Comprendre et combattre les îlots de chaleur

Olivier Canuel-Ouellet dans un «canyon de chaleur» sur la rue Ste-Catherine
Photo: François Pesant - Le Devoir Olivier Canuel-Ouellet dans un «canyon de chaleur» sur la rue Ste-Catherine
Dans certains quartiers de Montréal, le mercure est de deux à dix degrés plus élevé qu’ailleurs, de jour comme de nuit. Il s’agit du phénomène des îlots de chaleur, généré par un ensemble de facteurs allant de l’absence de végétation aux choix des matériaux, en passant par les formes des édifices et le ruissellement des eaux.

Les 16, 18 et 30 juillet prochains, le centre des sciences de l’UQAM propose une balade ouverte au public, dans les rues de la ville, pour établir quelles sont les causes des îlots de chaleur et quels sont les moyens d’y remédier.
 
L’automne prochain, les étudiants d’une quinzaine de classes d’écoles secondaires de Montréal participeront également à des ateliers organisés autour de ce thème.
 
« Les étudiants de Westmount ou ceux du Centre-Sud ne vivent pas la même réalité » en ce qui a trait aux îlots de chaleur, note Catherine Jolin, du Cœur des sciences de l’UQAM. Sur la place des festivals de Montréal, le guide Olivier Canuel-Ouellet, étudiant à la maîtrise en géographie, compare la chaleur des dalles sombres et des dalles claires qui couvrent le sol. Déjà, à dix heures du matin, la différence est frappante.
 
Les dalles sombres, dont l’albédo est plus faible, absorbent davantage de chaleur, puis la rejettent dans l’air durant la nuit. Par opposition, les dalles plus claires, dont l’albédo est plus élevé, reflètent la chaleur sans l’absorber.
 
Mais la température est également sensible à la forme des édifices. Dans les rues d’un centre-ville hérissé de gratte-ciel, note Olivier Canuel-Ouellet, il se forme des canyons de chaleur, au fond desquels le vent ne peut se rendre pour rafraîchir l’air.
 
Enfin, le fait que les matériaux soient imperméables à la pluie empêche cette dernière de pénétrer dans le sol. Or, non seulement l’eau qui pénètre la terre permet un rafraîchissement de l’air en s’évaporant, mais cette perméabilité offre une protection contre les débordements d’égouts.

Expérience concluante
 
L’expérience proposée par Olivier Canuel-Ouellet est concluante. Alors que la partie gazonnée d’un terrain de jeu des habitations Jeanne-Mance demeure fraîche le matin de notre visite, celle d’à côté, recouverte d’un gazon synthétique, est déjà brûlante. Un effet secondaire important de ce gazon synthétique sans doute choisi par ailleurs pour ses facilités d’entretien…
 
Selon Olivier Canuel-Ouellet, les grandes surfaces asphaltées des centres commerciaux comme les galeries d’Anjou ou le Quartier DIX30, sur la Rive-Sud, sont particulièrement propices à la formation d’îlots de chaleur. Sans parler de la très grande majorité des écoles publiques montréalaises, dont les cours comptent peu ou pas d’espaces verts…
 
En 2010, la ville de Montréal a connu une vague de chaleur hors du commun. Durant cinq jours consécutifs, les températures ont dépassé 33 degrés Celsius, et durant neuf jours, elles sont restées au-dessus de 20 degrés Celsius. 106 décès ont été enregistrés au cours de cette période, probablement en lien avec cette chaleur intense.
 
Depuis, l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal recommande aux citoyens qui souffrent de la chaleur de prendre quelques heures pour se réfugier dans un endroit où il y a de l’air climatisé, explique Deborah Bonney, de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal.
 
Mais selon Olivier Canuel-Ouellet, le problème des îlots de chaleur se posera de façon de plus en plus aigüe avec le réchauffement climatique et le vieillissement de la population, puisque les personnes âgées sont particulièrement vulnérables aux excès de chaleur.
3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 9 juillet 2013 08 h 41

    Le Dix-30

    Passe encore pour les vieux quartiers, difficiles à changer. Mais maintenant que l'on comprend scientifiquement ce qui cause les îlots de chaleur pourquoi la Ville de Brossard a-t-elle encouragé la construction de cette horreur urbanistique qu'est le Dix-30 ?

    • Michel Richard - Inscrit 9 juillet 2013 12 h 22

      Sans doute parce que la population en voulait. Votre "horreur urbanistique" est en effet très fréquentée.

  • Jean Richard - Abonné 9 juillet 2013 12 h 04

    L'atmosphère, la mal comprise

    Il y a plusieurs années, l'Allemand Karl von Frisch publiait un bouquin qui, traduit en français s'intitulait « Architecture animale ».

    La lecture de ce livre pourrait en laisser plus d'un perplexe. Ainsi, le cerveau d'un oiseau est bien petit à côté de celui d'un homme, et le cerveau d'un insecte ou d'une araignée est également très petit à côté de celui d'un oiseau. Or, insectes, araignées et oiseaux semblent savoir ce que l'homme moderne a oublié depuis quelques générations, à savoir comment construire un habitat en harmonie avec l'environnement.

    J'ai travaillé dans des édifices avec des systèmes de climatisation infects, pourtant conçus par des ingénieurs. On gelait dans un coin, on crevait dans l'autre, on frissonnait pendant cinq minutes pour suer les dix minutes suivantes. En lisant Architecture animale, j'ai appris que dans certaines termitières, la température intérieure était d'un étonnante régularité et que des conduits de ventilation permettant la convection naturelle faisaient en sorte que malgré la densité élevée, on n'y manquait jamais d'oxygène. Vivement que l'Ordre des Termites supplante l'Ordre des Ingénieurs...

    L'architecture humaine en Amérique du Nord a déjà pris en considération les facteurs environnementaux, dont les facteurs climatiques. L'orientation des maisons, la disposition des fenêtres étaient entre autres dictées par des notions de climat et de confort à l'intérieur. Ce savoir-faire n'a pas été transféré à l'architecture urbaine moderne et il s'est perdu. Parmi les conséquences perceptibles, il y a les indésirables couloirs venteux près des édifices, les zones surchauffées en été... Et à l'intérieur même d'un édifice, il y a l'inconfort des climatiseurs déficients et la piètre ventilation entièrement mécanique. Architectes et ingénieurs affichent une totale ignorance de l'atmosphère. Pourtant, ce n'est pas si sorcier, juste un peu complexe. L'architecture environnementale navigue encore dans la totale marginalité.