Keystone XL ne créerait que 50 emplois, dit Obama

Le président américain Barack Obama a exprimé mardi de nouveaux doutes sur la pertinence de donner le feu vert au projet d’oléoduc Keystone, défendu depuis des mois par le gouvernement Harper. Selon le chef de la Maison-Blanche, cette infrastructure pétrolière ne créerait que « 50 emplois permanents » dans son pays, signe du faible impact économique attendu du projet.

Lors d’une intervention mardi à Chattanooga, au Tennessee, consacrée aux moyens de renforcer la classe moyenne, M. Obama a mis au défi ses adversaires républicains, en position de force au Congrès, d’accepter un « grand marchandage » combinant réforme de la fiscalité des entreprises et investissements dans les infrastructures.

Mais il a aussi exhorté les conservateurs à présenter leurs propres propositions pour stimuler l’activité, tout en rejetant leur défense de Keystone XL et leur appel à la dérégulation. « Vider de leur substance les lois de protection de l’environnement, ce n’est pas un plan pour l’emploi, couper dans nos investissements dans l’enseignement, ce n’est pas un plan pour l’emploi. Ils n’arrêtent pas de parler d’un oléoduc venant du Canada qui selon les estimations créerait environ 50 emplois permanents. Ce n’est pas un plan pour l’emploi », a-t-il martelé.

Il a ainsi rejeté les déclarations du président républicain de la Chambre, John Boehner, qui avait affirmé en mai que « l’oléoduc Keystone créera des dizaines de milliers d’emplois américains ».

Ni oui ni non

Le président Obama n’a pas donné de signal qui permettrait de déterminer s’il acceptera ou non le projet Keystone XL. Aucune date n’a été annoncée pour la décision finale de l’administration de Barack Obama, nécessaire car l’oléoduc traverse une frontière. Le président avait en janvier 2012 remis toute décision à cette année afin de permettre la réalisation d’une étude sur l’impact écologique.

Lors d’un discours sur la lutte contre le réchauffement climatique le 25 juin, le président américain avait déjà prévenu que le projet ne serait approuvé que s’il ne générait pas un accroissement des émissions de gaz à effet de serre, nourrissant l’espoir des associations écologistes. Celles-ci s’inquiètent des risques de pollution des nappes phréatiques en cas de fuite et soulignent que l’exploitation des sables bitumineux est extrêmement polluante.

Soulignant que le Département d’État en est aux dernières étapes de l’« évaluation » du projet, il avait insisté pour dire que Keystone XL doit être approuvé seulement si cela répond aux intérêts des États-Unis. « Et l’intérêt de notre nation ne sera servi que si ce projet n’exacerbe pas de façon significative le problème de la pollution due au carbone », avait-il fait valoir dans le cadre d’un discours prononcé à l’Université de Georgetown, à Washington.

Le président Obama s’était dit conscient de la « controverse » entourant le projet de transport par pipeline de 830 000 barils de pétrole tiré des sables bitumineux albertains jusqu’aux raffineries du Texas. Ce nouveau tronçon de pipeline de près de 2000 kilomètres de long doit être construit entre l’Alberta et le Nebraska, où il serait raccordé à une autre conduite géante transportant du pétrole vers les raffineries du golfe du Mexique. Le démarrage était initialement prévu fin 2014 ou début 2015, mais la mise en service a été repoussée de six mois. TransCanada s’attend également à un dépassement des coûts.

Harper fait pression

Le gouvernement de Stephen Harper mène pour sa part une campagne intensive de promotion pour Keystone XL. Le premier ministre a réitéré en mai dernier que ce pipeline permettra d’accroître la sécurité énergétique des États-Unis. Avant lui, le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, a averti qu’un refus de ce projet constituerait un dangereux précédent pour les relations entre Ottawa et Washington.

Il y a quelques jours, l’ambassadeur canadien à Washington Gary Doer a aussi affirmé qu’un refus de Washington signifierait un recours encore plus important au transport de pétrole brut par train. Un nouvel angle d’attaque d’Ottawa pour faire accepter la construction du pipeline. Des propos lancés quelques jours après la tragédie ferroviaire qui a frappé la municipalité de Lac-Mégantic.

Il faut dire que le lobby de l’énergie fossile est pressé de trouver des débouchés pour la production des sables bitumineux, qui doit doubler au cours des prochaines années. Pour le moment, le recours aux trains est de plus en plus en vogue au Canada, mais aussi aux États-Unis. Mais les pétrolières qui exploitent l’énergie fossile albertaine cherchent à exporter davantage de leur production. D’ailleurs, au moins quatre projets d’exportation de pétrole albertain par pipeline sont en développement, dont deux qui passeraient par le Québec.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, l’augmentation de la production pétrolière nord-américaine est telle qu’elle provoque une véritable « onde de choc » planétaire, qui aura pour conséquence de freiner la hausse du cours de l’or noir au cours des prochaines années. Un scénario qui tranche avec ce qu’on prévoyait il y a à peine quelques années. Mais cette ruée vers l’énergie fossile risque aussi de mettre à mal la recherche de sources énergétiques moins destructrices.

