Affrontement autour de l’exploitation pétrolière en Équateur

En plus de contenir la plus grande réserve de pétrole de l’Équateur, le parc Yasuni abrite plus de 200 espèces de mammifères, 250 espèces de poissons et au moins 4000 espèces de plantes à fleurs et d’arbres.
Photo: Agence France-Presse (photo) Pablo Cozzaglio En plus de contenir la plus grande réserve de pétrole de l’Équateur, le parc Yasuni abrite plus de 200 espèces de mammifères, 250 espèces de poissons et au moins 4000 espèces de plantes à fleurs et d’arbres.

Un véritable bras de fer est engagé entre le gouvernement équatorien et les peuples indigènes du pays, après que le président Rafael Correa eut annoncé son intention d’autoriser l’exploitation pétrolière en plein coeur d’une réserve de biodiversité exceptionnelle de l’Amazonie. Le chef d’État avait pourtant promis de protéger cette région située dans le parc Yasuni, mais à condition que la communauté compense les pertes de revenus pour Quito.

 

La zone visée par les pétrolières couvre une superficie de 10 000 km2. Elle est située dans le nord-est du pays. Cette région a été désignée réserve de la biosphère par l’UNESCO en 1989. Elle fait aussi partie des 19 zones mondiales de « mégadiversité » biologique.

 

Les inventaires d’espèces animales et végétales parlent d’ailleurs d’eux-mêmes. Selon des données scientifiques que les spécialistes qualifient eux-mêmes d’incomplètes, le parc abrite plus de 150 espèces d’amphibiens, 200 espèces de mammifères, 250 espèces de poissons et au moins 4000 espèces de plantes à fleurs et d’arbres. Plusieurs de ces représentants de la faune et de la flore ne se retrouvent nulle part ailleurs dans le monde.

 

Mais le sous-sol de la région, comme c’est le cas à plusieurs autres endroits du pays, recèle d’importantes réserves d’hydrocarbures. En fait, selon l’évaluation la plus précise, le secteur convoité par les pétrolières contiendrait plus de 850 millions de barils d’or noir. Le gisement rapporterait des milliards de dollars, mais enverrait plus de 400 millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère - l’équivalent de la production annuelle de la France - et menacerait encore davantage les populations autochtones de la région.

 

Une forêt à 3,6 milliards

 

Le président Correa avait accepté, en 2007, de protéger ce morceau important du patrimoine biologique mondial. Cette décision de Quito avait toutefois un prix pour la communauté

 

D’où une invitation faite aux États à mettre la main à la poche. Le hic, c’est que l’initiative, baptisée Yasuni-ITT et lancée en 2009, n’a jamais permis d’amasser les fonds nécessaires. L’Équateur aurait obtenu à peine 13,3 millions de dollars, soit 0,37 % des fonds attendus, selon M. Correa.

 

Le président, économiste de formation, a donc finalement demandé jeudi dernier au Congrès l’autorisation d’exploiter le pétrole de la région. « Avec une profonde tristesse, mais aussi avec une absolue responsabilité envers notre peuple et envers l’histoire, j’ai été obligé de prendre une des décisions les plus difficiles de tout mon gouvernement » et « de mettre fin » à l’initiative qui tentait d’éviter l’extraction de pétrole dans une zone du parc Yasuni, a-t-il déclaré dans un message adressé à la nation.

 

« Le monde nous a lâchés », et c’est pourquoi j’ai décidé de « solliciter auprès de l’Assemblée nationale la déclaration d’intérêt national approuvant l’exploitation du pétrole » de Yasuni, a-t-il ajouté. Dans le cas où le Congrès autoriserait l’extraction du pétrole, « elle ne pourrait pas se faire sur une zone supérieure à 1 % du parc national Yasuni », qui s’étend sur près d’un million d’hectares, a toutefois promis le président Correa.

 

Menace pour les indigènes

 

Outrée par la décision de M. Correa, la principale organisation représentant les peuples indigènes d’Équateur a demandé que soit organisée une consultation populaire sur la question. « Pourquoi ne pas consulter sur ce sujet qui est d’une importance énorme et qui mettra en danger la vie [des indigènes] isolés et de la considérable biodiversité de la réserve ? », a demandé à l’Agence France-Presse Humberto Cholango, président de la Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur. Environ 11 000 indigènes quichuas et huaorani vivent dans ce parc.

 

« Si le gouvernement veut lancer l’exploitation, qu’il ouvre une consultation populaire et que le peuple soit celui qui décide, au lieu de la seule Assemblée nationale », a ajouté M. Cholango.

 

Projet critiqué

 

Le projet Yasuni-ITT a essuyé de nombreuses critiques depuis son lancement. « Payez-moi ou je détruis tout », ont résumé des représentants des Amis de la Terre. L’Institut du développement durable et des relations internationales, un think tank basé à Paris, a fait valoir qu’il s’agit d’une « fausse bonne idée ». Il estime que l’impact sur les changements climatiques « relève de l’illusion » et que cette initiative est assimilable à une forme de « chantage écologique ».

 

Surtout qu’au-delà de cette initiative en apparence vertueuse, le président Correa poursuit la politique d’exploitation intensive des ressources minières et pétrolières du pays. Fortement dépendant des pétrodollars, Quito a lancé l’an dernier un nouvel appel d’offres pour l’exploration pétrolière dans diverses zones de la région amazonienne. Et plusieurs entreprises étrangères, notamment chinoises, sont en lice pour l’exploitation du cuivre.

 

« Pourquoi un pays riche se priverait-il des ressources qui vont lui permettre de rapidement sortir de la pauvreté ? », a d’ailleurs dit M. Correa immédiatement après avoir été réélu, qualifiant les opposants à l’industrie pétrolière « d’écologistes infantiles ».

 

 

Avec l’Agence France-Presse