un fiasco. Par exemple, déployer des lignes de train de banlieue à gogo pourrait être un moyen de participer à l'étalement urbain et à renforcir ce modèle d'aménagement du territoire axé sur l'automobile.

    L'électrification des transports ? Il n'y aura pas de progrès sensible avant longtemps avec ces programmes de généreuses subventions de voitures individuelles électriques. C'est un pas dans la mauvaise direction.

    Les énergies renouvelables ? Sachant qu'il y a des limites physiques à la construction de grands barrages, l'hydro-électricité est-elle vraiment une énergie renouvelable ? Les biogaz sont, vus ainsi, plus renouvelables que l'hydro-électricité, mais de le dire relève pour certains de l'hérésie.

    Quant à l'efficacité énergétique, c'est un bien grand mot qui est aux antipodes de la façon de faire dans bien des milieux industriels et surtout, de la construction. Changer les mentalités, ça ne se fait pas... rapidement.