Appel à des règles de transport de pétrole plus contraignantes

L’accroissement du transport de pétrole par train est dû à une hausse marquée de la production au cœur de l’Amérique du Nord.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz L’accroissement du transport de pétrole par train est dû à une hausse marquée de la production au cœur de l’Amérique du Nord.

Les scènes d’apocalypse provoquées par le déraillement et l’explosion d’un train chargé de pétrole brut en plein coeur de Lac-Mégantic devraient convaincre Ottawa de resserrer les règles de sécurité en matière de transport d’or noir. C’est du moins le message lancé lundi par une cinquantaine d’organisations environnementales, syndicales et sociales.

« Ce sont les travailleurs et les collectivités qui paient le prix lorsque le gouvernement fédéral choisit de fermer les yeux sur les pratiques non sécuritaires de certaines entreprises pour obtenir le meilleur prix, a ainsi insisté Pierre Patry, trésorier de la CSN. Les règlements ont été affaiblis pendant que la quantité de pétrole transportée a augmenté. Il est temps de prendre du recul et d’avoir un examen public complet sur la sécurité du transport du pétrole afin de prévenir d’autres catastrophes. »

 

Le regroupement exige d’abord que le gouvernement de Stephen Harper, partisan avoué du transport du pétrole brut, déclare « une interdiction immédiate du transport de pétrole dans les vieux wagons-citernes de type DOT-111 ». Ce sont des wagons de ce type qui ont semé la mort et la désolation en Estrie le 6 juillet dernier.

 

Or, ils ont déjà été jugés non sécuritaires dans un rapport publié en 2012 par l’Office national de la sécurité des transports des États-Unis. Un modèle jugé plus fiable par l’industrie est désormais produit pour répondre à la demande croissante. Mais comme les « vieux » DOT-111 ont une durée de vie de 30 à 40 ans, ils devraient constituer encore longtemps une bonne partie de la flotte. Au total, 70 % des wagons-citernes actuellement utilisés pour le transport de pétrole sont désuets.

 

Deux conducteurs

 

Les 50 organisations demandent également à Ottawa de réinstaurer l’obligation d’avoir un minimum de deux mécaniciens à bord des trains transportant du pétrole. Cette pratique est essentiellement favorisée pour économiser sur les coûts de main-d’oeuvre dans le cadre du transport ferroviaire, et ce, même s’il s’agit de matières dangereuses. C’est Transports Canada qui a autorisé la Montreal, Maine Atlantic Railway à opérer avec un seul mécanicien.

 

On exige enfin qu’Ottawa mette en place « une évaluation complète et indépendante sur la sécurité dans le transport des hydrocarbures par oléoducs, trains, bateaux et camions, incluant des audiences publiques et un examen du rôle de la déréglementation et de la privatisation dans l’affaiblissement des standards de sécurité ».

 

Consommation

 

Selon Steven Guilbeault, d’Équiterre, il faut par ailleurs réfléchir aux moyens de diminuer notre consommation d’hydrocarbures. « Briser notre dépendance au pétrole est la seule solution réelle et nous devons le faire pour lutter contre les changements climatiques. Cette transition vers les énergies propres doit être faite, et entre-temps, nous devons réduire les risques liés au transport du pétrole. »

 

L’accroissement du transport de pétrole par train en Amérique du Nord est dû à une hausse marquée de la production au coeur du continent. Cette croissance de l’extraction se fait surtout dans des zones où d’importants gisements de pétrole de schiste ou encore de sables bitumineux sont mis en production.

 

En tout, 9500 wagons-citernes ont circulé sur les voies ferrées américaines en 2008. En 2012, ce nombre est passé à 234 000 et dépassera aisément les 300 000 cette année. Au Canada, de 2009 à cette année, le nombre de wagons est passé de 500 à 140 000. La raffinerie d’Ultramar, située à Lévis, recevra du pétrole du Dakota du Nord transporté dans des wagons-citernes de location, et ce, d’ici quelques semaines.

3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 23 juillet 2013 09 h 55

    Simple

    Pas de tarnsport de matières dangereuses ou inflammables à moins de 50 mètres des résidences. Ce devrait être la règle. Cela implique : 1) dans les vieux quartiers, interdire ce transport à moins de déménager les rails ailleurs ; 2) dans les nouveaux quartiers, interdire la construction de résidences à moins de 50 m des rails.

    • Sylvain Auclair - Abonné 23 juillet 2013 11 h 01

      Et comment va-t-on livrer le mazout aux maisons?

      Et les voitures contenant plusieurs dizaines de litres d'essence hautement explosive, on les met où?

  • Luc Falardeau - Abonné 23 juillet 2013 15 h 07

    D'où viennent ces nouveaux wagons-citernes DOT-111 désuets ?

    Il y avait 500 wagons-citernes en 2009 au Canada et 9500 en 2008 aux États-Unis... En 2012, il y en avait 140000 au Canada et 234000 aux États-Unis... Coudonc... D'où viennent ces 364000 nouveaux wagons-citernes DOT-111 désuets ? ... du surplus de l'armée ?