Québec ne tournera pas le dos au pétrole

La ministre Martine Ouellet affirme que la consultation sur l’énergie se tiendra « au début de l’automne ». Quant à la stratégie énergétique, elle devrait être prête en 2014.
Photo: La Presse canadienne (photo) Clément Allard La ministre Martine Ouellet affirme que la consultation sur l’énergie se tiendra « au début de l’automne ». Quant à la stratégie énergétique, elle devrait être prête en 2014.

Exaspérés par l’inaction de Québec en matière de stratégie énergétique, des groupes environnementaux et des syndicats réclament une consultation afin de décider des orientations en matière de développement énergétique. Une refonte qui passe selon eux par le rejet des nouveaux projets pétroliers en sol québécois. Le gouvernement Marois s’apprête justement à lancer une réflexion en matière d’énergie. Mais pas question de rejeter le pétrole.

En campagne électorale, le Parti québécois avait affirmé être en mesure de procéder à l’élaboration d’une nouvelle stratégie énergétique au cours de sa première année de mandat. Mais rien n’a jusqu’ici été annoncé, d’où la sortie publique de différents groupes jeudi. Ceux-ci ont soutenu que « le développement énergétique actuel est incohérent et semble improvisé et chaotique ». Ils ont donc réclamé la tenue d’une « vaste consultation » devant mener à l’élaboration d’une stratégie « respectueuse des communautés et de l’environnement ».


Au moment même où se tenait leur conférence de presse, le ministère des Ressources naturelles a fait savoir, par voie de communiqué, que les détails de ladite consultation seront rendus publics jeudi prochain, en pleine période estivale. Selon ce qu’a précisé au Devoir la ministre Martine Ouellet, la consultation se tiendra « au début de l’automne ». Quant à la stratégie énergétique, elle devrait être prête en 2014.

 

Oui au pétrole


Mais la ministre Ouellet est formelle : il n’est pas question de répondre au souhait des organisations qui demandent que Québec tourne le dos à l’exploitation pétrolière. « Nous avons une position claire sur le pétrole. On pense qu’avec 14 milliards de dollars d’importations [chaque année], il y a un avantage économique certain. Toutefois, il faut que ça se fasse de façon responsable, dans le respect de l’environnement, dans le respect des communautés, mais surtout avec des retombées économiques pour l’ensemble des Québécois. »


Le gouvernement est aussi ouvert à l’inversion du pipeline 9B d’Enbridge, qui permettra de faire couler du pétrole de l’Alberta jusqu’à Montréal. « Notre positionnement sur le pipeline n’est pas finalisé, a souligné Mme Ouellet. Il y aura des consultations, mais on a déjà indiqué que sur le pipeline, il y a un avantage économique certain pour les deux raffineries du Québec. »


Karel Mayrand, directeur général de la Fondation David Suzuki pour le Québec, estime que ces projets éloigneront le Québec de son objectif de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 25 % par rapport à 1990, et ce, d’ici 2020. Le Parti québécois devra aussi mettre une croix sur sa promesse de réduire de 30 % la consommation de pétrole d’ici 2020.


Martine Ouellet estime pour sa part que Québec sera en mesure de répondre aux « objectifs ambitieux » qu’il s’est fixés pour lutter contre les changements climatiques. Mais le gouvernement aura beau établir des cibles contraignantes de réduction des gaz à effet de serre, il n’est tout simplement pas possible de cesser de recourir au pétrole « du jour au lendemain ». L’or noir comble 38 % des besoins énergétiques des Québécois.


Marie-Claude Lemieux, du Fonds mondial pour la nature, mais aussi Patrick Bonin, de Greenpeace, estiment néanmoins urgent que Québec profite de l’élaboration d’une nouvelle stratégie énergétique pour prendre le virage des énergies renouvelables. Le problème, selon eux, est que le lobby de l’énergie fossile est omniprésent au Québec. Uniquement pour l’inversion du pipeline 9B d’Enbridge, on compte 32 lobbyistes ayant un mandat lié au projet.

28 commentaires
  • louis cossette - Inscrit 28 juin 2013 05 h 02

    Retombées économiques

    Pour qui ? Le fameux contrat de vente des intérêts d' Hydro -Québec dans le pétrole d'Anticosti n'a toujours pas fait l'objet d'un dévoilement public. Avant de parler de retombées publiques pour tous les Québécois pourrait-on au moins éclaircir cette affaire qui semble toujours aussi nébuleuse pour nombre d'entre nous!

    • Benoît Landry - Abonné 28 juin 2013 07 h 22

      J'ai bien hâte aussi. Tout laisse à croire qu'il ne sera rendu public que quand le PQ aura fini de sceller toutes les ententes secrètes signées du temps des libéraux.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 28 juin 2013 13 h 59

      Martine Ouellette a déjà annoncé que cette entente sera rendue publique en septembre.

      Mais qui a t’il comme révélation à attendre de cette entente? Ces permis d'exploration sont passés de mains en mains, dont celles de Shell et Exxon, au fils des décennies après que chacun ai fait ses propres recherches. Dans le meilleur des cas Hydro aura des redevances si une exploitation devient possible, ce qui très loin d’être acquis.

  • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 28 juin 2013 07 h 19

    Bonnes nouvelles.

    Bonjour,
    Beaucoup de bonnes nouvelles dans une seule entrevue! La sagesse et le bon sens au service de l’intérêt commun. Peut-on demander mieux?
    Pour le reste, du caquetage sans intérêt.

    Merci.

  • Benoît Landry - Abonné 28 juin 2013 07 h 30

    Pour changer une orientation....

    il faut opérer des virages. Comment ce gouvernement pense-t-il atteindre des objectifs environnementaux s'il ne fait pas pas un virage significatif. Le mur est en avant et pour l'éviter, il faut tourner.... Au lieu de cela le PQ encouragera l'exploitation des sables bitumineux et ira polluer l'eau douce à Anticosti Bravo.


