Vivre avec des risques constants

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	L’Arctique fond à cause du réchauffement climatique, et des membres de Greenpeace déguisés en ours blancs manifestaient en avril dernier à Moscou contre les activités de forage de la société pétrolière norvégienne Statoil près du cercle polaire.</div>
Photo: Agence France-Presse (photo) Yuri Kadobnov
L’Arctique fond à cause du réchauffement climatique, et des membres de Greenpeace déguisés en ours blancs manifestaient en avril dernier à Moscou contre les activités de forage de la société pétrolière norvégienne Statoil près du cercle polaire.

Le déraillement et l’explosion d’un train en plein coeur de Lac-Mégantic ont ravivé le débat sur le transport du pétrole. Mais, peu importe de quelle façon il voyage, l’or noir dont nous dépendons tant est d’abord une grande menace écologique. Et il serait plus que temps de se défaire de cette dépendance, estiment plusieurs.

« Le débat, ce n’est pas de se demander s’il faut utiliser l’oléoduc ou le train. Il faut ramener le débat à notre dépendance envers le pétrole, sans quoi il faudra nous habituer à vivre avec des risques constants, peu importe le mode de transport. Oui, il nous faudra plusieurs années pour faire la transition. Mais il faut commencer quelque part, si on veut y parvenir dans quelques années », fait valoir le porte-parole d’Équiterre, Steven Guilbeault.


Les groupes écologistes contactés par Le Devoir sont d’ailleurs unanimes : il faut tout mettre en oeuvre pour s’affranchir du pétrole, sans quoi il sera absolument impossible de freiner les bouleversements climatiques.


Dans un rapport publié le mois dernier, la Commission sur le climat de l’Australie a fait valoir qu’il faudrait laisser dans le sol 80 % des réserves mondiales des sources d’énergie fossiles. Sans quoi c’est tout simplement « l’existence de notre société » qui est menacée.

 

Québec s’engage


Le gouvernement Marois souhaite diminuer de pas moins de 30 % notre consommation de pétrole et de gaz d’ici à 2020. Et les péquistes estiment que les objectifs ambitieux en matière de lutte contre les changements climatiques sont compatibles avec la volonté affichée de mettre le Québec sur la voie de l’exploitation pétrolière. « Ce n’est pas parce qu’on va exploiter du pétrole au Québec qu’on va augmenter notre consommation. On peut tout à fait diminuer notre consommation et exploiter au Québec », a récemment expliqué au Devoir la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet.


Le gouvernement mise beaucoup sur l’électrification des transports pour parvenir à réduire de façon significative les émissions québécoises de gaz à effet de serre. Spécialiste des politiques énergétiques à HEC Montréal, Pierre-Olivier Pineau doute fortement de l’efficacité de cet engagement. « L’électrification des transports, c’est l’illusion d’agir sur des problèmes, mais sans agir sur le coeur du problème, qui est notre usage de la voiture en solo. Qui plus est, on légitimise l’industrie de l’automobile et la configuration de nos systèmes de transport. »

8 commentaires
  • Jean Richard - Abonné 13 juillet 2013 08 h 17

    Des doutes partagés

    « Pierre-Olivier Pineau doute fortement de l’efficacité de cet engagement » – Des doutes facile à partager. Qu'a fait le gouvernement depuis son arrivée au pouvoir en matière de transport ? Rien. Alors, si on extrapole : rien restera rien en 2020, et 2020. ça a l'air loin mais c'est presque demain.

    En matière d'environnement, le gouvernement actuel est ce qu'on appelle un cancre. En lieu et place d'une orientation précise, on se contente de phrases vides de sens comme « l'électrification des transports ». Ça veut dire quoi en projets concrets susceptibles de donner des résultats réels en 2020 ? Des bagnoles individuelles à batteries lourdement subventionnées pour les banlieusards qui vont faire la queue sur les autoroutes matin et soir ? Des bagnoles individuelles à batteries tout aussi subventionnées pour les résidents du Plateau qui voudront s'afficher en vertueux sauveurs de la planète ?

    Qui veut parier qu'en 2020, nous en serons encore au même point qu'en 2013 et que notre consommation d'énergie (électricité, gaz ou pétrole) continuera à augmenter plus vite que la population ?

  • Daniel Clapin-Pépin - Abonné 13 juillet 2013 09 h 59

    Ce titre est faux : les risques sont plutôt croissants !


    Le dérèglement en cours du climat n’est pas constant, il évolue en mode exponentiel.

    Pour la simple raison – scientifiquement prouvée – que depuis les deux derniers siècles de notre ère industrielle, les gaz à effet de serre dans l’atmosphère ne demeurent pas fixes mais continuent sans cesse d’augmenter (ayant déjà dépassé en mai dernier le seuil "catastrophique" des 400 PPM de CO2), multipliant et exacerbant sans cesse les perturbations "extrêmes" de notre climat.

    Or, il a été calculé qu’environ 60 % desdits gaz à effet de serre - mortifères pour la vie humaine sur la planète Terre - proviennent des énergies fossiles (sales et hyper-polluantes) que sont le charbon, le pétrole et le gaz.

