Le pire déversement terrestre en Amérique du Nord

Sur les quelque 7,2 millions de litres que transportait le convoi de 72 wagons-citernes, Québec calcule que près de 5,7 millions de litres de pétrole ont été déversés dans l’environnement
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Sur les quelque 7,2 millions de litres que transportait le convoi de 72 wagons-citernes, Québec calcule que près de 5,7 millions de litres de pétrole ont été déversés dans l’environnement

Le déversement pétrolier survenu dans la foulée de la catastrophe de Lac-Mégantic serait le pire ayant eu lieu en sol nord-américain. Au moins 5,7 millions de litres de brut ont été rejetés dans l’environnement, selon des données finalement divulguées par le ministère de l’Environnement du Québec.

Plus de deux semaines après le déraillement et l’explosion du train chargé de pétrole américain, le ministère du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP) a fourni une « estimation globale » des quantités d’or noir déversées en plein coeur de la municipalité de Lac-Mégantic. Sur les quelque 7,2 millions de litres que transportait le convoi de 72 wagons-citernes, Québec calcule que près de 5,7 millions de litres de pétrole ont été déversés dans l’environnement, « affectant l’air, l’eau et le sol ».

Il s’agit d’une évaluation nettement supérieure à celle avancée jusqu’ici par le ministère. Selon les données préliminaires présentées dans les jours suivant l’accident, on estimait que 100 000 litres de brut avaient coulé des wagons éventrés. Mais même s’il se voulait alors rassurant quant à l’état de la situation, le ministre Yves-François Blanchet soulignait déjà que la rivière Chaudière porterait toujours les séquelles du déversement. Il avait également prédit que la contamination des sols serait probablement « très significative ».

Sans précédent

Pour Steven Guilbeault, directeur principal d’Équiterre, l’ampleur de la catastrophe ne fait désormais aucun doute. « Si ce chiffre [de 5,7 millions de litres] devait se confirmer, il s’agirait du pire déversement pétrolier de l’histoire du continent nord-américain, en excluant les déversements extracôtiers tels que celui de la plateforme Deepwater Horizon de BP en 2010. »

M. Guilbeault a ainsi rappelé mardi que le précédent record pour un désastre environnemental provoqué par le transport de pétrole brut remonte à 2010. Cette année-là, un pipeline exploité par Enbridge - la même entreprise qui souhaite faire couler du pétrole par pipeline jusqu’à Montréal - a laissé fuir plus de quatre millions de litres de pétrole dans la rivière Kalamazoo, au Michigan. Trois ans plus tard, le nettoyage des dégâts provoqués par la rupture de l’oléoduc n’est toujours pas terminé.

Le cas de Lac-Mégantic est toutefois différent. Selon le ministère, la majorité des hydrocarbures a brûlé dans le violent incendie qui a fait rage après le déraillement. On ne sait toutefois pas, pour le moment, quelle quantité précise a pu s’envoler dans un panache de fumée toxique dans les heures suivant l’accident.

Dans le communiqué publié en fin de journée lundi, on a par ailleurs précisé qu’en date du 19 juillet, environ 9,2 millions de litres « d’eau huileuse » ont été récupérés dans le secteur. « Ces eaux sont composées d’environ 5 % de pétrole, ce qui signifie qu’un volume approximatif de 457 500 litres de pétrole a été récupéré jusqu’à maintenant », a indiqué le ministère. À cela s’ajoutent 600 000 litres récupérés directement dans les wagons.

Il n’a pas été possible d’obtenir de données plus récentes mardi. Ni le ministère ni le cabinet du ministre Yves-François Blanchet n’ont répondu aux questions du Devoir.

«Toutes les flaques d’hydrocarbures » sur le lac Mégantic auraient en outre été récupérées, selon Québec. Dans la rivière Chaudière, on estime qu’environ 51 200 litres d’« eau huileuse » ont pu être pompés. « Un plan de traitement du rivage est en cours d’élaboration. » Mais il est « trop tôt pour présenter une évaluation globale de la situation», a fait savoir le ministère par voie de communiqué.

Plus de transparence

Face à une pollution aussi importante, la Société pour vaincre la pollution (SVP) estime que le MDDEFP ne fait pas suffisamment preuve de transparence dans la divulgation des données. Le groupe demande donc que soient rendues publiques toutes les informations sur le déversement et la contamination détenues par le MDDEFP et la Société d’intervention maritime, Est du Canada.

