TransCanada en campagne de séduction

Milton, Dakota du Nord. TransCanada pilote également le controversé projet Keystone XL.
Photo: Eric Hylden Associated Press Milton, Dakota du Nord. TransCanada pilote également le controversé projet Keystone XL.

Aucun communiqué n’a été publié à la suite de la rencontre. Un porte-parole de l’entreprise a toutefois signifié aux médias que l’entreprise - qui pilote aussi le controversé projet Keystone XL - souhaitait discuter de cet important projet de transport de pétrole de l’Ouest canadien avec les gens qui seraient concernés par le passage du pipeline.

En entrevue à Radio-Canada, le préfet de la MRC du Témiscouata, Serge Fortin, s’est d’ailleurs dit ouvert au projet. «Le pipeline traverserait des terres forestières et non pas des centres-villes. Je pense que ça pourrait être plus sécuritaire, d’autant plus qu’on parle d’un équipement complètement neuf, j’imagine qu’on devrait être à la fine pointe de la technologie», a-t-il affirmé.

Alimenter le Québec

L’idée est de convertir un gazoduc en oléoduc sur une distance de 3000 kilomètres, de l’Alberta jusqu’à la région de Québec. De là, TransCanada construirait un nouvel oléoduc de plusieurs centaines de kilomètres en sol québécois. Le tracé préliminaire indique que cette infrastructure longerait la route 185, en direction du Nouveau-Brunswick et de la raffinerie de Saint-Jean.

Sur un site Web mis en ligne pour promouvoir son projet, la pétrolière précise que les raffineries de Montréal et de Lévis pourraient aussi être alimentées avec ce pétrole, dont une partie proviendrait des sables bitumineux. TransCanada souhaite également construire un nouveau terminal de réservoirs dans la région de Québec. Celui-ci comprendrait même «des installations destinées au chargement des navires-citernes», selon ce qui est écrit sur son site Web.

L’entreprise doit décider au cours des prochaines semaines si le projet ira bel et bien de l’avant. Cela dépendra notamment de la demande qui pourrait venir des deux raffineries implantées en sol québécois. Toutes deux ont montré un intérêt certain pour s’approvisionner en pétrole provenant de l’Ouest canadien. Elles songent d’ailleurs à utiliser bientôt des trains pour le faire. S’il est lancé, le pipeline Énergie Est serait mis en service au Québec en 2017.

Chose certaine, le gouvernement albertain croit en ce projet. La semaine dernière, il a annoncé un engagement financier de pas moins de cinq milliards de dollars afin de faciliter sa réalisation. L’Alberta souhaite ainsi s’assurer que la production pétrolière en pleine croissance dans la province puisse trouver des débouchés, ce qui permettrait notamment d’obtenir un meilleur prix sur les marchés.

Le gouvernement Marois a lui aussi déjà démontré une ouverture certaine pour cet oléoduc. Reste à voir quelle forme pourrait prendre une éventuelle évaluation environnementale du projet. Rien n’a jusqu’ici été annoncé. Selon ce qu’a déjà fait savoir la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, il faudrait tenir compte des émissions supplémentaires de gaz à effet de serre engendrées par un tel projet. Surtout qu’il s’agit de pétrole des sables bitumineux, réputé plus polluant que l’or noir conventionnel.

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Un parc de wagons désuet à 70 %

Ottawa – Le déraillement de Lac-Mégantic a braqué les projecteurs sur le phénomène du transport du pétrole par wagons-citernes. Les autorités américaines soutiennent qu’environ 10 000 nouveaux wagons-citernes ont été commandés au Canada et dans le nord-est des États-Unis, parce que les oléoducs sont utilisés à leur pleine capacité. Cependant, un rapport publié l’an dernier par le Bureau américain de la sécurité des transports révélait que les wagons désuets et non sécuritaires composaient environ 70 % du parc ferroviaire nord-américain, et que ces wagons rouleront encore durant plusieurs décennies. Il y a près de deux ans, des fabricants de wagons-citernes ont adopté des normes volontaires plus élevées, qui comprennent notamment des coques plus épaisses, des valves plus sécuritaires et un blindage qui préviendrait les perforations. Mais les autorités américaines chargées de la réglementation ont réalisé que si on alterne des vieux wagons avec des modèles plus récents dans un convoi, on n’augmente pas la sécurité globale - à moins que tous les wagons ne soient de la nouvelle génération. Les wagons-citernes ont une durée de vie de 30 à 40 ans. L’industrie rechigne à l’idée de modifier les vieux wagons, des améliorations qui coûteraient un milliard de dollars selon leurs estimations.

6 commentaires
  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 11 juillet 2013 08 h 27

    Le Québec a t il la capacité de ses choix ?

    Il n'y a aucun avantage pour le Québec a laisser passer du pétrole sur son territoire qui ne soit pas destiné à sa propre consommation.

    Dans le cas des projet Enbridge et TransCanada, le total du flux seraient de 1,8 millions de baril-jours, soit cinq fois les besoins du Québec.

    Le Québec n'a aucun intérêt à accepter plus qu'il ne consomme et donc ce nouveau tracée qui mènerait au Nouveau Brunswick. Et encouragerait le développement des sables bitumineux, une catastrophe climatique en devenir (voir : NYTimes : Game over for the climat)

    Mais le Québec a t il le pouvoir de dire NON comme la PM de la Colombie Britannique l'a fait dans le cas du pipeline Northern Gate, sans égard pour la compétence d'Ottawa en la matière ? Oui si les citoyens sont derrière sa position.

    • Pierre Couture - Inscrit 11 juillet 2013 11 h 32

      Entièrement d'accord!

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 juillet 2013 13 h 33

      Et d'où va venir notre pétrole? D'Alberta? Mais que faire si le Manitoba ne veut pas le laisser passer? Par bateau? Mais si les provinces bordant le golfe du Saint-Laurent ne veulent pas? Alors d'un port américain? Mais si ni le Maine, ni le Vermont, ni l'État de New-York ne veut le laisser passer?

      Moi aussi, j'aimerais bien que personne ne passe sur la rue devant chez moi, mais je veux pouvoir passer dans les rues des autres. Sinon, je ne pourrai pas aller bien loin.

    • Michel Richard - Inscrit 11 juillet 2013 13 h 38

      Pas mal sûr que le transport de pétrole par oléoduc sur le territoire québecois entraîne le paiement d'impôts et de taxe au trésor québecois.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 11 juillet 2013 11 h 50

    Non au pétrole sale

    Le Québec n'a rien à gagner avec ces projets. Bien au contraire, c'est s'aventurer pour des décennies dans des castastrophes écologiques sans nombres. Ces entreprises sont irresponsables. Nous devons, comme la Colombie Britannique leur fermer la porte. Nous n'en avons pas besoin.

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 juillet 2013 21 h 32

      La péréquation.
      C'est un programme fédéral. L'Alberta, avec environ 11% de la population canadienne, paie environ 12,5% de l'impôt fédéral (ce sont les chiffres de 2003; je n'ai rien trouvé de plus récent). Elle paie donc à peine plus que leur part per capita.

      Six provinces bénéficent de la péréquation. Per capita, quatre provinces bénéficent plus que le Québec.

      Dans le livre Un gouvernement de trop, l'auteur examine les dépenses du gouvernement fédéral poste par poste (dont la péréquation) pour conclure que le Québec perd deux milliards par année.