Avec l’Agence France-Presse

8 commentaires
  • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 30 juillet 2013 19 h 36

    Vite, les panneaux solaires

    Bonsoir,
    L’oléoduc fournirait des avantages géopolitiques et économiques pour les deux pays, sans compter les 50 emplois permanents. Pour le Canada, c’est une raison de plus pour étendre le réseau jusqu’à l’Atlantique pour desservir l’est du Canada, l’Europe et les Caraïbes. Un autre avantage serait de nous libérer de l’obligation de transporter notre pétrole sur des voies ferrées dans des wagons inadaptés appartenant des compagnies sans dimensions et sans argent!
    Cinquante emplois permanents, c’est mieux que n’importe quel des projets faramineux de M. Obama!
    Merci.

    • Roxane Bertrand - Abonnée 30 juillet 2013 20 h 43

      Il paraît que les panneaux solaires sont rendu assez puissants pour répondre aux besoins en énergie de toute la planète si on recouvrait, je crois, le 1/3 du dessert du Sahara.

      Ce désir d'exporter du pétrole ne sert pas nos pays mais des intérêts pecuniés. Soyons proactif nous aussi,.. d'autres le sont!

    • Julie Carrier - Inscrite 31 juillet 2013 08 h 35

      M.Ferron, votre commentaire est d'un ridicule consommé. À mon avis, l'avenir de la vie, tout simplement, n'est pas dans " l'encouragement " de projets tel Keystone..Votre ironie est absurde..

      Pour ma part, je suis pas mal plus en faveur des projections du Président, même s'il y a toujours du " politique " dans les affirmations, que ses opposants, qui ne pensent qu'au pétrole, qu'aux armes, qu'à l'Être Suprême, incroyant face à la science, et ainsi de suite....Chacun ses opinions...

      Je pousserai votre ironie en vous disant bonne nuit et merci..!

    • Luc Falardeau - Abonné 1 août 2013 11 h 23

      M Ferron, pour augmenter la part de l'énergie solaire dans la consommation américaine, il faudrait que les américains donnent un mandat majoritaire au parti démocrate à la chambre des représentants et au sénat... Le potentiel en énergie solaire dans les états du sud ouest américain tels que l'Arizona et le Nouveau-Mexique est énorme. Il faudrait cependant des investisseurs prêts à construire d'énormes fermes de panneaux solaires et un réseau national de transport d'électricité.

  • Louise Lefebvre - Inscrite 30 juillet 2013 21 h 02

    Harper fait pression...so what!

    Harper n'est pas là à vie et il est de plus en plus contesté alors pas de panique M.Obama vous avez raison de réfléchir et c'est plutôt rare des politiciens qui réfléchissent...

  • Grace Di Lullo - Inscrit 30 juillet 2013 23 h 31

    Espérons que des gens d'ici auront non seulement le même martelement dans leurs discours politiques et économiques,mais également dans leurs gestes.

    Un désastre environnemental n'aide pas un endroit comme le Québec à investir dans son reseau de la santé, son réseau d'éducation et ses infrastructures routières et de communications.

    Nous sommes actuellement témoin que l'obscurcissement mental de certains de nos politiciens causé par l'or noir de toutes déclinaisons génèrent davantage d'emplois en rémédiations environnementales.

    En somme les trains et les pipelines passent sur notre sol, mais ne contribuent pas réellement à notre enrichissement collectif. Les évènements de Lac-Mégantic peuvent contribuer à montrer notre richesse en terme de solidarité et de résilience, mais nous appauvrit. Aucune de ces entreprises ne pourra payer l'ensemble de la note de cette catastrophe. Il y aura beaucoup de litiges en vue avant que des victimes de cette catastrophe recoivent des dédommagements. On nous demandera donc en tant que contribuables de payer pour la note de la restauration. Ces argents et ces énergies pourraient aller ailleurs, comme en éducation, santé, etc.

    Espérons que nous politiciens et gens d'affaires auront une conscience et agira en toute conscience.

  • Gilbert Talbot - Abonné 31 juillet 2013 10 h 22

    Les vrais raisons du refus d'Obama.

    Je crois que le Président Obama prendra la décision de ne pas autoriser la construction de ce pipeline, malgré le lobby hyper-puissant des pétrolières de l'Alberta et de leur défenseur principal: Stephen Harper. Tout le monde sait et Obama en premier (Al Gore le lui a dit) que le pétrole des sables bitumineux est un pétrole sale, la principale source de gaz à effet de serre au Canada, maisce n,est pas là saraison principale. Obama doit penser que les USA sont maintenant capable de s'autosuffire en pétrole grâce à l'exploitation de leur propre pétrole de schiste (tout aussi sale, mais américain!) Les USA sont devenus en peu de temps un producteur et un exportateur majeur de pétrole aussi important que l'Arabie Saoudite. Obama peut lever le nez sur le pétrole albertain. C'est probablement la raison principale qui lui fera dire non au projet canadien de Keystone XL.

  • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 1 août 2013 20 h 17

    Bonsoir,
    L’hésitation de M. Obama vient du fait qu’il doit choisir entre ses alliés politiques, c’est-à-dire entre les syndicats et les gauchistes de l’EPA. En réalité si le Canada concrète l’oléoduc à l’est et à l’ouest nous serons les deux pays bien servis. Les syndicats US sont en faveur de l’oléoduc!

    Les revenus du doit de passage, un pétrole canadien à bon prix, le changement de flux de Portland…tous des projets qui favorisent les québécois sans compter le développement de notre propre industrie d’hydrocarbures qui pourra elle aussi utiliser cette infrastructure. Il reste toujours possible une éventuelle « mini XL » de Portland même.
    Merci.