Exploitation pétrolière - Un préjugé favorable qui inquiète les environnementalistes

Les groupes environnementaux s’inquiètent du préjugé favorable du gouvernement Marois envers l’exploitation pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent. Ils estiment que le rapport de l’évaluation environnementale stratégique (EES) publié vendredi démontre sans l’ombre d’un doute que les risques sont mal connus et qu’une marée noire serait totalement incontrôlable.

 

« Le rapport indique clairement qu’il y a des lacunes importantes dans nos connaissances du Golfe et que les mesures pour répondre aux déversements sont déficientes, a souligné lundi Danielle Giroux, porte-parole de la Coalition Saint-Laurent. L’évaluation environnementale pour l’estuaire allait dans le même sens, et le gouvernement a décrété une interdiction totale de l’exploration et de l’exploitation pétrolière. Pourquoi est-ce que la ministre [Martine Ouellet] n’arrive pas à la même conclusion pour le golfe ? »

 

Le gouvernement Charest avait en effet commandé une évaluation environnementale stratégique portant sur l’estuaire du Saint-Laurent. Devant l’ampleur des risques environnementaux recensés dans l’étude, Québec avait décidé d’interdire aux pétrolières l’accès à ce milieu marin « complexe et fragile ». Tant d’un point de vue physique que biologique, l’estuaire et le golfe sont intimement liés, disent les scientifiques.

 

Dans le cas du golfe, le rapport de 800 pages de l’EES - rendu public vendredi sans préavis - insiste sur la méconnaissance des risques pour la faune et la flore, sur l’ignorance de l’impact des changements climatiques sur ce milieu et sur l’incapacité de répondre à un déversement pétrolier. La ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, a toutefois réitéré la volonté des péquistes d’ouvrir le secteur pour la recherche d’énergie fossile. « On pense qu’il y a un intérêt économique pour le Québec de pouvoir exploiter son propre pétrole, a-t-elle dit au Devoir. Mais il faudra que ça se fasse avec les plus hauts standards environnementaux. »

 

Manque de connaissances

 

« Nous nous étonnons de voir le gouvernement mettre l’accent sur la création de deux comités, un technique et un économique, alors que le rapport déplore le manque de connaissances environnementales », a déploré Jean-Patrick Toussaint, chef des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki.

 

Greenpeace condamne pour sa part la volonté du gouvernement Marois de lancer le Québec sur la voie de l’exploitation d’éventuels gisements d’or noir. « L’exploration et l’exploitation pétrolière comportent des risques majeurs dont le Québec peut bien se passer, a ainsi déclaré Charles Latimer, responsable de la campagne océans chez Greenpeace. La ruée vers l’or noir, que ce soit le projet de la ligne 9 [d’Enbridge], l’île d’Anticosti ou l’exploitation du site d’Old Harry, entraînerait davantage le Québec dans l’économie du passé qui augmente les risques associés aux changements climatiques et menace nos écosystèmes marins. »

 

Les groupes contactés par Le Devoir ont par ailleurs tous remis en question la décision de rendre public un tel rapport, très technique, un vendredi après-midi. Au cabinet de Martine Ouellet, on a affirmé vendredi que cette décision n’avait rien de « stratégique ».

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