Énergie Est - TransCanada va de l’avant

Appuyée par le gouvernement Harper, l’entreprise TransCanada a l’intention de faire couler chaque jour plus d’un million de barils de pétrole brut de l’Ouest canadien à travers le Québec grâce à la construction d’un nouveau pipeline. Si tout se déroule selon la volonté du lobby pétrolier, 1,4 million de barils de brut pourraient voyager chaque jour dans des oléoducs situés en sol québécois d’ici quatre ans.

 

L’entreprise de Calgary a donc confirmé jeudi qu’elle ira de l’avant avec son « Oléoduc Énergie Est », un projet qui permettra de transporter davantage de pétrole que le controversé pipeline Keystone XL, lui aussi développé par TransCanada. Dans le cas du pipeline qui passera en sol québécois, la multinationale souhaite lui donner une capacité quotidienne de 1,1 million de barils, soit près de 300 000 barils de plus que le projet qui n’a toujours pas été approuvé par le président américain Barack Obama.

 

Si on ajoute à cela le pétrole que souhaite acheminer à Montréal la pétrolière Enbridge grâce à son projet d’inversion de la ligne 9B, ce sont pas moins de 1,4 million de barils de pétrole de l’Ouest qui couleront vers le Québec d’ici quatre ans.

 

Pour réaliser son projet de 12 milliards de dollars, TransCanada convertira en oléoduc un gazoduc de 3000 kilomètres qui va de l’Alberta à l’Ontario. Un nouveau pipeline de plus de 1400 kilomètres sera construit pour relier le Sud ontarien à la raffinerie de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. La vaste majorité de l’infrastructure à construire se trouve en sol québécois. Au total, l’oléoduc implanté au Québec parcourrait environ 1000 kilomètres et devrait entrer en service dès la fin de 2017.

 

Selon le tracé préliminaire, le pipeline longera la rive nord du Saint-Laurent, en passant par Trois-Rivières et Donnacona. Il doit par la suite passer sous le lit du fleuve avant de poursuivre sa route jusqu’à Lévis. Là, un terminal permettrait de charger des pétroliers qui permettraient l’exportation du brut albertain. L’oléoduc se prolongera sur la rive sud jusque dans le Bas-Saint-Laurent, avant de bifurquer pour suivre grosso modo la route 185 et se rendre à Saint-Jean au Nouveau-Brunswick. La raffinerie d’Irving a d’ailleurs annoncé jeudi la construction d’un terminal pour pétroliers qui permettra d’exporter du brut par navires.

 

Vantant son projet de transport d’énergie fossile, Russ Girling, président et chef de la direction de TransCanada, a parlé d’« une occasion historique d’acheminer les ressources pétrolières de l’Ouest canadien aux consommateurs de l’est du Canada ». Mais il a du même souffle ajouté que ce projet ne doit pas être le seul, puisque l’industrie pétrolière a de plus en plus besoin de débouchés pour sa production croissante. C’est d’ailleurs le manque de pipelines qui a fait bondir le transport par train au cours des cinq dernières années. Et selon les données de l’Office national de l’énergie, la production totale canadienne doit atteindre six millions de barils par jour d’ici 20 ans. Pas moins de 85 % de ce pétrole sera tiré des sables bitumineux, réputés très polluants.

 

TransCanada entend bien plaider sa cause auprès du gouvernement du Québec. Elle a inscrit neuf lobbyistes et deux lobbyistes-conseils au registre du Québec. La multinationale dit aussi vouloir mener des études environnementales « poussées » avant d’aller de l’avant. Sur son site Web, elle explique toutefois que les pipelines sont sécuritaires, mais aussi pourquoi le pétrole est « si important » dans nos vies.

 

Ottawa applaudit

 

Sans surprise, le gouvernement Harper s’est réjoui de l’annonce de TransCanada. « Des initiatives comme celle-ci permettraient aux raffineries canadiennes de traiter beaucoup plus de pétrole canadien à des prix qui pourraient être plus bas, d’améliorer la sécurité énergétique du Canada et de rendre notre pays moins dépendant du pétrole étranger », a affirmé le ministre des Ressources naturelles Joe Oliver, par voie de communiqué. M. Oliver, qui a déjà qualifié les opposants aux projets de pipelines de « radicaux » qui veulent ramener le Canada au « Moyen Âge », a vanté les démarches du gouvernement visant à raccourcir l’évaluation environnementale de tels projets.