Cette entreprise, qui appartient à plusieurs des grandes sociétés pétrolières canadiennes, est responsable de travaux de récupération de pétrole à Lac-Mégantic. Or, la semaine dernière, son président a admis au Toronto Star qu’il n’avait toujours pas informé le MDDEFP des quantités de pétrole pompées dans le secteur depuis le début des opérations. Une situation aberrante, selon Daniel Green, de la SVP. « Les citoyens ont le droit de savoir à quelles substances ils ont été exposés, l’étendue réelle de la contamination et les moyens mis en oeuvre pour la confiner et la nettoyer. »

M. Green souhaite d’ailleurs connaître la composition précise des hydrocarbures transportés dans les wagons. « Le public ne connaît pas la composition ni les teneurs exactes des substances présentes dans les hydrocarbures déversés, qui pourraient aussi contenir divers liquides de fracturation. » La SVP soupçonne par exemple que la volatilité de certains composés dans ce type de pétrole pourrait être très grande, « laissant après évaporation une huile plus lourde et difficile à ramasser ».

Des représentants de la SVP se sont rendus sur place dans les derniers jours. Ils disent avoir constaté la présence de pétrole brut à plusieurs endroits le long de la rivière Chaudière. Ils comptent aussi faire analyser des échantillons de dépôts de suie du panache toxique provoqué par l’incendie.

30 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 24 juillet 2013 04 h 48

    Prix à payer

    Toute dépendance à un prix, celle au pétrole, dans le cas présent nous coûte excessivement cher. Quarante sept vies humaine, un centre-ville complètement détruit, un sol et sous-sol gravement contaminé, des lacs et rivières également, tout ça et davantage sans compter les dizaines de familles qui pleurent leur proche et qui devront réaprendre à vivre sans eux. Je ne voudrais pas paraître cruel compte tenu des circonstances mais, ne devrions-nous pas nous interroger sur les solutions alternatives au pétrole.... Elles existent pourtant, il n'en tient qu'à nous de se les appropriées. Il n'y a pas si longtemps déjà, nos voitures étaient équipées de gros moteurs 8 cylindres, nos maisons dépendaient du mazout pour se réchauffer durant la saison froide, dans ces deux cas nous avons fait de léger progrès mais il y a encore beaucoup de place à l'amélioration. Pensons-y ensemble.

    • André Dumont - Abonné 24 juillet 2013 08 h 29

      Solution irréaliste M.Labelle dans le contexte économique d'aujourd'hui. Le rêve est toujours permis comme chez M. Khadir. Concentrez vos efforts sur la solution de M.Parent plus bas pour renforcer la sécurité réelle du transport de toutes matières dangereuses.

      Commençons par prioriser ces zones partout au Canada qui sont hautement dangereuse. Celle du Lac Mégantic l'est on ne peut plus hautement par la configuration de sa ligne de chemin de fer et la topographie même du terrain ( une forte courbe en plein centre ville située de plus au bas d'une dénivellation de 1.2 % sur une douzaine de kilomètres ). Pour tous ces endroits dangereux , la vitesse et les mesures de sécurité de ces trains devraient être fonction du type de dangerosité du chargement. Encore faut-il qu'il y est grande transparence dur la connaissance du contenu transporté. Concentrons nos exigences la-dessus dans un premier temps avant de faire face au lobby du pétrole. L'âge d'or des produits pétroliers semble plutôt commencer en Amérique du Nord .

    • Mireille Langevin - Inscrite 24 juillet 2013 08 h 54

      Pour être pratico-pratique, il faudrait premièrement poursuivre en justice les coupables i.e. ceux qui se fichent de la sécurité des gens au profit de leurs profits et les gouvernements qui laissent les lobbyistes faire ce qu'ils veulent. Du pétrole il en faudra toujours, cessez de rêver en couleur.

    • Rémi-Bernard St-Pierre - Abonné 24 juillet 2013 10 h 09

      Les réponses a M. Labelle montrent justement notre forte dépendance. Solutions alternatives dites irréalistes... Quand Henry Ford a crée son moteur, il n'existait alors ni stations services, ni essence disponible a la grandeur du globe. Voyons aujourd'hui où l'on en est. Pourquoi donc serait il irréaliste de penser que des solutions de rechange peuvent voir le jour, et même peut-être rapidement.
      Regardons tout l'argent investi dans le pétrole. Il en manque pas. Nous en sommes, avec les pétroles et gaz de chistes, a les exploiter a très fort prix parce que le prix suit. Combien coûtera le nettoyage de Lac-Megantic? Parce que ne nous trompons pas, jamais la MMA aura les moyens de tout payer, les gouvernements devront débourser. Nous avons l'occasion de décider de faire des choix. Nettoyer, détruire pour pomper du pétrole plus polluant que tout ce qu'il y avait de connu a ce jour...
      Ou investir dans le développement des alternatives.

