Une «zone morte» record dans le golfe du Mexique

Le golfe du Mexique souffre toujours des conséquences environnementales de l’immense marée noire survenue en 2010. Mais cette année, les scientifiques américains prévoient qu’un autre fléau frappera cette région maritime fragilisée: une «zone morte» d’une ampleur inégalée. Une menace pour toute une industrie de la pêche déjà passablement mal en point.

L’Agence océanique et atmosphérique américaine (NOAA) prévoit que cette zone pourrait faire plus de 22 000 km2 au cours de l’été, soit l’équivalent de la superficie de l’État du New Jersey, ou encore 45 fois l’île de Montréal. Avec des teneurs très faibles ou inexistantes en oxygène dans l’eau, la faune marine dans sa grande majorité — notamment les crustacés et les poissons — ne peut survivre dans une telle zone.


Le golfe du Mexique n’en est pas à sa première zone morte de grande ampleur. En 2002, le Golfe avait déjà connu une zone morte d’une superficie de 21 965 km2 au large de la Louisiane, du Texas et de la Floride, la plus importante jamais observée alors, précise la NOAA sur son site Internet. Ces cinq dernières années, la superficie moyenne de ces zones a été de 14 500 km2, selon l’agence.


L’agriculture en cause


Ce désert sous-marin se forme annuellement à partir du delta du Mississippi. C’est que le mythique fleuve draine près de 40 % des eaux des États-Unis, dont une bonne partie de celles qui s’écoulent des zones agricoles, notamment des champs de maïs. C’est ainsi que chaque année, des centaines de milliers de tonnes d’azote s’écoulent dans le fleuve, mais aussi des dizaines de milliers de tonnes de phosphate. Cet apport favorise une croissance phénoménale d’algues qui, une fois mortes, se décomposent et monopolisent tout l’oxygène disponible. C’est alors la mort assurée pour les autres êtres vivants.


«La prédiction de zone morte cette année dans le golfe s’appuie sur les fortes inondations dans le Midwest qui ont charrié de grandes quantités d’engrais dans le Mississippi qui les a déversés dans le golfe», explique d’ailleurs la NOAA sur son site Internet.


Même si des changements de fond étaient imposés dans les pratiques agricoles, il faudrait des années pour espérer voir une amélioration de la situation, selon la NOAA. L’azote, par exemple, peut rester longtemps stocké dans les sols.


Ces zones affectent par ailleurs «des pêcheries d’importance commerciale nationale et menacent l’économie de la région», souligne l’agence. Le golfe du Mexique représente de 25 % à 30 % de l’industrie de la pêche américaine. C’est donc tout un pan de l’économie qui risque de subir des contrecoups majeurs.


Et le phénomène n’est pas unique au golfe du Mexique, même si la zone morte qu’on y retrouve est la plus vaste au monde. Il en existerait près de 150 sur la planète, selon des données du Programme des Nations unies pour l’environnement. Et le phénomène est appelé à prendre de l’expansion, au fur et à mesure que les effets des changements climatiques se feront sentir.


Le Saint-Laurent affecté


Même l’estuaire du Saint-Laurent n’échappe pas au phénomène d’hypoxie. En fait, le niveau d’oxygène y a connu une baisse importante au cours des dernières décennies. Selon les plus récentes données disponibles auprès de Pêches et Océans Canada, l’hypoxie, c’est-à-dire la réduction de la concentration d’oxygène dissous dans l’eau, affecte au moins 1300 km2 de fonds marins dans l’estuaire du Saint-Laurent. Une telle zone, située en profondeur, équivaut à près de trois fois la superficie de l’île de Montréal. La région sous-marine touchée se situe essentiellement en Tadoussac et les eaux au large de Rimouski.


Des travaux ont notamment démontré qu’au cours des dernières décennies, la proportion d’eau du courant du Labrador — très froide et bien oxygénée — qui entre dans le golfe du Saint-Laurent a diminué, alors que celle de l’eau du centre de l’Atlantique Nord — plus chaude et moins oxygénée — a augmenté. Cette situation aurait contribué à la diminution des concentrations en oxygène dans les profondeurs de l’estuaire, en plus d’augmenter la température de l’eau.


