Port-Daniel-Gascons - Un projet de cimenterie d’un milliard échappe au BAPE

«Nous avons examiné ce projet sous tous les angles environnementaux et, pour l’instant, il n’y a pas de barrière à ce projet. Il y a des balises cependant qu’on pourra mettre en place pour nous assurer que l’environnement est protégé», a déclaré Pauline Marois à propos du projet de cimenterie d’un milliard de dollars à Port-Daniel-Gascons, en Gaspésie.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir «Nous avons examiné ce projet sous tous les angles environnementaux et, pour l’instant, il n’y a pas de barrière à ce projet. Il y a des balises cependant qu’on pourra mettre en place pour nous assurer que l’environnement est protégé», a déclaré Pauline Marois à propos du projet de cimenterie d’un milliard de dollars à Port-Daniel-Gascons, en Gaspésie.

Interrogée au terme de son caucus national tenu à Carleton-sur-Mer la semaine dernière, la première ministre, Pauline Marois, a confirmé que l’un des plus gros projets industriels à venir au Québec serait exempté d’un BAPE. « Ce n’est pas prévu puisque ça ne répond pas aux critères habituels d’un BAPE. Nous avons examiné ce projet sous tous les angles environnementaux et, pour l’instant, il n’y a pas de barrière à ce projet. Il y a des balises cependant qu’on pourra mettre en place pour nous assurer que l’environnement est protégé, mais il n’y a pas d’entraves majeures sous l’angle environnemental », a-t-elle déclaré.

La décision heurte des écologistes qui suivent le dossier de très près. « On est surpris et en colère ! », a affirmé au Devoir le vice-président du groupe écologiste gaspésien Environnement Vert Plus, Michel Goudreau. Sa surprise est d’autant plus vive que, la veille de cette confirmation, mercredi, il rencontrait le chef de cabinet du ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, précisément dans le but de convaincre de l’importance de soumettre ce projet à l’analyse du BAPE.

« Et ce, avec à l’appui une lettre qui précise des chiffres, qu’on a obtenus notamment du promoteur [Ciment McInnis], qui démontrent que la cimenterie va émettre plus de deux millions de tonnes de GES par année ! »

2,2 à 3 millions de tonnes

Dans cette lettre datée du 28 août, les écologistes affirment que, lors d’une rencontre avec la direction de Ciment McInnis le 13 août dernier, l’entreprise « a confirmé que la cimenterie prévoit transformer environ 3 millions de tonnes de calcaire par année ». Cela représenterait, selon les calculs des écologistes qui s’appuient sur différentes études et des documents obtenus par la Loi d’accès sur l’information, un relâchement de GES de l’ordre de 2,2 à 3 millions de tonnes par année.

Toujours selon cette lettre, « le projet va produire 5,1 fois plus de GES que tous les véhicules en Gaspésie et aux Îles. Le projet de cimenterie va augmenter les GES produits par la combustion industrielle (pétrole de coke pour la cimenterie) de plus 16 % par rapport au total produit au Québec en 2010. [Et] par rapport à tous les GES relâchés par l’industrie au Québec, la cimenterie en ajoutera à elle seule, 10 %. »

Le président d’Environnement Vert Plus, Bilbo Cyr, qui se dit « outré » par la décision de Québec, rappelle « que lutter contre la bêtise humaine est une lutte qui est perdue d’avance, mais ce n’est pas une raison pour ne pas continuer à se battre dans ce dossier ». Du même avis, le président de l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique, André Bélisle, juge que le feu vert donné par Québec au projet sans le soumettre à un BAPE démontre que le discours du gouvernement est désormais « contradictoire sur le plan de l’environnement. Ça ne marche pas ! »

Le Devoir a en vain tenté d’obtenir le commentaire du cabinet du ministre de l’Environnement ainsi que du promoteur, Ciment McInnis, afin de savoir s’ils contestaient ou non les chiffres avancés par les écologistes.

En avril 2012, Le Devoir révélait que la cimenterie, qui devrait voir le jour d’ici deux ans, n’avait pas à être soumise à un BAPE parce que l’avis du projet avait été déposé par son promoteur avant le 22 juin 1995, date à laquelle les normes environnementales ont été resserrées par le gouvernement de Jacques Parizeau. Ce qu’avait alors confirmé le ministère de l’Environnement. Or, devant le tollé soulevé par ces révélations, Québec avait décidé d’étudier ce projet de manière plus pointue. Ainsi, en entrevue au Devoir le 10 décembre dernier, le ministre délégué aux Régions, Gaétan Lelièvre, affirmait que son gouvernement ne fermait pas la porte à un BAPE.

Quelque 400 emplois seront créés lors des travaux de construction des installations et près de 100 emplois permanents en usine pendant l’exploitation du site qui contient plus de 450 millions de tonnes de calcaire. Cela représente 100 ans d’exploitation. La firme Ciment McInnis est contrôlée par Beaudier inc., située à Montréal.

 

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51 commentaires
  • Claude Boucher - Abonné 3 septembre 2013 00 h 34

    Ça va faire augmenter le prix du carbone

    Si le problème est une augmentation du niveau des GES, le problème n'est pas si insurmontable. La cimenterie à construire sera sujette au système de permis de droits d'émission (SPEDE) qui est en vigueur depuis le début de 2013.

    En vertu du règlement, le promoteur devra se procurer des permis pour chaque tonne de CO2, ce ce qui fera probablement augmenter le coût des permis. Une hausse du coût des permis permettra de rentabiliser d'autres mesures de réduction, tout en respectant le plafond fixé à 54,7 mt (dans les secteurs assujettis) en 2020.