    • Luc Falardeau - Abonné 24 juillet 2013 11 h 01

      Monsieur Labelle comme des millions d'autres citoyens canadiens ont raison de s'interroger sur les solutions alternatives au pétrole... Il faut des actions concrètes maintenant pour réduire notre dépendance au pétrole et les émissions de GES... Il faut non-seulement se donner des objectifs de réduction de notre consommation collective de pétrole mais aussi de réduction de sa production pour que des alternatives énergétiques voient le jour... Pour cela, les gouvernements pourraient cesser d'encourager l'exploitation abusive des sables bitumineux albertains. Les provinces autres que l'Alberta pourraient aussi freiner le passage de ce pétrole sale et du pétrole de schiste issu du nord-ouest américain. Ne nous faisons pas d'illusion, il y aura quand même du pétrole disponible malgré tout... Qu'il soit d'ici ou d'ailleurs, le pétrole et ses profits appartiennent aux multi-nationales étrangères et les risques pour l'humanité appartiennent aux citoyens... Pressons donc nos gouvernements d'investir dans les énergies indépendantes du carbone.

    • Mathieu Massicotte - Inscrit 24 juillet 2013 11 h 54

      À M. Dumont,

      vous faites à 100% partie du problème, et non de la solution. S'il y avait moins de citoyens comme vous qui se mettent la tête dans le sable et qui qui insistent pour préserver un modèle énergétique désuet, nous serions déjà plus avancé dans le cheminement inévitable que nous devons prendre vers de nouvelles formes d'énergies propres et durables. Ce qui est irréaliste, c'est de penser que l'ère pétrolière nord-américaine consitue un progrès et un avancement et qu'elle sert les intérets de la société, alors qu'en fait, le pétrole nous mène à pleine vitesse vers un désastre écologique planétaire sans précédent. Nous avons amplement les moyens de nous sevrer de cette toxicomanie pétrolière, il suffit d'en avoir la véritable volonté. Votre position relève d'un déni total de la réalité, et malheureusement pour vous, les données scientifiques ne corroborent aucunement votre parti-pris. Il faut se débarasser du pétrole, et au plus vite. La tragédie de Mégantic n'est qu'un des nombreux éléments qui nous le prouve encore et encore.

    • Éric Cyr - Inscrit 24 juillet 2013 19 h 20

      Irréaliste? Nous n'avons pas besoin de pétrole, les alternatives sont légions. Les hydrocarbures nouis sont imposé par un cartel tentaculaire vieux d'un siècle.
      http://www.guideautoweb.com/articles/21158/tesla_m,_la_voiture_electrique_sans_compromis/

  • Josette Allard - Inscrite 24 juillet 2013 05 h 45

    Société d'intervention est

    Le pollueur fait disparaître les traces de son méfait et omet d'informer le MDDEP qui, à son tour , ne cherche pas à savoir la quantité réellement déversée. Non mais à quoi on joue ici?

  • Francois Parent - Inscrit 24 juillet 2013 06 h 11

    Nous brûlons davantage de pérole chaque jour

    Quelle est la différence entre le pétrole déversé au Lac Mégantic et le pétrole brulé par nos voitures et industrie chaque jour ? Le monoxyde de carbone est incolore et inodore donc plus difficile à détecter , il paraît moins nous toucher a priori, mais ce n'est qu'une illusion, il en résulte de réelle conséquence sur notre santé et environnement . Chaque jour nous brûlons davantage de pétrole avec nos voitures et nos industries et nous ne sommes pas scandalisé par cette réalité. Une seule condition est de mise pour cesser ses désastres c'est que nos politiciens mettent en place des lois pour renforcer la sécurité des transport des matières dangereuses et que les Québécois cherchent des moyens de diminuer leur consommation de pétrole sinon on n'a pas fini de vivre des situations similaires. Voilà, ce qui me semble être la réalité des faits.

    • Victoria - Inscrite 24 juillet 2013 06 h 53

      Vous avez presque raison sur toute la ligne… sauf qu’il y en a eu des québécois qui avaient inventé des solutions de remplacement d’alimentation au diesel et au gaz et, à peu de frais dans les années 80, entre autre. Devinez ce qu’ils ont subi pour les faire taie… et le brevet s’est envolé-volé-volé comme dans la chanson :-(

    • Marc Durand - Abonné 24 juillet 2013 08 h 18

      "Quelle est la différence entre le pétrole déversé au Lac Mégantic et le pétrole brulé par nos voitures et industrie" - Il y a beaucoup de différences et un tout autre ordre de dangerosité. Dans un incendie comme à Mégantic, le pétrole brule à l'air libre, pas dans un espace à pressions contrôlée comme dans les pistons des moteurs à combustion; en combustion sans contrôle, celle-ci est très imparfaite et génère cu CO2 certes, mais beaucoup de sous produits très dangereux (dioxines, furanes, etc). Ces sous produits se sont infiltrés dans le sol et d'autres ont formé l'épaisse fumée noire de l'incendie qui a fait rage quelques jours.