Est-ce que l’activité humaine pourrait être en partie responsable? Si les chercheurs sont prudents dans leurs hypothèses, Denis Gilbert, de l’Institut Maurice Lamontagne, estime toutefois qu’entre le tiers et la moitié de l’appauvrissement en oxygène résulte de facteurs liés au fleuve. «En particulier, les eaux usées municipales ainsi que l’épandage d’engrais et de fumier dans les champs agricoles entraînent le déversement de grandes quantités de nitrates et de phosphates dans le fleuve. Ces substances apportent au plancton des nutriments additionnels, causant sa prolifération. Lorsque ce plancton abondant meurt et tombe au fond de l’eau, le processus de décomposition fait baisser davantage la teneur en oxygène de l’eau», peut-on lire dans un compte rendu diffusé sur le site de Pêches et Océans Canada.


Selon un modèle prévisionnel actuellement en développement, il se pourrait bien que l’hypoxie prenne de l’ampleur au cours des prochaines années. Les changements climatiques pourraient aussi aggraver le phénomène. Mais il sera de plus en plus difficile d’en suivre l’évolution, en raison des compressions imposées par le gouvernement Harper en recherche, notamment sur le Saint-Laurent.


Avec l’Agence France-Presse

7 commentaires
  • Claude Lachance - Inscrite 27 juin 2013 18 h 42

    Le Fleuve aux Grandes Eaux...

    Déjàtouché par des zones ""mortes, on continue les yeux bandés à laisser les pétrolières prendre en main sans vergognes ce patrimoine.

    • Gilles Théberge - Abonné 28 juin 2013 09 h 43

      N'oubliez pas la pollution agricole.

  • Éric Cyr - Inscrit 28 juin 2013 07 h 50

    La grande censure

    Voyons donc! C'est pour camouffler tout le méga dégât de B.P. On voit bien qui est le vrai grand patron de nos "bons" médias tellement objectifs, par cette désinformation visant à nous faire accepter comme fatalité incontournable la pollution de nos eaux et la venue prochaine des pétrolières dans notre golfe.

    • Michel Richard - Inscrit 28 juin 2013 11 h 03

      Et sur quoi basez-vous cette affirmation ?

    • Jocelyn Boudrias - Inscrit 28 juin 2013 12 h 54

      D'accord avec Michel Richard. Surtout que les zones mortes n'ont rien à voir avec la marée noire. Lisez comme il faut le 1er paragraphe...

    • Éric Cyr - Inscrit 28 juin 2013 18 h 05

      Se pourrait-il messieurs, que l'immense majorité du pétrole qui a fui et qui est resté au fond, après 3 ans, commence à faire "tache d'huile" et tue partout où il s'étend?
      Comme s'il était possible de ramasser tous ces millions de barils éjectés sous haute pression d'un puits profond de 30 000, oui, 30 000 pieds sous le fond du golfe du Mexique!

      Et que les dommages agricoles aient le dos plus large qu'en réalité, et que la différence de médiatisation aille de pair avec la puissance des lobbies du pétrole?

    • Éric Cyr - Inscrit 28 juin 2013 18 h 15

      Se pourrait-il messieurs que le secteur agricole serve de bouc émissaire à un bien plus gros lobby?

      Se pourrait-il que l'énorme quantité de pétrole qui flotte entre deux eaux depuis 2010 fasse "tache d'huile" et se répande tranquillement un peu partout près des côtes en répandant la mort?

      Se pourrait-il que les chiffres "officiels" soient bien en deça de la réalité et que la pression collossale que la foreuse a rencontré dans la poche de pétrole à 30 000, oui, 30 000 pieds sour le fond du golfe du Mexique ait fait beaucoup plus de ravages qu'on a bien voulu nous laisser croire?

      Bien sûr que le secteur agricole fait du dégât... mais rien de comparable aux déversements de pétrole qui est une substance bien concentré avec un pouvoir d'expansion considérable..