La carpe asiatique menace les Grands Lacs

La carpe asiatique, ce sont en fait quatre espèces de carpes introduites dans les années 70 dans les exploitations piscicoles du sud des États-Unis, notamment en Louisianne.
Photo: Associated Press La carpe asiatique, ce sont en fait quatre espèces de carpes introduites dans les années 70 dans les exploitations piscicoles du sud des États-Unis, notamment en Louisianne.

Le gouvernement américain a annoncé mercredi qu’il investira 50 millions $US supplémentaires afin de tenter d’empêcher la carpe asiatique de poursuivre son oeuvre d’espèce envahissante destructrice jusqu’aux Grands Lacs. Un investissement qui témoigne de l’ampleur de la menace que représentent ces poissons, qui pourraient un jour nager jusqu’au Québec.

 

La carpe asiatique, ce sont en fait quatre espèces de carpes introduites dans les années 70 dans les exploitations piscicoles du sud des États-Unis, notamment en Louisiane. Les propriétaires de ces entreprises les utilisaient pour contrôler la croissance de la végétation dans leurs bassins. Mais ces poissons se sont retrouvés dans le bassin du Mississippi à la suite d’inondations. Les carpes ont alors réussi à remonter le mythique fleuve et à envahir les cours d’eau rattachés à celui-ci sur une distance de plus de 1500 kilomètres. Tout cela en moins de 20 ans.

 

Leur capacité d’adaptation a d’ailleurs été phénoménale. La carpe argentée, par exemple, est parvenue à annihiler les autres espèces de poissons dans certains secteurs. Dans la rivière Illinois, à quelques dizaines de kilomètres des Grands Lacs, elle représente à certains endroits la quasi-totalité de la biomasse animale du cours d’eau. « Aujourd’hui, neuf poissons sur dix tirés du bassin du Mississippi sont des carpes asiatiques », estime Becky Cudmore, gestionnaire du Centre d’expertise pour l’analyse des risques aquatiques à Pêches et Océans Canada et conseillère principale sur les espèces aquatiques envahissantes.

 

Prédateur indélogeable, une telle bête peut mesurer jusqu’à un mètre, dépasser les 45 livres et vivre plus de 20 ans. Elle pèse au moins deux livres après sa première année de vie, ce qui fait qu’elle ne peut être une proie pour d’autres espèces. Elle mange chaque jour l’équivalent du tiers de son poids. Elle peut sauter plus de deux mètres hors de l’eau et représente une sérieuse menace pour les plaisanciers. Enfin, cette carpe peut tolérer de grands écarts de température et vivre dans des eaux peu oxygénées.

 

Comment les arrêter?

 

Pour tenter tant bien que mal de contrer la menace, Washington a financé au début des années 2000 la construction d’une barrière électrique dans le canal qui traverse Chicago et qui permet aux navires de commerce de gagner le lac Michigan. « Une défaillance de cette simple barrière permettrait aux carpes asiatiques d’envahir les Grands Lacs, et il ne faut pas oublier que les espèces envahissantes peuvent également entrer au pays de plusieurs autres façons », souligne cependant Nick Mandrak, spécialiste des pêches en eau douce du Laboratoire des Grands Lacs pour les pêches et les sciences aquatiques, à Burlington.

 

D’ailleurs, les recherches menées dans les dernières années ont permis de détecter de l’ADN de carpe asiatique jusque dans le lac Michigan. En 2010, une carpe adulte a même été repêchée bien au-delà de la barrière censée l’arrêter. Des carpes de roseau ont aussi été capturées dans les lacs Huron, Érié et Ontario. Rien n’indiquerait qu’il existe des populations établies et autoreproductrices dans ces lacs. Ce n’est toutefois qu’une question de temps avant que les carpes soient en mesure de coloniser un nouveau territoire.

 

D’où la nécessité de faire plus. Le gouvernement Obama, qui dit avoir déjà injecté des dizaines de millions de dollars dans la lutte, a donc annoncé mercredi une nouvelle enveloppe de 50 millions de dollars. Celle-ci doit servir à construire une nouvelle barrière électrique située à Chicago, mais aussi à développer de nouveaux moyens de lutte. Les autorités de l’Illinois superviseront notamment la conception et la construction d’un dispositif électrique mobile qui pourra être traîné comme un rideau rabattant le poisson ou servir comme une barrière temporaire. Pour John Goss, responsable du dossier de la carpe asiatique pour le conseil sur la qualité de l’environnement de la Maison-Blanche, c’est tout simplement la « santé » des Grands Lacs qui est en jeu.