    Deux ou trois millions de tonnes de CO2 à 40, 50 ou 60 $/tonne devient donc un gros pensez-y bien pour un entrepreneur qui veut se lancer dans l'aventure du ciment.

  • Louis Gérard Guillotte - Abonné 3 septembre 2013 01 h 41

    Quoi!Quoi!

    Une si grosse affaire de pollution sans BAPE!!Mais bon sang!C'est de l'inconscience
    bétonnée!!Il faut modifier la loi pour que ce projet soit sérieusement analysé selon les dernières normes d'une intelligente politique de précaution.La PRÉCAUTION de bon père et mère de famille.
    Les balises,c'est maintenant qu'il faut les imposer;pas après les dégâts.
    C'est qui ce Beaudier inc.et son petit avis d'avant 1995 qui semble peser si lourd au
    détriment du bien-être collectif?Cela laisse à penser qu'ils se seront précipités pour
    déposer leur petit avis,ayant été préalablememt avisé en sous-main.N'existe-t-il pas
    des lois interdisant les préventions d'initiés?

    • Vincent Bussière - Inscrit 3 septembre 2013 17 h 18

      Beaudier inc. c'est la famille de Laurent Beaudoin les actionnaires de Bombardier!

  • Daniel Lemieux - Abonné 3 septembre 2013 04 h 28

    Pas d'entraves majeures...

    Parce qu'il a été lancé en 1992, soit bien avant le resserrement des normes environnementales par le gouvernement Parizeau, en 1995, ce projet échappe donc aux évaluations du BAPE.

    Et qui plus est, le promoteur n'aura pas de redevances à payer, pace qu'il se trouve en « terres privées », selon la Loi sur les mines.

    On invoquera toujours la création d'emplois et les retombées économiques dans une région du Québec qui en a grand besoin.

    Mais après le stockage dissimulé des BPC à Pointe-Claire et l'assouplissement de ses propres balises, on se demande bien ce qui se trame dans les coulisses du ministère de l'Environnement.

  • Yves Côté - Abonné 3 septembre 2013 04 h 38

    Acte 2...

    Madame Marois croit-elle qu'en se mettant à dos les gens d'abord soucieux d'écologie elle les raliera à sa cause ?
    A mon sens, aux défenseurs historiques les plus acharnés des spécificités véritables du Québec, elle en est à son acte 2 d'un simple Canada en version française... Comme dans le premier acte, le coup de l'amphithéatre de Québec, elle s'empressera maintenant d'accuser gravement de sédition les indépendantistes qui, comme moi, veulent un pays qui ressemble à autre chose.
    Quelle déception constante que cette personne ne sache faire que dans l'affrontement conte ses alliés naturels, plutôt que d'oeuvrer à rasssembler les courants d'idées autour d'un projet de pays englobant et novateur.
    Qu'elle préfère encore une fois ici user d'un autoritarisme qu'elle détermine comme obligé pour faire plier, la Dame de Béton, par sa méthode, me fait de plus en plus penser à celui qui fut naguère l'homme clé de notre Grande Noirceur...
    Quel est donc ce Québec-là, peureux et se méfiant lui-même des Québécois, qu'elle compte nous proposer demain ?
    Et surtout, ce qui m'inquiète au plus haut point, qui restera-t-il encore de nous, humbles et sans-grades mais toujours aussi déterminés à ne pas disparaître, pour suivre le projet national si étroit qu'elle dessine ?
    A force de souffler le chaud et le froid, hier une Charte qui reste toute théorique et aujourd'hui un projet à passer sous pression, Madame Marois risque fort de se retrouver défiinitivement responsable, demain, d'un calamiteux retour à l'Etat de Libéraux affairistes et sans vergogne.
    L'obsession qui l'habite d'éliminer toute forme de contestation de ses idées chez les indépendantistes risque fort, je le craint définitivement de plus en plus, de lui coûter un décevant passage à vide du PQ au pouvoir...
    A vide et surtout, tristement auto-destructeur.

    Ce qui n'empêchera certainement pas le pays de naître, puisque la liberté est si fortement inscrite en nous.

    Vive le Québec libre !

  • Pierre Couture - Inscrit 3 septembre 2013 05 h 15

    De mieux en mieux, Madame Pauline...

    Non contente d'investir à perte des milliards de dollars de NOS dollars dans l'invraisemblable arnaque éolienne, voilà que Pauline Charest (elle mérite bien qu'on l'appelle ainsi) viole les lois environnementales à la poursuite d'un nouveau mirage.
    Dire que nous comptions tant sur elle pour ramener honnêteté et efficacité dans la gestion de notre pays. Quelle déception!

    • Nestor Turcotte - Inscrit 3 septembre 2013 12 h 44

      Monsieur Couture,

      Je vous donne absolument raison. Nous produisons de l'électricité alors que nous en avons trop. Nous voulons construire de nouvelles usines qui polluent davantage. Le PQ ne tenait pas ce discours dans l'opposition.

      Nestor Turcotte

    • J-Paul Thivierge - Abonné 5 septembre 2013 13 h 38

      Il a déjà été démontré qu'il n'y a pas assez de débouchés pour une bonne rentabilité de ce projet ; c'est un autre moulin Chandler inutile

      C'est pour créer artificiellement des emplois sur aide corporative en Gaspésie !
      totalement inutile il y a quelques années ... même si on fait des tours d'éoliennes en béton même si on bétonne la côte Gaspésienne
      contre les grandes marées et les grands vents .

      Cette usine comme la centrale de Val Jalbert sera rapidement un fardeau financier sans profit !