Revers juridique au Chili pour le géant minier Barrick Gold

La construction d’une immense mine d’or contrôlée par la multinationale Barrick Gold vient d’être en bonne partie bloquée par la justice chilienne, qui a statué que la minière risque de provoquer d’importants dégâts environnementaux avec son projet Pascua-Lama.

 

Les juges d’une cour d’appel ont ainsi tranché à l’unanimité en faveur des communautés locales, qui redoutent les impacts de cette mine située près de glaciers millénaires, à 5000 mètres d’altitude, à cheval sur les régions de San Juan, en Argentine (30 %), et d’Atacama, au Chili (70 %), dans le nord de ces deux pays.

 

Écologistes et citoyens de la région estiment que l’exploitation intensive de l’or aura des conséquences irréparables pour les ressources en eau.

 

Dommages à réparer

 

Selon la décision rendue lundi par les magistrats chiliens, la plus grosse minière aurifère de la planète devra démontrer qu’elle peut tenir ses promesses en matière d’environnement avant d’aller de l’avant avec la construction. Barrick Gold devra également réparer les dommages causés à deux rivières de la région, en plus de surveiller l’état des trois glaciers situés à côté du projet minier. La minière n’a pas réagi lundi à la décision de la cour d’appel.

 

En avril, un tribunal chilien a obligé l’entreprise à stopper les travaux de construction de Pascua-Lama. Ceux-ci portaient sur les opérations de déblaiement et de creusement de l’énorme fosse de cette mine à ciel ouvert. Barrick Gold avait fait appel de cette décision, mais en vain. La contestation de ce projet a eu de nombreux échos sur la scène internationale et a fait l’objet d’un documentaire primé, Mirages d’un eldorado.

 

20 milliards $ d’or

 

La décision de lundi est une mauvaise nouvelle pour la minière cotée à la Bourse de Toronto. Le gigantesque gisement Pascua-Lama contiendrait des réserves de 17,8 millions d’onces d’or, selon Barrick Gold, ce qui signifie que la valeur brute des ressources non renouvelables qui se trouvent sur le site dépasserait les 20 milliards de dollars. L’entreprise a lancé en 2009 le projet et espérait produire à partir du second semestre 2014 environ 750 000 à 800 000 onces d’or et 35 millions d’onces d’argent par an, durant les cinq premières années.

 

Barrick Gold s’est fait davantage connaître au Québec dans la foulée de la poursuite de six millions de dollars intentée en 2008 contre la maison d’édition Écosociété. Celle-ci avait en effet publié le livre Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique. Cet ouvrage fait état de nombreux abus qu’auraient commis des sociétés minières canadiennes en Afrique.

 

Après plusieurs mois d’une saga judiciaire coûteuse pour Écosociété et les auteurs de Noir Canada, les deux parties ont finalement signé une entente à l’amiable en 2011. La maison d’édition a dû verser un montant « significatif » à Barrick, montant qui n’a jamais été divulgué. L’ouvrage a été interdit de vente, mais est toujours disponible dans plusieurs bibliothèques.

3 commentaires
  • Julie Carrier - Inscrite 16 juillet 2013 11 h 40

    Décision sage..

    Enfin une décision responsable et, rêvons un peu, si elle pourrait trouver écho vers les sables bitumineux....

  • Jean-Philippe Baillargeon - Abonné 17 juillet 2013 10 h 34

    Attention à l'avidité de nos compagnies affolées!

    Ces entreprises multinationales refoulées aux portes des pays qu'ils exploitent reviennent parfois à la maison pour «soutenir» le développement de leur propre pays. Elles le font aussi pour protéger la croissance des profits de leur actionnaires et les rendement en stock-options du président qui pourrait obtenir une prime au rendement sur sa rente de retraite... jusque-là on peut croire à une certaine responsabilité corporative citoyenne.

    Mais il ne faut pas oublier que ce qui attire nos chères compagnies multiplicatrices de bénéfices au Toronto stock exchange market (la bourse de Toronto: TSX) n'est pas que le rendement des gisements et les saisons plus clémentes qui permettraient d'exploiter le sol de manière continue au travers de l'année. D'ailleurs, on parle ici d'un gisement dans les Andes et même de la mise en danger d'un glacier, donc de saisons qui pourraient être similaires aux nôtres.

    Non, le meilleur gage de rendement sur investissement qui crée une forte attraction sur ces compagnies extractives est l'absence de réglementation. Viennent ensuite la possibilité d'un fardeau fiscal «light» et les accords entre États sur l'investissement étranger de leur compagnies.

    Si en revenant chez-elles, elles n'ont plus à faire pression sur leur État pour qu'il négocie des accords d'investissements dans ces pays, elles n'ont qu'à démontrer qu'avec leur installation l'économie locale s'en portera mieux ou, comme nous sommes en situation de «crise permanente», que l'économie demeurera plus stable. De toute façon, même si elles discutent pour obtenir des allègements fiscaux ici, notre gouvernement bénéficiera des impôts des travailleurs.

    Ce qui reste à faire, c'est de demander un allègement réglementaire au niveau des lois du travail, de l'environnement et de financer la recherche scientifique ciblée... ce qui est déjà tout bien accompli ou en route au Canada.

    Maintenant, comment aller plus vite? Promouvoir l'idée de la dette publique d'un pays pour facili

  • Jean-Philippe Baillargeon - Abonné 17 juillet 2013 16 h 39

    Maintenant, comment aller plus vite?

    Promouvoir l'idée de la dette publique d'un pays pour faciliter ceci.

    (Désolé pour la césure mal calculée)