Pour la première fois depuis 60 ans, une baleine franche est aperçue sur la côte pacifique

Pêches et Océans Canada a précisé que seulement six observations ont été confirmées dans les eaux canadiennes au cours du dernier siècle, toutes les baleines ayant été tuées par des baleiniers, dont la dernière en 1951.
Photo: AP Photo/The Florida Fish and Wildlife Conservation Commission Pêches et Océans Canada a précisé que seulement six observations ont été confirmées dans les eaux canadiennes au cours du dernier siècle, toutes les baleines ayant été tuées par des baleiniers, dont la dernière en 1951.

Événement rarissime au large de la Colombie-Britannique: des chercheurs de Pêches et Océans Canada ont observé une baleine franche du Pacifique Nord ces derniers jours. Il s’agissait de la première observation de cette espèce quasi éteinte en près de 60 ans.

 

L’animal a été vu à plusieurs reprises par un navire des gardes-côtes canadiens qui croisait à l’ouest des îles de la Reine-Charlotte, un archipel situé à l’extrême Nord de la Colombie-Britannique, à la frontière avec l’Alaska. Cette baleine se distingue par sa peau noire et sa mâchoire très courbée. Elle peut mesurer jusqu’à 17 mètres et peser 90 tonnes. Elle nage généralement très lentement et souvent près de la surface.

 

«C’est une découverte très palpitante. Au cours des dix dernières années, notre équipe de chercheurs a parcouru plus de 50 000 kilomètres au large des côtes de la Colombie-Britannique pour observer les baleines et ils en ont vu des milliers, mais c’est la première baleine noire du Pacifique Nord», a déclaré le biologiste John Ford, par voie de communiqué.

 

«Quand nous avons réalisé ce que nous voyions, nous avions peine à y croire», a ajouté aussi par voie de communiqué James Pilkington, un biologiste du ministère qui se trouvait à bord du navire lorsque la baleine a été aperçue pour la première fois, le 9 juin. «Jamais je n’aurais pensé voir une baleine noire du Pacifique Nord de toute ma vie, et surtout avoir l’occasion de l’observer pendant plusieurs jours. C’était l’extase!»

 

Pêches et Océans Canada a précisé que seulement six observations ont été confirmées dans les eaux canadiennes au cours du dernier siècle, toutes les baleines ayant été tuées par des baleiniers, dont la dernière en 1951.

 

La baleine franche — aussi appelée baleine noire — du Pacifique Nord est en effet une espèce extrêmement rare. En fait, depuis la disparition officielle du dauphin de Chine, en 2007, cette baleine pourrait bien être l’espèce de cétacé la plus rare de la planète. Selon les différentes évaluations, il en resterait entre 100 et 300 individus. Il est pratiquement impossible d’envisager un accroissement de la population. Elle est plutôt condamnée à disparaître progressivement au cours des prochaines années.

 

Comme c’est le cas pour toutes les autres espèces de grands cétacés, elle a été décimée par la chasse. Elle a été surtout exterminée au XIXe siècle et au début du XXe siècle. Elle tient d’ailleurs son nom en anglais, « right whale », des baleiniers. Ceux-ci la considéraient comme la bonne baleine à chasser parce qu’elle nage lentement, flotte une fois morte et fournit beaucoup de graisse.

 

Cousine de l’Atlantique

La baleine franche du Pacifique Nord compte par ailleurs une cousine dans l’Atlantique, elle aussi au bord de l’extinction totale. Les quelque 300 baleines franches de l’Atlantique Nord qui survivent toujours migrent notamment vers les eaux canadiennes en été, essentiellement dans la Baie de Fundy. Depuis une décennie, une trentaine d’entre elles (soit 10 % de la population) ont même été observées dans le fleuve Saint-Laurent, surtout au large de Percé.

 

Même si, de nos jours, toute chasse est strictement interdite, les menaces qui pèsent sur ces animaux n’en sont pas moins nombreuses. Les fréquentes collisions avec de grands navires constituent sans contredit la plus grande cause de mortalité. En fait, la moitié des décès de baleines noires survenus au cours de la dernière décennie sont attribuables à des rencontres malheureuses avec des bateaux.

 

Les engins de pêche constituent eux aussi une grave menace. Environ 10 % de la mortalité leur est attribuable alors que plus de 60 % des adultes portent des cicatrices de blessures causées par ces engins. En raison de leur répartition côtière, les baleines noires sont susceptibles de rencontrer des engins de pêche partout dans leur aire de distribution, de la Floride (où les femelles vont mettre bas) au Canada.

 

Qui plus est, le rythme de reproduction est très faible. Les femelles ne se reproduisent pas avant l’âge de dix ans. Elles ont alors, au mieux, un veau tous les six ans. Mais elles doivent pour cela rencontrer un mâle, ce qui est en soi complexe lorsqu’une population compte à peine 300 individus.

 

Le statut on ne peut plus précaire de la baleine franche en a fait un symbole des espèces marines menacées, surtout aux États-Unis et au Canada.

 

 

Avec La Presse canadienne