Ligne 9B d’Enbridge - Un «risque élevé de rupture» en cas d’inversion, selon un expert

Le nettoyage de la fuite de pétrole occasionnée par la rupture d’un pipeline d’Enbridge près de la rivière Kalamazoo au Michigan en 2010 se poursuit encore aujourd’hui.
Photo: Paul Sancya Associated Press Le nettoyage de la fuite de pétrole occasionnée par la rupture d’un pipeline d’Enbridge près de la rivière Kalamazoo au Michigan en 2010 se poursuit encore aujourd’hui.

L’inversion du flux de la ligne 9B d’Enbridge pourrait se faire à un fort coût environnemental, estime l’expert en sécurité d’oléoducs Richard Kuprewicz. Dans un rapport déposé cette semaine devant l’Office national de l’énergie (ONE), il affirme qu’il y aurait un « risque élevé de rupture de l’oléoduc 9 » et que le plan d’urgence d’Enbridge n’est pas adéquat pour répondre à un tel problème.

 

M. Kuprewicz a été reconnu comme expert par l’ONE. Il a produit le rapport pour une coalition d’organismes opposés au projet, notamment Équiterre, Environmental Defence, Environnement Jeunesse, l’Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique et le Sierra Club Canada (section Québec). Dans le passé, M. Kuprewicz a été consultant pour une série d’organismes, d’agences gouvernementales et de membres de l’industrie des pipelines.

 

Dans son rapport technique d’une trentaine de pages, l’ingénieur pointe trois problèmes avec le projet d’Enbridge. D’abord, des fissures et de la corrosion dans l’oléoduc pourraient provoquer une rupture dans les premières années suivant la mise en oeuvre du projet, évalue-t-il. L’ingénieur estime aussi que l’approche d’Enbridge en matière de sécurité ne permettrait pas à l’heure actuelle d’éviter cette rupture.

 

Quatre heures avant une intervention

 

Finalement, M. Kuprewicz juge que les plans d’intervention d’urgence d’Enbridge seraient inadéquats si un accident survenait dans les régions métropolitaines de Toronto et de Montréal. Il faudrait jusqu’à quatre heures pour amorcer l’intervention dans ces deux villes.

 

Pour Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre, l’analyse de Richard Kuprewicz « appuie clairement [le fait] que ce projet mettra à risque la santé et la qualité de l’environnement de nos communautés », a-t-il commenté. Gillian McEachern (Environmental Defence) estime pour sa part qu’il s’agit de la « plus sévère mise en cause à l’égard du plan d’Enbridge ».

 

Dans la foulée du rapport de M. Kuprewicz, deux experts en économie de l’énergie (aussi mandatés par le collectif d’organismes), Ian Goodman et Brigid Rowan, ont conclu que la « mise en oeuvre du projet constituerait un risque important de dommages et de perturbations économiques majeures » et que les coûts d’une rupture seraient « de graves à catastrophiques ».

 

Inversion

 

La compagnie Enbridge souhaite obtenir l’autorisation d’inverser le sens d’écoulement d’un tronçon de la canalisation 9B, entre North Westover, en Ontario, et Montréal (639 kilomètres). Le pipeline existant a un diamètre de quelque 760 mm et possède une capacité de 240 000 barils par jour. Il transporte actuellement vers l’ouest du pétrole provenant de la mer du Nord, de l’Afrique occidentale et du Moyen-Orient.

 

Les intervenants aux audiences de l’ONE ont jusqu’au 13 août pour déposer leur preuve.

5 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 10 août 2013 13 h 31

    Désastre annoncé

    Le Québec n'a rien à gagner dans ce projet. Il est conçu pour l'Alberta et Irving au Nouveau-Brunswick. Pourquoi devrions-nous accepter ces risques inquantifiables ? Lorsqu'on voit l'attitude de ces industries envers l'environnement et les citoyens, il n'y a plus de doute. Qui paiera pour la catastrophe de Mégantic ? Les Québécois. Et on voudrait aller encore plus loin en mettant en circulation des quantités de pétrole sale mille fois plus élevées qu'à Mégantic. Et cela sans aucune assurance. On ne doit pas avaler cette autre couleuvre.

  • Djosef Bouteu - Inscrit 10 août 2013 14 h 16

    Plus d'un milliards pour nettoyer le déversement au Michigan, et ce n'est pas encore fini.

    Il s'est déversé davantage de pétrole à Lac-Mégantic. Les pétrolières tentent déjà de se décharger de leur responsabilité sur la filiale MMA canada, qui a le doigt sur le piton faillite et a récemment appuyé dessus.

    C'est tellement transparent que ça en est insultant : l'opération à risque est déléguée à une compagnie insolvable en cas de désastre pour que les moyens des pétrolières soient dissociés du désastre en cas de déversement.

    Aux États-Unis, le gouvernement et les tribunaux ne furent pas dupes et la British Petroleum a dû payer malgré le fait que la plateforme appartenait à Transocean.

    Reste à voir si le Québec sera le dindon de cette farce meurtrière jusqu'au bout de la ligne.

    • France Marcotte - Inscrite 11 août 2013 07 h 30

      Au cinéma, on n'avale ce genre de couleuvre qu'avec un couteau sur la gorge.

      C'est tellement gros tout ça qu'il faudrait bien au moins qu'on nous explique, si jamais c'est le cas, pourquoi le Québec serait-il donc forcé d'accepter ce marché de dupes.

  • Louise Lefebvre - Inscrite 11 août 2013 14 h 22

    Non à Enbridge!

    Les sables bithumineux doivent restés en Alberta, on ne doit pas encourager cette industrie sale...il n'y a pas une semaine qui passe sans qu'il n'y ait un déversement de pétrole ou une explosion de gaz...l'Homme s'enlise dans sa stupidité et cupidité!

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 13 août 2013 07 h 48

    Question

    Y t'il quelqu'un qui va poser la question : Par où on fait passer le gaz qui coule actuellement dans les oléoducs une fois qu'on va y faire rentrer du pétrole par l'autre bout ? La réponse m'intéresserait. Ou peut-être que c'est un manque d'attention de ma part. Ce qui est toujours possible, je dois l'admettre.