    • Patrick Lépine - Inscrit 24 juillet 2013 11 h 54

      Monsieur Durand, dans le même ordre d'idée, on préférera le système "Pantone" qui permet une combustion presque parfaite et comportant des rejets bien moins polluants. Bien entendu le fait que ce système puisse utiliser n'importe quoi ou presque comme combustible le rend moins attrayant pour certains intérêts. Le fait qu'on puisse mélanger à ses combustibles de l'eau jusqu'à hauteur de 75% le rend encore plus nocif pour ces même intérêts.

      La question demeure donc:"Va-t-on cesser oui ou non de promouvoir ou de faire vivre ou vivoter l'industrie pétrolière?".

      C'est insultant à la longue de se faire raconter n'importe quoi, l'industrie pétrolière doit lever les pattes, est-ce que ce sera une mort "dans la dignité" comme on en parlait encore voilà quelques mois pour nos patients en phase terminale, ou si ça sera en sacrifiant trop de jeunes pour permettre à ce vieil impotent de continuer à «respirer» à leur détriment?

      Personnellement je préconise l'électrique, car comme l'industrie du hobby nous le démontre, ses possibilités sont largement sous-exploitées, et malgré une pollution certainement différente en termes d'exposition aux champs électro-magnétiques, qu'il faudra nécessairement contrôler et éliminer à terme, ça reste d'après moi plus propre.

      Avez-vous remarqué que dans un garage fermé, il est impossible de vivre en présence d'une voiture dont le moteur marche pendant très longtemps monsieur Durand?

  • Yves Perron - Inscrit 24 juillet 2013 07 h 03

    Taxer

    Qu'on lâche un peu les fumeurs avec les taxes et qu'on fasse la même chose avec le pétrole. Augmenter la taxe sur le carburant jusqu'à ce que le monde comprenne qu'on a pas besoin d'un gros 4x4 V10 ou d'un moteur de 300 cv. pour se déplacer. avec un crédit de taxe pour les entreprises qui ont besoin de ces véhicules. Le Québec ferait d'une pierre deux coups,et les acheteux de monstres y penseraient à deux fois avant de s,acheter un ram V10 ou un 4x4 pour aller montrer devant un bar.

    • Patrick Lépine - Inscrit 24 juillet 2013 12 h 07

      Avec des moteurs-roues c'est presque 400 cv qu'on offrirait au conducteur d'un véhicule comportant quatre de ces moteurs. Si l'utilisation de tels moteurs allège le poid du même véhicule, c'est encore de la puissance récupérée. C'est certain qu'en regard des limites de vitesses imposées par la "sécurité" ils sont parfaitement superflus présentement dans notre société... Toutefois, dans des conditions de terrains accidentés et de routes inexistantes ou coûteuses d'entretien, ça peut devenir un atout non négligeable pour y acheminer de l'équipement des vivres ou matériaux de construction.


      Votre solution de "taxage" par contre, tout comme pour les fumeurs qui ont trouvés d'autres solutions pour continuer à fumer, ne donne visiblement pas de résultats, les taxes se montent à plus de 33% si ma mémoire et mes informations ne me trompent pas, ce qui fait près de 0.50$ le litre simplement en taxes. Des taxes existent déjà au niveau des plaques pour les gros véhicules, il n'y en a pas moins sur les routes, je vous dirais même au contraire que depuis deux ans, j'ai aperçu 4 lamborghinis sur les routes de la région de Québec en plus des nombreuses mustangs plus communes.

      La perception de taxes ne fait que rendre participatif le gouvernement aux profits que les pétrolières en retirent. Le Québec avec la fameuse "péréquation" dont les fédéralistes nous parlent à longueur de journée, devient complice de l'exploitation des sables bitumineux albertains...

    • Sylvain Auclair - Abonné 24 juillet 2013 14 h 47

      Aucune automobile n'a besoin de 300 kilowatts (l'équivalent en système international de 400 horse-powers) pour avancer. Le tiers ou le quart de ça, c'est amplement suffisant.

  • Serge Grenier - Inscrit 24 juillet 2013 07 h 17

    Rien ne se perd, rien ne se crée

    Les millions de litres de pétrole qui ont brûlé n'ont pas disparu dans un autre univers, ils ont seulement été transformés et répandus plus largement dans la nature.