    Alexandre Shields - que je félicite au passage pour la qualité supérieure de ses comptes rendus journalistiques en matière d’écologie humaine tant québécoise qu’internationale – a sans conteste (sauf pour les climato-sceptiques qui nient la réalité) raison de souligner que "(…) il faudrait laisser dans le sol 80 % des réserves mondiales des sources d’énergie fossiles. Sans quoi c’est tout simplement « l’existence de notre société » qui est menacée."

    Logiquement, toutefois, Shields aurait pu ajouter (s’il avait eu plus d’espace et/ou plus de liberté éditoriale et/ou plus d’esprit critique) qu’il est mathématiquement impossible de concilier une diminution de nos consommations d’énergie fossiles tout en "croyant" (selon la "pensée magique" bizarroïde du gouvernement Marois) pouvoir en même temps augmenter notre exploitation du pétrole au Québec.

    En termes de management environnemental, les sciences climatologiques et écologiques nous enseignent pourtant qu’il nous faut de toute urgence apprendre à "Penser Globalement, Agir Localement".

    Écolosociétalement,

    Daniel Clapin-Pépin
    Écologiste humaniste altermondialiste coopérativiste postcapitaliste
    Professeur de gestion + éthique + comptabilité environnementales
    Département des sciences comptables
    École des science

  • Marc Brullemans - Abonné 13 juillet 2013 18 h 50

    Il faut inverser la direction...

    Avec chaque année qui passe, vient une année supplémentaire au cours de laquelle nous consommons du pétrole pour nous déplacer, du gaz naturel pour nous chauffer et du propane pour cuire nos aliments. À chaque année qui passe, les habitudes deviennent traditions puis fondations. D'une dépendance aux hydrocarbures fossiles, on se dirige vers une malsaine "définition". Mais au lieu de nous indiquer une voie de sortie, nos gouvernements nous enfoncent de plus en plus dans cette dépendance. Et si nous devions suivre les raisonnements de la ministre Ouellet, on serait en droit de s'attendre à ce qu’américains, mexicains, argentins, chinois extraient du gaz et du pétrole de schiste et tentent aussi de l’exporter. Mais à qui ?...

    Et quand bien même la consommation de ces hydrocarbures fossiles demeuraient "nationales", ils seront rapidement raffinés, brûlés et du CO2 s'envolera dans l'atmosphère. Sans connaître de frontière... Nous voilà à 400 ppm de gaz carbonique, sur l'ensemble de la planète.

    Comme l'indique un commentateur précédent, et surtout si l'on tient compte des pertes fugitives de méthane, il faut impérativement et fortement diminuer la production de gaz, de pétrole et de charbon. Sur une note plus globale, j'ajouterais aussi que le plus est souvent l'ennemi du bien et que ce « plus » rime souvent avec croissance. Comme le disait déjà Jean Dorst en 1965 dans "Avant que nature meure", « tous les phénomènes auxquels l’homme est mêlé se déroulent à une vitesse accélérée et à un rythme qui les rend presque incontrôlables. ». Troublant constat...

    • Jean Boucher - Inscrit 15 juillet 2013 10 h 30

      «...nos gouvernements nous enfoncent de plus en plus dans cette dépendance...»

      Tout baigne dans l'huile.

      C'est surtout la conséquence de la domination débridée
      des valeurs démocratiques universalistes par des multinationales et autres entreprises ainsi que de leurs politiciens de la planète comprenant aussi , tous pays et idéologies confondus, des millions de gros et petits actionnaires, spéculateurs et boursificateurs sourds, aveugles et avides.

      Si selon certains l'islamisme n'est pas compatible avec la démocratie, qu'en est-il vraiment de l'actuel capitalisme mondialiste triomphant qui sacrifie des humains chaque jour, ici comme ailleurs ?

  • Robert Henri - Inscrit 15 juillet 2013 06 h 51

    Le titre est correct...

    Risques constents en ce sens qu'il est omniprésent. Le risque est aussi croissant. C'est vrai. Je pourrais vous dire que naître est commencer à vivre avec la certitude de mourrir, seul le délais est incertain. Je n'ai pas le cooeur à rire. C'est tout le système qui ne se tient que s'il croit, produit, fait consommer avec la spéculation, le «libréchangisme» , le système boursier aveugle... Il va bien falloir que quelque-chose change et vite. Si on ne change pas nos façons de faire, ce sont ces façons de faire qui vont nous changer. On meurt par où on a péché. Je me trompe ? J'aimerais tant me tromper...

  • André Lefebvre - Inscrit 15 juillet 2013 09 h 46

    Consommation des particuliers?

    On sait que la population vieillit, les vieux prennent leur retraite. Je suis à la retraite et je consomme au max, 20 litres d'essence par mois. Dont le particulier est de moins en moins responsable des méfaits du pétrole. Adressez-vous à ceux qui le consomment et qui obligent les autres à le consommer.

    André Lefebvre

    • Sylvain Auclair - Abonné 15 juillet 2013 11 h 29

      Et vous ne faites aucun voyage?

    • André Lefebvre - Inscrit 16 juillet 2013 08 h 17

      Pourquoi? Je suis mieux chez moi.