La Terre entre déjà dans la période annuelle du «déficit écologique»

Un corbeau perché sur une balle de foin en Allemagne, mardi, «jour du dépassement» de la capacité de renouvellement des ressources de la Terre.
Photo: Patrick Pleul Agence France-Presse/DPA Un corbeau perché sur une balle de foin en Allemagne, mardi, «jour du dépassement» de la capacité de renouvellement des ressources de la Terre.

L’humanité vient d’épuiser les ressources que la Terre était en mesure de produire en 2013 pour soutenir notre consommation de plus en plus effrénée. C’est ce qu’on constate à la lecture des données compilées par le Global Footprint Network. La tendance des dernières années indique d’ailleurs clairement que la planète peine de plus en plus à répondre à notre « surconsommation écologique globale ».

 

Les sept milliards d’êtres humains ont donc commencé, mardi, « jour du dépassement », à creuser le déficit écologique pour l’année en cours. D’ici le 31 décembre, l’exploitation des ressources naturelles de la planète aura donc pour effet de compromettre leur renouvellement. « Le fait que l’on consomme les ressources naturelles plus rapidement que la Terre est capable de les renouveler équivaut à avoir des dépenses qui sont en permanence plus élevées que le revenu », a illustré le Global Footprint Network, qui regroupe des scientifiques, des universitaires, des municipalités et des entreprises de partout dans le monde.

 

Au rythme actuel, le regroupement évalue que « la demande de l’humanité en ressources et services écologiques exigerait une fois et demie la capacité de la Terre pour être satisfaite ». Selon ces mêmes calculs, « nous aurons besoin de deux planètes d’ici 2050 si les tendances actuelles persistent ».

 

Si tous les Terriens consommaient comme les Canadiens, il nous faudrait l’équivalent de trois planètes et demie pour assurer notre subsistance. Si chacun adoptait le mode de vie tant vanté des Américains, ce sont même quatre Terres qui seraient aujourd’hui nécessaires. Globalement, « nous sommes sur une trajectoire où nous allons avoir besoin des ressources de deux planètes bien avant le milieu du XXIe siècle », a réagi le Fonds mondial pour la nature (WWF), après la publication des données.

 

« Aujourd’hui, plus de 80 % de la population mondiale vivent dans des pays qui utilisent plus que ce que leurs propres écosystèmes peuvent renouveler », a aussi précisé le WWF. S’ils ne dépendaient que de leurs propres frontières, les Japonais auraient ainsi besoin de sept Japons pour une consommation « durable ». Les Américains auraient besoin de doubler leur territoire et les Chinois, de le multiplier par 2,5.

 

Tendance lourde

 

La tendance à la « surconsommation écologique » s’accentue. En fait, le jour du dépassement arrive chaque année un peu plus tôt. En 1993, il est survenu le 21 octobre. En 2003, il est arrivé le 22 septembre.

 

Globalement, l’humanité empiète donc de plus en plus sur les capacités biologiques du seul endroit de l’univers où le maintien de la vie est possible. En 1961, la population mondiale utilisait 74 % des ressources disponibles annuellement. Au tournant des années 70, elle a franchi le « seuil critique » des 100 %. En 2000, le taux a dépassé les 130 %. Il atteint maintenant 156 %.

 

Et le Global Footprint Network est formel : « Les conséquences de cet endettement écologique sont de plus en plus évidentes. » On peut notamment penser à la raréfaction de ressources alimentaires essentielles, comme les poissons des océans du globe. Ces ressources s’épuisent de plus en plus rapidement. Les captures ont quadruplé depuis 1950. Plus de 60 % des espèces marines sont exploitées au seuil de rupture et souvent au-delà. Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, les stocks mondiaux sont carrément inexploitables d’ici 2050.

 

Pénuries alimentaires

 

Au rythme où l’activité humaine - basée essentiellement sur l’énergie fossile - bouleverse le climat de la planète, la hausse des températures risque en outre de provoquer de graves pénuries alimentaires qui frapperont de plein fouet les plus démunis d’ici à peine deux à trois décennies, a prédit en juin la Banque mondiale. Or, il faudrait au contraire être en mesure de doubler la production agricole d’ici 2050 pour parvenir à nourrir neuf milliards de citoyens.

 

Le Global Footprint Network rappelle justement le fait que la planète n’est absolument pas en mesure d’absorber les quantités de déchets produits par l’activité humaine, mais aussi les émissions de CO2. En 2012, le monde a d’ailleurs connu un nouveau « record » d’émissions, à 31,6 gigatonnes, en hausse de 1,4 % par rapport à 2011, selon les calculs de l’Agence internationale de l’énergie.

 

Et rien n’indique pour le moment que les États de la planète parviendront à s’entendre d’ici 2015 sur un accord qui permettrait de freiner les bouleversements climatiques que ces émissions provoquent. De plus en plus d’organisations prédisent que l’inaction internationale nous conduit vers une hausse qui pourrait atteindre 4 °C dès 2060. Une telle situation « déclencherait une cascade de changements cataclysmiques, dont des vagues de chaleur extrême, une chute des stocks alimentaires et une montée du niveau de la mer frappant des centaines de millions de personnes », selon la Banque mondiale.

43 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 21 août 2013 06 h 03

    Banque mondiale

    Et Gaïa ne fait pas de crédit !

    Je cherche quelque chose à rajouter... Je ne trouve pas. Tout à déjà été dit.

    Merci.

    • Pierre Vaillancourt - Abonné 21 août 2013 12 h 36

      Tout a été dit, en effet.

      Ce qu'il me reste à faire, maintenant, c'est de me demander ce que JE peux faire pour diminuer ma consommation de manière significative et durable.

