Exploitation pétrolière: l’évaluation environnementale souligne de nombreuses lacunes

Le rapport rappelle qu’il existe «plusieurs lacunes dans l’état actuel des connaissances» concernant le golfe du Saint-Laurent, et ce, «sur les technologies d’exploration et d’exploitation, mais aussi sur les composantes des milieux physique, biologique et humain de la zone d’étude».
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le rapport rappelle qu’il existe «plusieurs lacunes dans l’état actuel des connaissances» concernant le golfe du Saint-Laurent, et ce, «sur les technologies d’exploration et d’exploitation, mais aussi sur les composantes des milieux physique, biologique et humain de la zone d’étude».

Le gouvernement Marois vient finalement de rendre public le rapport de l’évaluation environnementale stratégique (EES) lancée sous les libéraux pour étudier le golfe du Saint-Laurent en vue d’une exploitation pétrolière. Le document met d’ailleurs en lumière de nombreuses lacunes en matière de connaissances de ce riche milieu marin, mais aussi quant à notre capacité d’intervention en cas de marée noire.

Le rapport de plus 800 pages, caractérisé par un vocabulaire relativement technique, a été publié vendredi en milieu de journée. Les auteurs y soulignent notamment qu’en cas de feu vert aux pétrolières, l’acceptabilité sociale «n’est pas acquise». «Les commentaires recueillis dans le contexte de l’approche participative ont clairement fait ressortir des appréhensions profondes de la part des populations des régions directement concernées par une éventuelle exploration et exploitation des hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent», écrivent-ils dans ce document qui devait au départ être remis au gouvernement du Québec en novembre 2012.

Qui plus est, les gouvernements ne détiennent tout simplement pas de structure apte à répondre à une marée noire, peu importe son ampleur. «La capacité d’intervention en cas de déversement accidentel en mer est actuellement déficiente pour répondre à d’éventuels accidents majeurs, même ceux qui pourraient impliquer le transport maritime existant», écrivent les auteurs de ce rapport produit par la firme Genivar.
 
Lacunes technologiques et biologiques

Le rapport rappelle en outre qu’il existe «plusieurs lacunes dans l’état actuel des connaissances» concernant le golfe du Saint-Laurent, et ce, «sur les technologies d’exploration et d’exploitation, mais aussi sur les composantes des milieux physique, biologique et humain de la zone d’étude». Le même constat vaut en ce qui a trait aux «effets environnementaux potentiels des activités d’exploration et d’exploitation ainsi que des déversements accidentels».
 
Dans les termes employés par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune pour lancer l’appel d’offres pour la réalisation de l’évaluation environnementale, on indiquait clairement que celle-ci devait permettre de «développer des recommandations quant aux conditions de réalisation des travaux d’exploration et d’exploitation pétrolière et gazière en milieu marin».

Dans un rapport préliminaire de l’EES rendu public en 2011, la firme Genivar avait déjà mis en lumière d’importantes «carences» dans les connaissances relatives au golfe du Saint-Laurent, notamment sur les effets qu’aurait une marée noire et sur les moyens d’y faire face.
 
Comité d’experts
 
Québec — qui souhaite clairement exploiter d’éventuels gisements de pétrole québécois — a réagi par communiqué à la publication du rapport. «Le ministère des Ressources naturelles prévoit continuer de documenter le sujet et mettre de l’avant des initiatives visant à mieux définir des impacts sociaux et environnementaux de l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures en milieu marin, ainsi que les retombées économiques globales. Deux comités d’experts, entre autres, seront formés afin d’analyser plus particulièrement les volets économique et technique», a fait valoir la ministre Martine Ouellet.

Les pétrolières qui souhaitent exploiter d’éventuelles ressources en énergie fossile dans le golfe visent surtout la structure de Old Harry, située sur la frontière maritime entre le Québec et Terre-Neuve, à 80 kilomètres des Îles-de-la-Madeleine. C’est l’entreprise Corridor Resources (qui contrôle aussi des permis d’exploration en partenaire avec Pétrolia sur l’île d’Anticosti) qui détient tous les permis du secteur.  

Selon des évaluations préliminaires, cette structure située en profondeur pourrait contenir quelque deux milliards de barils de pétrole et des centaines de milliards de pieds cubes de gaz naturel. Mais aucun forage n’a encore été effectué pour vérifier si on y retrouve bel et bien un gisement d’énergie fossile. Corridor Resources espère pouvoir forer un premier puits d’exploration du côté de Terre-Neuve au cours des prochains mois. Québec doit pour sa part adopter une loi avec Ottawa avant de pouvoir aller de l’avant dans l’exploration en mer.
 
Golfe à protéger
 
En entrevue au Devoir il y a de cela quelques mois, l’écologiste David Suzuki avait mis en garde le gouvernement Marois contre la tentation de lancer le Québec sur la voie de l’exploitation pétrolière, particulièrement dans le golfe du Saint-Laurent.
 
«Le Québec ne devrait pas aller de l’avant. Le golfe du Saint-Laurent devrait être considéré comme un sanctuaire. C’est un élément culturel et historique central dans l’histoire du Québec. Plusieurs personnes dépendent des pêcheries et du tourisme liés au Saint-Laurent. Et maintenant, on voudrait risquer tout cet écosystème pour quelques années de pétrole?», a-t-il fait valoir au cours d’une rencontre.

«Le problème est que les politiciens voient le monde comme s’il s’agissait de compartiments séparés, a ajouté M. Suzuki. Il y a l’environnement, il y a l’économie, il y a la santé, etc. Mais on ne peut agir ainsi, spécialement lorsqu’il s’agit d’énergie fossile. Il faut prendre en compte tous les éléments.»
 
Christian Simard, directeur général de Nature Québec, a invité vendredi Québec à prendre en compte la valeur même du golfe du Saint-Laurent. «Les pêches dans le secteur du Canada Atlantique, c’est plus d’un milliard de dollars de débarquements par année, seulement pour le crabe et le homard. Près de 10 000 petites entreprises dépendent de cette industrie. Pour le Québec, la valeur des débarquements dépasse les 125 millions. Ce sont des montants très importants pour l’économie liée au golfe du Saint-Laurent. Mais se lancer dans l’exploitation pétrolière risque de compromettre tout cela.»
 
1 commentaire
  • Gilbert Fafard - Inscrit 14 septembre 2013 08 h 46

    Pour quelque pétro dollards de plus!

    Ce rapport de comité d'expert semble assez clair.Le risque associé est beaucoup trop important pour exploiter du pétrole dans une région dont la valeur patrimoniale est plus grande que le profit qu'elle rapportera à quelques compagnies priviligiés.qu'on interdise l'exploitation pétrolière dans le Golfe St-Laurent.