 

C’est l’Office national de l’énergie qui devra donner son aval à TransCanada. Dans le cadre de l’évaluation du projet d’inversion du pipeline 9B d’Enbridge, l’organisme a formulé des exigences strictes à ceux qui voulaient participer aux audiences publiques. Ils ont ainsi dû démontrer la « pertinence » de leur éventuelle intervention et éviter d’aborder la question des impacts environnementaux des sables bitumineux. Par ailleurs, un représentant de l’Office a affirmé qu’une fuite dans un pipeline ne constitue pas en soit une « catastrophe » environnementale.

 

Québec consultera

 

Le gouvernement Marois a été avare de commentaires jeudi. Le ministre Yves-François Blanchet n’était pas disponible pour discuter de l’annonce. À son cabinet, on a toutefois indiqué qu’une « consultation » sera menée concernant la construction de l’oléoduc en sol québécois, un projet de compétence fédérale. On n’a toutefois pas précisé quelle forme pourrait prendre la démarche ni quand celle-ci sera annoncée.

 

Pauline Marois a déjà manifesté son ouverture au projet de TransCanada. En février dernier, elle a même annoncé la formation d’un comité de travail avec le Nouveau-Brunswick pour étudier cet important pipeline pétrolier. Selon le discours du Parti québécois, l’arrivée de pétrole de l’Ouest canadien n’est pas incompatible avec la volonté de réduire les émissions de gaz à effet de serre du Québec ainsi que notre dépendance aux hydrocarbures.

 

Le coordonnateur d’Équiterre, Steven Guilbeault, n’en est pas convaincu. « Si on investit dans les infrastructures et que Québec se fait complice de cela, ce n’est pas vrai que dans quelques années, on va dire qu’on va réduire notre dépendance au pétrole. Les acteurs économiques vont vouloir rentabiliser leurs investissements, a-t-il fait valoir au Devoir. On ne croit pas que ce projet soit dans l’intérêt des Québécois, a-t-il ajouté. Ce projet n’est pas conçu pour assurer la sécurité énergétique de l’est du Canada, mais vise plutôt l’exportation de pétrole. Ce n’est pas un hasard si Irving a annoncé jeudi la construction d’un terminal pour pétroliers à Saint-Jean. Avec ce projet, le Québec deviendra une voie de passage pour le pétrole de l’Ouest. Il assumera tous les risques avec des bénéfices économiques très faibles. »

47 commentaires
  • Benoît Gagnon - Inscrit 1 août 2013 12 h 07

    Le fleuve

    "longerait la rive nord du fleuve Saint-Laurent"

    "On pourrait donc assister à moyen terme à une augmentation du trafic de pétroliers sur les eaux du Saint-Laurent."

    ...Question que dans le cas d'un déversement (ce qui est fort probable, si on se fit à la fiabilité de ce type d'infrastructures), on s'assure que le tout retombe dans un écosystème particulièrement fragile.

    Je reste sans voix devant autant de stupidité humaine.

    • Michel Richard - Inscrit 1 août 2013 13 h 32

      Y'aurait tout de même plusieurs kilomètres entre le pipeline et le fleuve. On parle certainement d'une traversée, et faut croire que des précautions plus qu'adéquates seront prises.

    • Julie Carrier - Inscrite 1 août 2013 17 h 20

      M.Richard, vous pensez vraiment que ces gens " pensent " à prendre des précautions..?..Les seules précautions qu'ils prennent c'est d'être bien certain de faire le plus de cash possible et surtout de se foutre de tout le monde.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 1 août 2013 20 h 15

      Je ne sais si vous avez vu les simulations d'un problème de rupture au puit Old Harry dans le golfe entre les îles de la Madeleine et Terre Neuve.

      Ce réservoir de pétrole sous marin en grande profondeur qui est moitié moitié au Québec et à Terre Neuve si y a un déversement selon la saison polluera tous les rivages de l'estuaire du fleuve St Laurent et même plus qu'un accident de pétrolier ou une rupture d'oléoduc.

      Cependant, il semble que tous veulent les redevances de ces ressources pétrolières quelques soient les risques !

    • Mario Paquette - Inscrit 2 août 2013 10 h 45

      Le pipeline (oléoduc) va transporter du pétrole des sables bitimineux a 70 % acquis a des intérets étrangers. Ce pétrole nous appartient plus. Écouter: Classe économique 1 aout

      http://www.radio-canada.ca/emissions/classe_econom

      Le Québec doit refuser le passage de l oléoduc sur son territoire!!!!!!!!! Pourquoi: Ne pas etre complice avec l une des pire sources d émissions de GES au Canada. Le tout en continuité avec sa politique de mise en place d une bourse du Carbone au Québec d ici peu, son effort pour dévellopper des énergies propres comme hydro-électricité et la formation d une commission afin de réduire notre dépendance au pétrole.

      http://www.quebecsanspetrole.com/rdv-energie.php

      SOYONS LOGIQUE DANS NOTRE DÉMARCHE !!!!!!!!!!!!