    • Mario Paquette - Inscrit 22 août 2013 10 h 38

      l’inaction internationale nous conduit vers une hausse qui pourrait atteindre 4 °C dès 2060.

      Beaucoup de suivis scientifique est mis pour comprendre l ampleur de la situation et très peu d effort est mis par le gouvernement conservateur afin de diminuer notre dépendance aux hydrocarbures. Quelle amère constatation pour nos enfants, la génération qui va subir les conséquences du changement climatique.

      Oui!!!!! il est important de diminuer sa consommation mais aussi de dire au gouvernement notre désaccord dans certaines politiques. Nous pouvons dire non aux subventions a l industrie pétrolière:

      Pétition en ligne actuellement

      http://petition.npd.ca/petrolieres
      http://climateactionnetwork.ca/issues/getting-off-

      .

  • Éric Thiffault - Abonné 21 août 2013 07 h 29

    Dan Brown

    Avez vous lu Inferno le dernier de Dan Brown ?.!!

  • Julie Carrier - Inscrite 21 août 2013 08 h 02

    Incroyable..

    Ce reportage est effrayant. Où allons-nous..?..Que ferons-nous..?..Serons-nous assez intelligent pour nous raisonner et de vivre plus en harmonie avec notre planète..?..Allons-nous être capable d'éviter cet inévitable cul-de-sac..?

    • Daniel Bérubé - Abonné 22 août 2013 14 h 46

      Vous savez, madame Carrier, pour plusieurs, ce que nous possédons (c.à.d. ce que la nature nous donne) est considéré par plusieurs comme de l'acquis, donc à l'abris de tout danger. Un certain nombre voient aussi la chose d'un autre angle, celui qu'ils n'auront pas à vivre la chose... quand ces catastrophe arriveront, ils seront dans leurs tombes, alors, pas problème...

      De plus, ceux possédant le pouvoir de corriger la situation, préfèrent l'ignorer (comme notre gouv.) , ayant l'unique vision du court terme, de l'économie et des marchés, et aussi, d'autres voient la chose comme étant déjà trop tard.

      Je n'ai pas d'enfants, et j'en suis très heureux, car j'aurais honte aujourd'hui d'avoir participé à leur existence et à vivre dans... cette invention de l'homme nommé "société", et travaillant depuis un certains nombre de décennies à son auto- destruction...

      Serons-nous capable de l'éviter ? J'en doute, car les scientifiques reconnaissent que la période de non retour est très proche, sinon dépassée... et nos gouvernements REFUSENT de voir et continuent d'investir corps et âme dans ce qui cause ces problèmes.

      Tant que l'AVOIR sera considéré comme plus important ou ayant plus de valeur que l'ÊTRE, l'humanité continuera de chercher son chemin...

    • Gérin Catherine - Inscrit 23 août 2013 01 h 19

      Monsieur Bérubé,
      En ce qui concerne votre point de vue concernant la correction de la situation, je dois dire que le problème vient d'un peu plus bas dans l'échelle de décision; nous ne devrions pas avoir besoin que le gouvernement mette en place des lois et des restrictions pour obliger les citoyens à faire attention. Avant d'être Québécois ou Canadiens, on est citoyens du monde, de la Terre et en tant que tel chacun est responsable de ses propres actes! C'est facile de blâmer les générations d'avant parce qu'elles ont trop abusé: cependant elles n'avaient pas le savoir et les technologies d'aujourd'hui. C'est facile de blâmer nos gouvernements aussi, sauf que l'environnement en même temps ça ne paie pas l'assurance-chômage, le bs, l'éducation, la santé... on dit qu'on paie trop d'impôts et de taxes, mais on veut que tout soit gratuit: l'environnement, malheureusement, ça ne fait pas virer l'économie et s'il y a crise économique on va encore chialer contre le gouvernement, on va regretter notre petit confort de bourgeois! Le "pas dans ma cours", je m'occupe de mon nombril, vient pas déranger mes tites habitudes et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes (vous en avez parlé d'ailleurs...). Pour qu'un réel changement se fasse, je crois que chaque citoyen du monde doit faire sa part de lui-même pour notre planète, arrêter de parler et agir à la place!

      J'ai complété, il y a un an, un Bacc en Biologie, j'ai activement cherché un emploi et aujourd'hui, je ne travaille même pas dans ce domaine-là, car même en postulant sur des postes en-dessous de mes études, je n'arrivais pas à trouver d'emploi... Et moi qui étais passionnée par ce domaine et croyais fermement que ce serait une "job d'avenir", je me suis trouvée trompée...

      P.S. Ce n'est pas mal en soi de mettre des enfants au monde, dans notre "société" d'aujourd'hui...C'est la responsabilité des parents d'en faire des citoyens responsables du monde!

  • Francois Parent - Inscrit 21 août 2013 08 h 04

    De quoi retrouver l'équilibre

    Si ces prédictions se réalise cela aura pour effet de rééquilibrer le monde qui est à la dérive et que rien ne peut arrêter ou presque.

    • Daniel Bérubé - Abonné 22 août 2013 14 h 51

      Reste à savoir quel en sera le coût... (non pas au niveau de dollars, mais au niveau vie humaine...)

  • Stéphane Gingras - Abonné 21 août 2013 08 h 33

    Ce qu'on lègue à nos enfants

    Je suis devenu incapable de lire les nouvelles à tous les jours tant je me rend compte qu'on se dirige tête baissée vers un beau grand mur en béton armé. C'est une belle planète que l'on s'apprête à léguer à nos enfants...

    Stéphane Gingras
    Saint-Thomas