Des bouleversements coûteux pour l’économie mondiale

Les régions où l’on trouve les populations les plus défavorisées seront grandement touchées par les effets des bouleversements.
Photo: Agence France-Presse Les régions où l’on trouve les populations les plus défavorisées seront grandement touchées par les effets des bouleversements.

Les calculs restent à préciser, mais les premières estimations sont on ne peut plus claires : il sera beaucoup plus coûteux de se contenter de vivre avec les impacts de la crise climatique que de s’attaquer à ses causes, soit le caractère très énergivore de notre économie.

 

Les gouvernements de la planète devraient en fait bonifier de 36 milliards de dollars l’enveloppe qu’ils consacrent déjà à la lutte contre les changements climatiques pour permettre à l’économie mondiale de prendre un virage « vert ». C’est du moins l’analyse que fait la Green Growth Action Alliance, un groupement d’une cinquantaine de grandes entreprises, de banques, d’agences gouvernementales de développement et d’organisations internationales.

 

À titre de comparaison, ce montant est trois fois moins important que le seul prix des catastrophes naturelles survenues aux États-Unis l’an dernier. Qui plus est, cet effort financier est nettement plus modeste que les cinq millions de morts et les 1200 milliards de dollars de dommages que causeraient déjà les changements climatiques, selon le Climate Vulnerable Forum. « D’ici 2030, on estime que le coût combiné de l’évolution du climat et de la pollution atmosphérique atteindra 3,2 % du produit intérieur brut mondial », précise la Green Growth Action Alliance dans un rapport présenté plus tôt cette année au Forum économique mondial de Davos.

 

Uniquement pour le Canada, le coût des changements climatiques pourrait passer de 5 milliards par année en 2020 à des montants allant de 21 à 43 milliards par année dans les années 2050. C’est du moins ce qui ressort d’une analyse qui date déjà de deux ans et qui a été produite par la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie.

 

La bombe méthane

 

L’ampleur des coûts appréhendés ne tient pas compte, pour le moment, du dégel du pergélisol des régions arctiques et de la libération accélérée de méthane - un gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que le CO2 - dans l’atmosphère.

 

En accélérant le réchauffement planétaire, ce phénomène pourrait coûter plus de 60 000 milliards $US à l’économie mondiale, selon ce qui ressort d’une étude publiée en juillet dans la réputée revue Nature. Les chercheurs ont pris en compte les inondations, les sécheresses, les tempêtes ainsi que les pertes de productivité de l’économie que provoquerait l’amplification des bouleversements climatiques en raison du méthane.

 

Et si les 50 milliards de tonnes de méthane contenues dans le sol arctique étaient libérées durant 20 ans, entre 2015 et 2035, le coût serait d’environ 64 500 milliards de dollars. Si la fuite s’étalait sur 30 ans, entre 2015 et 2045, il s’élèverait à 66 200 milliards. À titre de comparaison, la valeur de l’économie mondiale en 2012 avoisinait les 70 000 milliards de dollars.

 

Toujours selon les résultats de l’étude publiée dans Nature, quelque 80 % des effets seraient constatés dans les pays les plus vulnérables en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Des régions où on retrouve les populations les plus défavorisées du globe et qui sont déjà fortement exposées aux conséquences du réchauffement planétaire.

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 28 septembre 2013 08 h 18

    La bombe méthane

    Ces milliards de tonnes de méthane contenues dans le pergélisol, on pourrait sans doute songer à en récupérer une certaine partie, avant qu'elle ne se diffuse dans l'atmosphère. Ce méthane récupéré servirait de combustible. La combustion du méthane rejette du dioxyde de carbone, certes, mais la quantité rejetée ainsi que l'efficacité du dioxyde de carbone comme gaz à effet de serre fait en sorte que le bilan est très positif.

    Il y a également d'autres sources de méthane qui se prêtent à la récupération. Or, pour que l'exercice soit rentable, il faut un marché. Avec son credo du tout à l'électricité, le Québec ne ferait-il pas fausse route ? Surtout qu'il faut le préciser, en inondant des forêts pour en faire des réservoirs d'eau pour alimenter les barrages, on crée de nouvelles sources de méthane.