 

Le Canada est lui aussi préoccupé par l’arrivée de ce poisson venu d’Asie. « Si ces espèces s’établissent au Canada, peu d’options s’offriront à nous, souligne Nick Mandrak. Dans le cas de la lamproie, une espèce exotique établie depuis longtemps au pays, les chercheurs ont mis au point un lampricide qui permet de garder les populations sous contrôle. Dans le cas des carpes asiatiques, toutefois, le seul espoir semble être de les empêcher d’entrer au pays. »

 

« Nous avons fait de notre mieux pour évaluer les risques que présentent les carpes asiatiques, et ceux-ci sont considérables », ajoute M. Mandrak. Il y a effectivement péril en la demeure. Selon une modélisation réalisée par le Centre d’expertise pour l’analyse des risques aquatiques, la majorité du territoire aquatique canadien conviendrait très bien à l’envahisseur.

 

Cela comprend le Québec, relié aux Grands Lacs par les eaux du Saint-Laurent. Si les carpes parviennent jusqu’ici, plusieurs cours d’eau pourraient subir des ravages similaires à ceux observés dans le Mississippi.

7 commentaires
  • Alex Chevalier - Inscrit 25 juillet 2013 03 h 32

    Le parfait envahisseur.

    Je me souviens de ce documentaire à Découverte où des pêcheurs faisaient ciruler de l'électricité dans l'eau pour en faire jaillir les carpes. Eh bien pour y voir des carpes, il n'y avait que ça.

    Un véritable fléau.

  • Jeanne M. Rodrigue - Abonnée 25 juillet 2013 10 h 41

    Et chez nous dans le Golfe St-Laurent

    Plusieurs espèces envahissantes menacent aujourd’hui la pêche dans le Golfe à commencer par le crabe vert, une espèce exotique introduite accidentellement - il faut le croire - et qui commence sérieusement à inquiéter les pêcheurs des maritimes et des Îles-de-la-Madeleine.

    Quoique plus petit que notre crabe indigène, le crabe vert est un mollusque non comestible originaire du nord de l’Europe et de l’Afrique, un prédateur vorace de mollusques qui consomme en particulier les myes, les moules bleues et les palourdes. C’est une menace réelle pour les pouponnières à homards.

    En plus du crabe vert, d’autres espèces envahissantes menacent aujourd’hui le Golfe. Caprelle, botrylle étoilé et autres tuniciers, ces espèces envahissantes ont fait leur apparition depuis plusieurs années. C’est à se demander si dans quelques années on pourra encore consommer des fruits de mer, tant ces espèces sont préoccupantes.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 25 juillet 2013 12 h 52

    Comestible

    La carpe asiatique est comestible, mais en rebute plusieurs à cause de ses nombreuses arêtes. Il n'y a que les Asiatiques, les Chinois en particulier, qui la consomme volontiers. Si on en faisait une pêche commerciale destinée à ce marché ?

    • Julie Carrier - Inscrite 26 juillet 2013 11 h 44

      M. Francoeur, vous ne comprenez pas que cette espèce est envahissante, nuisible et détruit toutes les autres espèces..La carpe asiatique m'a tout simplement aucune raison d'être dans nos plans d'eau et notre environnement car elle ne s'harmonise pas avec notre biodiversité. Et svp, lâchez- moi un peu avec votre " idée commerciale ", y'a pas juste ça dans la vie, le commerce....

    • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 26 juillet 2013 13 h 16

      À Mme Carrier,

      Ce n'est pas une idée "commerciale" mais écologique. Transformer une nuisance en profit est bon pour l'entrepreunariat et l'environnement. Je signale que ce désastre a été causé par la pisciculture. Aussi, ces entreprises devraient en assumer la responsabilité, du moins en partie. C'est mieux que de regarder la caravane passer. Le gouvernement américain fait preuve d'un laxisme lamentable dans ce dossier. Il a pris beaucoup trop de temps à réagir, comme dans bien d'autres domaines cruciaux.

  • Yvon Bureau - Abonné 26 juillet 2013 14 h 21

    Triste et inquiétant+++

    Ce n'est pas un poisson d'avril.

  • Daniel Bérubé - Abonné 27 juillet 2013 12 h 26

    Souvent, le problème...

    de ces espèces envahissantes, c'est qu'elle n'ont pas ou presque pas de prédateurs dans leurs nouveaux lieux de résidence; alors, pour en contrôler la croissance dans nos eaux sans affecter les autres espèces demanderait sans doute des années d'études et de recherches. À moins d'attendre que la surpopulation de la dite espèce ne provoque son affaiblissement et ramène un équilibre naturel en ce sens, mais qui serait mortel pour quantité d'autres espèces dont elle est le prédateur. Certains n'avaient pas idée des catastrophes qu'ils s'apprêtaient à mettre en marche en ne faisant qu'introduire un poisson dans un milieu autre que le sien.

    Malheureusement, dans ces situations, nous ne pouvons revenir en arrière...

    Ces erreurs industrielles et commerciales d'hier, nous démontrent aujourd'hui ce qu'elles nous préparent pour demain. La mondialisation aura été responsable de quantité de situations semblables, mais seul le temps et l'histoire confirmeront la chose, car encore aujourd'hui, elle est nié formellement par ses organisateurs. Oui, cette mondialisation qui devait faire disparaître la faim sur la terre...