    Je ne suis pas surpris que le PLQ reprenne du gallon dans les sondages, les gens ont tendance à préférer l'original à une pâle copie

    • Louka Paradis - Inscrit 28 juin 2013 11 h 17

      Attendons avant de présumer et de juger : «la consultation se tiendra « au début de l’automne ». Quant à la stratégie énergétique, elle devrait être prête en 2014.» Le PLQ ? avec ses mensonges et ses magouilles ? Non merci ! C'est un peu court de faire l'amalgame entre les deux partis.

      Louka Paradis, Gatineau

    • Benoît Landry - Abonné 28 juin 2013 12 h 43

      Attendre quoi? Mme Ouellette n'a pas assez reculé selon vous par rapport à ses engagements pré-électoraux. Elle était prétendument écologiste et la voilà qui est d'accord pour recevoir le pétrole des sables bitumeux et un confrère à l'environnement qui se dit partenaire de l'industrie pétrolière et une première ministre qui évalue que les considérations écologistes d'Antovosti est directement proportionnel aux nombres de chevreuils qui y habitent.....

      Oui le PQ continue les magouilles du PLQ, pour me prouver le contraire, le contrat secret devrait être rendu public prestement, au lieu de cela, tout ce qui nous est démontré c'est que le PQ continue sur le même mode que les libéraux en concluant des ententes avec Pétrolia sur la base d'un contrat secret. Même M. Proulx de Pétrolia a dit qu'il était facile de transiger avec le PQ

    • Louka Paradis - Inscrit 28 juin 2013 21 h 52

      Des procès d'intention, ça n'est guère impressionnant comme argumentaire.

      Louka Paradis, Gatineau

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 juin 2013 08 h 06

    Position

    Voici la position normale d'un québécois moyen : «Je ne suis ni contre ni pour, bien au contraire !» Ce qui donne les résultats qu'on connait !

    Sarcastique ? Je sais pas ???

  • André Michaud - Inscrit 28 juin 2013 09 h 23

    Volonté populaire et réalisme

    Une infime minorité de citoyens sont contre le pétrole, l'immense majorité en veux et au meilleur prix possible. Peu de citoyens n'ont pas d'auto, certaines familles en ont deux sinon trois, sans parler des motos, quatre-roues, skidoo etc.. Le transport par camion est au coeur de la distribution des produits...etc

    Il devient gênant de prendre l'argent provenant des sables bitumineux par la péréquation alors que l'on pourrait être plus indépendant économiquement. De plus Anticosti est loin des villes habitées et ne mettra pas en péril la nappe phréatique des citoyens. Présentement une ile pour les chevreuils et les riches chasseurs, elle n'est d'aucune utilité pour les citoyens ordinaires.

    L'usage du pétrole disparaitra un jour,mais ce n'est pas pour bientôt..alors autant se faire une idée et être réalistes.

    • Patrick Lépine - Inscrit 28 juin 2013 12 h 24

      Avec des amis comme ceux de chez TM-4 sensée promouvoir les découvertes de l'IREQ, mais en réaliter chargée de freiner le développement de véhicules électriques, on peut dire que "ce n'est pas pour bientôt"...


      Monsieur Michaud, je vous souhaite beaucoup d'air pur!
      Ça aide pour vivre longtemps...

    • Marie-Ève Mathieu - Abonnée 28 juin 2013 12 h 46

      Connaissez-vous l'économie Monsieur Michaud? Le lien entre les opérations réelles sur le terrain et la valeur des produits en bourse est de plus en plus ténu, surtout en ce qui a trait aux produits pétroliers. On se sert de cette matière pour spéculer. L'extraction au Québec pour laquelle nous n'avons aucune expertise se fera par des compagnies étrangères et si on se fie à la présente loi sur les mines, on en aura que des peanuts. Chaque unité produite coûte de 0.5 à 1 unité d'énergie pour récupérer le pétrole. En mots simples, je dépense de 0.50$ à 1$ pour récupérer 1$ de pétrole. Ce qui veut dire que ça pourrait me coûter aussi cher en pétrole pour sortir du pétrole. Économiquement, ça n'a aucun sens. Le fameux boom pétrolier aux États-Unis, c'est du pétrole de schiste comme ce que nous cherchons sur l'ïle d'Anticosti. Notre seule chance, c'est que la bulle explose avant qu'on ait commencé l'extraction, comme c'est arrivé pour le gaz de schiste. Le croiriez-vous les opposants écologistes préservent l'économie québécoise, malgré le gouvernement.

      Quant à l'argument du réalisme, c'est de la servitude volontaire; plutôt que de poser les bonnes questions et de chercher à voir si l'extraction pétrolière peut effectivement rapporter à la population. Le transport en commun, ça produit des vraies jobs ici, mais on attend toujours les développements. C'est une vraie alternative.

      Martine Ouellet sait probablement tout cela, car elle s'opposait au gaz de schiste, mais pour elle, son poste de ministre doit être plus important que ses principes écologiques. Espérons que ses électeurs verront clair dans son jeu et qu'ils ne la rééliront pas.

    • André Michaud - Inscrit 29 juin 2013 00 h 14

      @ Marie Eve Mathieu

      L'Alberta a payé ses dettes avec le pétrole, et nous donne en préquation des milliards...Terre Neuve va payer les siennes bientôt...pourquoi pas l'or noir pour la province de Québec aussi ?

      Il faut de la nouvelle richesse pour payer tous nos services publiques..et faire face au viellissemnt de la population. Pourquoi cette peur économique et le culte de la pauvreté ? Un héritage catho?