  • Julie Carrier - Inscrite 1 août 2013 12 h 09

    TransCanada..

    TransCanada n'a pas à recevoir l'aval de Stephen Harper, TransCanada EST Stephen Harper..

    • Yves Perron - Inscrit 2 août 2013 08 h 43

      Quand on sait qu'Irving Oil est dans le portrait et qu'on connait bien les méthodes quelle prends lorsqu'elle fait une bavure...
      souvenez vous de la barge Irving coulée dans le fleuve St-Laurent , qui y est resté près de 20 ans car Irving refusait de la renflouer à son compte. Les gouvernements (nos gouvernements) ont du la remonter à nos frais avec le pétrole dedans ...La meilleure c'est qu'ils l'ont gratieusement remise à Irving avec son précieux chargement sans réclamer un sou...
      Le passé étant garant de l,avenir...Je souhaite qu'un jour nous nous occupions nous même de nos ressources.

    • Daniel Bérubé - Abonné 2 août 2013 13 h 20

      @ Mr. Perron

      Merçi de nous rappeller ce fait !...

  • Marc Collin - Inscrit 1 août 2013 12 h 37

    consommateur

    est-ce qu'il paiera son essence moins cher?

    • Djosef Bouteu - Inscrit 1 août 2013 15 h 16

      Non, ça ne baisserait pas sous prétexte que le pétrole passerait sur notre dos.

      Le prix de l'essence continue de monter (rendu à ~1,35$ malgré que le prix du baril soit à un niveau semblable àce qu'il était quand à la pompe, c'était 1$ le litre.

      Par contre, la facture des travaux de décontamination et les dégâts environnementaux, on va les payer très cher. On voit en ce moment même tout le peu de sens des responsabilités de l'industrie pétrolière suite à la catastrophe à Lac Mégantic.

      Quarante-sept morts, un centre-ville détruit et près de six millions de litres de pétrole dans la nature : Les principaux responsables se cachent de peur de devoir payer pour, dans le cas du transporteur, leur négligeance criminelle, dans le cas des compagnies pétrolières, le ramassage de leur pétrole dans l'environnement.

      Certains prétextent que le déversement meurtrier à Lac Mégantic serait un argument POUR un oléoduc. Permettez-moi d'en douter... parce que ce n'est pas plus sécuritaire.

      Rupture d'un oléoduc d'Enbridge en 2010 :

      «Cette infrastructure - pourtant réputée sécuritaire selon l’industrie - a laissé fuir plus de quatre millions de litres de brut lourd dans la rivière Kalamazoo, au Michigan. Trois ans et un milliard de dollars plus tard, le nettoyage n’est toujours pas terminé.»

      Ce serait donc «beau» un tel désastre dans le fleuve Saint-Laurent.

      Un milliard de dollars, trois ans et le nettoyage n'est pas terminé. Me semble que ça donne pas envie d'encourager cette industrie dangereuse et polluante en lui prêtant notre territoire comme sortie -et éponge quand ça fuit- pour son pétrole.

      L'industrie va toujours nous dire «c'est parfaitement sécuritaire». Ça pète quand même, parce qu'ils mentent pour leurs intérêts financiers.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 1 août 2013 18 h 42

      @D Bouteu Soyons réalistes et plus objectifs, Le prix du pétrole au Québec c'est 48 % de taxe + quelques % de marge de profit et le prix d'achet du brut Albertain sera tôt ou tard au prix mondial et les couts de raffinage varient selon les humeurs des pétrolières, des ouragans ou des incendies qui changent les capacités de raffinage.
      Tous les autres points sont selon l'OPEP et la tendance mondiale.

      Les dégâts environnementaux et humains ou économiques d'un pays ou de l'est du Canada sont l'effet de décisions locales ou ici de la Régie de l'énergie qui font varier les prix à la pompe sans relation avec les prix du brut ou du transport.

