Il est «minuit moins cinq» pour le climat, avertit le GIEC

Chez l’humain, ce sont surtout les régions où vivent les plus démunis qui subiront de plein fouet les effets des bouleversements climatiques. Des citoyens qui ne sont pourtant pas responsables de l’essentiel du phénomène. Sur notre photo, les ruines à Kalmunai, au Sri Lanka, en 2009.
Photo: Pedro Ruiz - Archives Le Devoir Chez l’humain, ce sont surtout les régions où vivent les plus démunis qui subiront de plein fouet les effets des bouleversements climatiques. Des citoyens qui ne sont pourtant pas responsables de l’essentiel du phénomène. Sur notre photo, les ruines à Kalmunai, au Sri Lanka, en 2009.

L’avertissement pourrait difficilement être plus clair: à moins d’un mois de la publication d’un rapport attendu du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), son président estime qu’il est «minuit moins cinq» pour tenter de trouver une issue viable aux bouleversements climatiques. Une version préliminaire du rapport, obtenue par Médiapart, indique d’ailleurs que la situation est pour le moins critique.

«L’univers n’est qu’une seule famille. Par conséquent, nous ne pouvons pas nous isoler de tout ce qui se passe autre part sur la planète», car cela affecte forcément le reste du monde, directement ou indirectement, a affirmé cette semaine Rajendra Pachauri, président du GIEC. Des mots qui sonnent comme un avertissement aux dirigeants de la planète, qui doivent parvenir à s’entendre sur un nouvel accord de lutte aux changements climatiques d’ici 2015.

«Il faut inventer de nouvelles façons de définir et mesurer le progrès humain et moins se focaliser sur les statistiques habituelles comme le Produit intérieur brut», a-t-il ajouté.
Cet appel intervient alors que les experts du climat doivent livrer d’ici la fin du mois un nouveau diagnostic très attendu, tandis que la lutte contre le réchauffement patine depuis 2009. Avec son cinquième rapport, qui sera publié en quatre temps jusqu’en octobre 2014, le GIEC va livrer l’état des lieux le plus complet et le plus actualisé sur l’ampleur et les impacts attendus du réchauffement.

Une version préliminaire du rapport, obtenue par Médiapart, donne une bonne idée de la gravité de la situation constatée par les scientifiques du GIEC. Ainsi, d’ici la fin du siècle, ils estiment que la température sur Terre pourrait augmenter de 1,5 à 3 °C, selon le rythme d’augmentation des émissions de CO2 (les estimations les plus hautes allant jusqu’à 4,8 °C). Pour le moment, les émissions de ce gaz à effet de serre ne cessent de croître, comme en témoigne l’augmentation constante de la concentration de CO2 dans l’atmosphère. La concentration de CO2 dans l’atmosphère a déjà augmenté de 40 % depuis le début de l’ère industrielle.

Si les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère ne cessent d’augmenter et si la tendance se poursuit, la hausse du thermomètre pourrait même atteindre de 3 à 5°C. Un tel scénario déclencherait des «changements cataclysmiques», selon ce que faisait valoir la Banque mondiale dans un rapport à la fin de 2012. «Ce monde serait tellement différent de celui dans lequel nous vivons qu’il est difficile de le décrire», avait alors souligné le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim.

Responsabilité humaine

La responsabilité humaine dans les bouleversements climatiques ne fait par ailleurs pour ainsi plus de doute, estime le GIEC. «Il est hautement probable que l’influence humaine sur le climat soit responsable de plus de la moitié de la montée des températures à la surface du globe entre 1951 et 2010», écrit le groupe dans une version préliminaire de son rapport dont des extraits ont été obtenus récemment par le New York Times.

«Depuis 1950, on a observé des changements dans tout le système climatique : l’atmosphère et l’océan se sont réchauffés, l’extension et le volume de la neige et de la glace ont diminué et le niveau des mers a monté, écrivent aussi les experts. La plupart de ces changements sont inhabituels ou sans précédent à l’échelle de décennies ou de millénaires.»

Les travaux du GIEC sont appelés à nourrir les négociations internationales vers l’accord attendu fin 2015 au cours d’une conférence qui devrait avoir lieu à Paris. Avant sa présentation officielle à la presse le 27 septembre à Stockholm, le premier volet sera validé lors d’une conférence dans la capitale suédoise (23-26 septembre) réunissant les scientifiques, mais aussi des représentants des 195 pays membres du GIEC. Cette approbation plus «politique», au terme d’un processus impliquant 250 scientifiques, soulève régulièrement des critiques sur un éventuel manque d’indépendance du GIEC.

D’après le dernier rapport du Giec publié en 2007, 20 à 30 % des espèces végétales et animales étudiées jusqu’ici connaîtront un risque d’extinction si l’augmentation de la température moyenne mondiale dépasse 1,5-2,5°C. Chez l’humain, ce sont surtout les régions où vivent les plus démunis qui subiront de plein fouet les effets des bouleversements climatiques. Des citoyens qui ne sont pourtant pas responsables de l’essentiel du phénomène.

Avec l’Agence France-Presse

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