Environnement - La Chine s’inquiète de sa pollution atmosphérique

Les épisodes de smog sont récurrents en Chine. Et dans tout le pays, la pollution causerait chaque année 750 000 décès prématurés parmi la population.
Photo: Agence France-Presse (photo) Philippe Lopez Les épisodes de smog sont récurrents en Chine. Et dans tout le pays, la pollution causerait chaque année 750 000 décès prématurés parmi la population.

Les problèmes environnementaux en Chine ont pris des proportions telles que les dirigeants politiques ne peuvent plus les ignorer, après des décennies d’un développement économique débridé. Remisant pour une rare fois la langue de bois habituelle des dirigeants de ce régime dictatorial, le ministre chinois de l’Environnement a d’ailleurs admis mercredi que le pays fait face à de graves problèmes en ce domaine.

 

« La Chine souffre d’un grave problème de pollution atmosphérique et ses émissions polluantes dépassent largement les capacités [d’absorption] de la nature. Plus de 70 % des villes ne respectent pas les normes de qualité de l’air et il y a urgence à agir », a expliqué le ministre Zhou Shengxian dans le cadre d’une entrevue publiée dans le Quotidien du peuple.

 

« Il ne faut pas placer sur un piédestal un héros en se référant uniquement à son PIB », a également affirmé le responsable de l’Environnement de l’État le plus peuplé de la planète. Un pays qui a su imposer depuis des années son modèle de production au rabais, basé sur les bas salaires et les normes environnementales déficientes. Un modèle qui a séduit les grandes entreprises occidentales.

 

Mais cette façon de faire montre de plus en plus ses limites, selon le ministre Zhou Shengxian. « Rouler en BMW et boire de l’eau polluée, ce n’est pas la modernisation que nous souhaitons », a-t-il laissé tomber pour illustrer les problèmes liés au développement chinois actuel.

 

Population mécontente

 

Ses propos se veulent surtout une réponse aux inquiétudes croissantes de la population sur le prix à payer pour la croissance économique frénétique du pays. Il est vrai que le débat sur les questions environnementales trouve de plus en plus d’écho en Chine et la pression s’accumule sur les autorités, sommées d’agir. Devenue l’atelier du monde, le premier marché automobile et le premier émetteur de gaz à effet de serre de la planète, la Chine subit les conséquences de sa réussite économique.

 

750 000 décès prématurés

 

Le brouillard de pollution sur les villes du nord de la Chine en janvier dernier a provoqué un fort mécontentement populaire, de même que la découverte en mars de milliers de cadavres de porcs dans un fleuve qui fournit Shanghai en eau. Et dans tout le pays, la pollution causerait chaque année 750 000 décès prématurés parmi la population, selon la Banque mondiale.

 

Difficile, cependant, d’avoir l’heure juste sur la gravité de la situation dans ce pays. La Chine a par exemple mené récemment une étude de cinq ans sur la qualité des sols à travers le pays, pour un coût total de 165 millions de dollars. Les résultats ont été classés « secret d’État ». En revanche, le gouvernement vante régulièrement ses campagnes antipollution, en mettant en avant des objectifs ambitieux de réduction des émissions nocives. Les experts indépendants soulignent cependant que les résultats prendront des décennies à se matérialiser.

 

La semaine dernière, les dirigeants politiques ont affirmé qu’ils souhaitaient investir 285 milliards de dollars au cours des cinq prochaines années pour combattre la pollution de l’air. Le gouvernement veut ainsi réduire la pollution de l’air de 25 % d’ici à 2017 par rapport aux niveaux de 2012. Le gouvernement compte également mettre au point un plan de lutte contre la pollution de l’eau et un autre pour améliorer l’environnement rural.

 

 

Avec l’Agence France-Presse

4 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 1 août 2013 08 h 28

    Réussite?

    «la Chine subit les conséquences de sa réussite économique»

    Cette phrase laisse sous-entendre que la réussite économique est synonyme de croissance du PIB. Or, comme le dit le ministre de l'environnement chinois, «Rouler en BMW et boire de l'eau polluée, ce n'est pas la modernisation que nous souhaitons».

    Si le bien-être d'une population diminue en raison des externalités négatives (comme l'estimation 750 000 décès prématurés n'en est qu'un exemple extrême) liées à l'augmentation du PIB, peut-on parler de «réussite économique»? Répondre oui à cette question est confondre l'indicateur (PIB) avec ce qu'il est censé mesurer. C'est aussi avoir une vision bien incomplète de ce qu'est l'économie...

  • Francois Parent - Inscrit 1 août 2013 08 h 57

    Tiens,tiens, tiens.

    Il commence a être temps, il a fallu se rendre à l'extrême pour que les humains reconnaissent qu'il y a un problème avec la pollution. Il a fallu que chaque individu soit touché et souffre de problème de santé pour que le gouvernement agisse. J'espère que notre gouvernement n'attendrera une situation pareil pour agir en matière de pollution atmosphérique. J'entends déjà des commentaires de gens de bonne conscience que nous sommes pas peuplé comme la Chine et de continue de polluer.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 1 août 2013 11 h 10

      Que d'espoir! La Chine avec une gouvernement responsable peut apporter beaucoup au monde.

    • Julie Carrier - Inscrite 1 août 2013 12 h 20

      Vous avez raison Mme Bertrand..Espoir..!..Malgré tous leurs excès, ce sont peut-être eux qui apporteront des solutions efficaces et prometteuses qui sortiront le monde du plus grand défi que nous ayons à faire face : sauver le climat et éviter que tout s'emballe..!