      Le désatre du lac Mégantic sont essentiellement la faute de IRVING oil et de transport Canada. Irving a décidé par cupidité d'utiliser MMA une entreprise de bas de gamme pour sauver quelques $ le baril et MMA a obtenu par loobying de pouvoir utiliser un seul conducteur même pour le transport de pétrole. Qui nous dit pas que d'autres produits toxiques aussi dangereux n'ont pas circuler sur le réseau MMA ?
      On n'a pas besoin d'un génie pour comprendre que c'est un geste IRRESPONSABLE du transporteur.

      Dans les paramètres que l'Office National de l'Énergie, que le BAPE, que la Régie de l'énergie , que la commission du territoire agricole devront examiner objectivement et prendre ultérieurement une décision il y a toutes ces considérations de sécurité et d'avenir énergétique.
      Évidemment qu'il peut y avoir des accidents autant par bateau, par oléoduc, par camions et par train. .

      Si la tendance se maintient que le PCC de Harper reste encore au pouvoir après 2015, comme sa politique économique est étroitement liée à la prospérité du bitume Albertain, il y a de forts risques d'un certain biais fédéral favorable à la mise en oeuvre de ce projet annoncé aussi historique que le chemin de fer d'un océan à l'autre au XIX e siècle.

  • Gilbert Talbot - Abonné 1 août 2013 12 h 44

    On peut avoir des doutes pour la protection de notre environnement.

    Comment peut-on transformer un gazoduc en oléoduc ? Le gaz est beaucoup plus léger et volatile, il demande sûrement une tuyauterie différente pour l'enfermer de façon étanche. Le pétrole des sables bitumineux est liquide, ou plutôt visqueux, et demande des parois et des joints beaucoup plus solides pour éviter les déversements. Même si nous ne sommes pas ingénieurs, on peut comprendre que les pompes aussi devront être différentes. Avec la déréglémentation du domaine et suite à la tragédie de Lac-Mégantic, on peut douter de la capacité de l'industrie pétrolière à s'auto réguler et douter aussi de la volonté du gouvernement fédéral, de qui relève ce secteur, de re-réglémenter ce secteur et engager tous les inspecteurs nécessaires pour bien surveiller la construction et l'entretien adéquat, sécuritaire de ce pipeline.

    De plus, avec la tragédie de Lac-Mégantic, on apprend aujourd'hui toute la faiblesse de la loi québécoise en matière d'environnement, pour se faire respecter par la MMA. Qu'en sera-t-il pensez-vous face à un déversement majeure d'une multinationale beaucoup plus imposante comme Trans Canada pipeline ?

    • Yvan Lafontaine - Inscrit 1 août 2013 19 h 22

      Le gaz n'est pas le pétrole on s'entend.
      Pour le gouvernement fédéral actuel sous Harper
      c'est la même chose,
      puisque tous les deux participent à l'essor
      de la sacro-sainte économie.
      L'oléoduc trans-canadien est en train de s'insinuer
      et de tabler sur une tragédie pour s'établir sans débat
      ni référendum énergétique provincial sur la question.
      Raison de plus pour lancer le débat sur cet oléoduc
      traficoté un peu dans notre dos.

    • Jacques Moreau - Inscrit 2 août 2013 14 h 08

      Un gazoduc, doit être plus étanche qu'un oléoduc étant donnée que c'est un gaz plutôt qu'un liquide. La paroie du tuyau doit être assez solide pour resister à la pression qu'on utilise pour dépacer ce gaz. Dans un cas comme dans l'autre la pression peut être égalisé par le vacuum créé par l'aspiration en aval. Reste à s'assurer qu'on surveille bien que la quantité reçu est égale à celle envoyé dans le tuyau. C'est faisable. Maintenant reste le pouvoir d'un surveillant à couper, arrêter, le pompage à la moindre anomalie.

  • Gaston Carmichael - Inscrit 1 août 2013 12 h 52

    Savez-vous quoi? C'est nous qui allons le payer!

    Parce que le gazoduc qui sera converti en oléoduc sera celui-là même qui livre présentement le gaz à Gaz Métro. Gaz Métro devra donc se trouver une nouvelle façon de nous approvisionner en gaz.

    Si vous chauffez au gaz, attendez-vous que cet hiver vous allez payer votre gaz tellement cher, que vous supplierez Mme Marois d'exploter le gaz de schiste.

    • Claude Saint-Jarre - Inscrit 1 août 2013 15 h 02

      Ah AhAh, elle est bonne. Nous aurions besoin d'un débat perpétuel sur l'énergie depuis au moins 25 ans.:)

    • Daniel Bérubé - Abonné 2 août 2013 13 h 30

      Votre témoignage démontre que les peurs qu'ils font courir sur les prix des énergies si nous refusons le projet fonctionnent à merveille !