Capitaine Crochet, symbole de l’impact humain sur le milieu marin

Capitaine Crochet n’a pas été vue depuis l’été dernier alors que le rorqual commun était empêtré dans un engin de pêche au crabe.
Photo: GREMM Capitaine Crochet n’a pas été vue depuis l’été dernier alors que le rorqual commun était empêtré dans un engin de pêche au crabe.

Elle n’a pas été revue dans le Saint-Laurent depuis maintenant trois mois. Les chances de revoir Capitaine Crochet vivante sont désormais pratiquement nulles, estime le spécialiste des cétacés Robert Michaud. La disparition de cette femelle rorqual commun connue et reconnue depuis vingt ans nous invite selon lui à une réflexion sur l’impact de l’activité humaine sur le milieu marin.

 

« Il n’est pas exclu qu’on la retrouve », explique-t-il au Devoir, mais « notre optimisme est très très mince ».

 

Cette baleine d’une vingtaine de mètres, véritable vedette du parc marin du Saguenay -Saint-Laurent, a semé la consternation au début de l’été parmi les capitaines de navires d’observation. Capitaine Crochet est en effet arrivée empêtrée dans un engin de pêche au crabe. Un handicap sévère qui l’empêchait de s’alimenter normalement, en plus de lui causer de sévères blessures. Malgré les nombreuses tentatives pour tenter de la libérer menées par des spécialistes des cétacés mobilisés pour l’occasion, l’animal a disparu à la mi-juin et n’a pas été revu depuis.

 

Selon Robert Michaud, président du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), il est possible que la baleine, amaigrie, ait coulé avec son engin de pêche relié à des câbles plombés. Dans ce cas, on pourrait bien ne jamais savoir ce qu’il est advenu de cette représentante d’une espèce menacée de disparition.

 

Matière à réflexion

 

Pour M. Michaud, une telle situation devrait surtout susciter une réflexion sur l’impact que l’être humain peut avoir sur l’environnement, notamment les milieux marins. « Comme humains, on accepte les coûts de notre présence. On dérange, on est en conflit d’usages avec plusieurs espèces. Mais la véritable question est la suivante : “Est-ce que nous sommes en mesure d’évaluer l’impact de nos activités et de nous assurer que nos impacts sont acceptables?”. La perte de Capitaine Crochet, c’est triste. Mais c’est surtout une belle occasion de nous demander si nous gérons bien nos activités dans les océans, de façon à maintenir à un niveau “acceptable” les impacts sur les autres espèces. »

 

« On a un nombre important de situations où les humains ne se sont pas posé la question à l’avance et ont eu un effet extrêmement négatif sur des populations entières. La gestion des pêches en est un bon exemple », souligne-t-il.

 

Au Canada, l’exploitation effrénée d’espèces comme la morue a notamment mené à un effondrement pour ainsi dire irréversible des stocks. En fait, la vaste majorité des espèces de poissons du globe sont menacées par la surpêche.

 

Exploitation pétrolière

 

La volonté du gouvernement du Québec de donner le feu vert aux pétrolières qui veulent explorer le potentiel en énergie fossile du golfe mérite aussi une analyse rigoureuse, selon Robert Michaud. « Est-ce que ce type de dérangement sera évalué de façon cumulative ? C’est un défi que nous avons. Et ça n’a jamais été fait pour le Saint-Laurent. »

 

Le rapport de l’évaluation environnementale stratégique menée pour étudier le golfe du Saint-Laurent a d’ailleurs clairement mis en lumière des lacunes majeures en matière de connaissances des composantes des milieux physique, biologique et humain. Même chose en ce qui a trait aux « effets environnementaux potentiels des activités d’exploration et d’exploitation, ainsi que des déversements accidentels ».

 

« Le Saint-Laurent est un environnement en changement accéléré, en raison des changements climatiques, et on s’apprête à introduire de nouvelles activités humaines, rappelle Robert Michaud. Il ne faut pas perdre de vue que ce système dynamique subit déjà des sources de stress. Il faut, comme société, rester alertes, et davantage que nous l’avons été jusqu’à maintenant. »

2 commentaires
  • LAURENT PRADIES - Inscrit 16 septembre 2013 11 h 52

    Grâce au PQ et à Harper...

    Grâce à nos bons politiques que nous avons élus , dans quelques années ces préoccupations auront totalement disparu de l'actualité puisque la priorité donnée au pétrole signifiera la fin des baleines dans le Saint-Laurent ....Citoyens vous avez choisi !

  • Gilles Théberge - Abonné 16 septembre 2013 17 h 45

    Trop peu trop tard

    Tout en étant entièrement d'accord avec les conseils judicieux de monsieur Michaud, force est de constater que ce drame de la baleine a soulevé quelqu'intérêt pendant un certain temps. Quelques émois aussi. Pui le tout a été enterré dans un profond silence que monsieur Michaud tente courageusement de rompre.

    Mais qu'est-ce que l'industrie, et en particulier la pétrolière s'en fout des baleines monsieur Michaud. Qu'est-ce que les politiciens s'en fichent une fois que la main sur le coeur ils ont terminé leur discours.

    Vous saviez pas ça bonnes gens, la chose la plus importante, c'est..... Allez faites un effort, réfléchissez. C'est l'é..... co...... no......mie. C'est ça qui importe.

    Les baleines? Ben voyons donc!