Capitaine Crochet: la situation de la baleine est toujours critique

Capitaine Crochet est une habituée du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Cette baleine d’une vingtaine de mètres doit son nom à sa nageoire dorsale bien arquée vers l’arrière.
Photo: GREMM Capitaine Crochet est une habituée du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Cette baleine d’une vingtaine de mètres doit son nom à sa nageoire dorsale bien arquée vers l’arrière.

Une semaine après avoir été repérée empêtrée dans un engin de pêche, la femelle rorqual commun Capitaine Crochet est toujours aux prises avec ce casier à crabe solidement accroché à sa tête. Et jusqu’ici, toutes les tentatives d’approche menées par une équipe de spécialistes des sauvetages de cétacés ont échoué.

Selon informations disponibles auprès du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), la baleine, vedette du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent depuis 20 ans, se trouve dans une situation «très sérieuse». L’engin de pêche, solidement fixé à sa tête, «offre peu de prise». Les photographies aériennes ont d’ailleurs révélé que les cordages pénètrent profondément dans la chair.
 
Mais surtout, Capitaine Crochet est très difficile à approcher. Il faut dire que le rorqual commun peut nager rapidement, mais aussi effectuer des plongées sur une grande distance. Il devient alors pratiquement impossible de s’en approcher suffisamment pour pouvoir fixer une balise qui permettrait de localiser l’animal plus facilement.
 
En fait, depuis vendredi dernier, plusieurs tentatives se sont avérées infructueuses. Les sauveteurs qui participent à cette opération cherchent d’abord à installer un câble d’une trentaine de mètres qui serait attaché à l’aide d’un grappin sur l’engin de pêche. Ils fixeraient deux bouées à l’extrémité. Leur poids pourrait être suffisant pour casser les cordes retenant l’engin de pêche.
 
Une balise télémétrique au bout de cette ligne permettrait aussi de retracer la baleine facilement. Si ce n’est pas suffisant, la prochaine étape consisterait à rajouter du poids sur la ligne pour immobiliser la baleine et ainsi faciliter les délicates manoeuvres de désempêtrement.
 
Et même si cet animal de plusieurs dizaines de tonnes est libéré, sa survie restera menacée, notamment en raison de ses blessures. L’incident pourrait remonter à la semaine du 20 mai, deux semaines avant son arrivée dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Elle est également amaigrie. Elle doit normalement profiter de tout son séjour dans le Saint-Laurent pour se nourrir. Un rorqual adulte peut manger deux tonnes de nourriture par jour.
 
Cette histoire, qui a semé l’émoi chez les entreprises qui organisent les croisières d’observation des baleines à partir de Tadoussac, a aussi attiré des spécialistes des opérations de sauvetage de cétacés. Parcs Canada et le Centre de coordination du Réseau québécois d’urgences pour les mammifères marins sont chargés de l’opération de sauvetage. Une équipe du Nouveau-Brunswick est aussi venue prêter main-forte aux équipes locales.
 
Une vedette

Capitaine Crochet est une habituée du parc marin du Saguenay–Saint-Laurent. Cette baleine d’une vingtaine de mètres doit son nom à sa nageoire dorsale bien arquée vers l’arrière.
 
Habituellement la première de son espèce à arriver dans le secteur au printemps, elle manquait à l’appel jusqu’au jeudi 6 juin. Elle est normalement vue dès le mois de mai. Cette femelle semble suivre une routine qu’on lui connaît bien, soit une arrivée dès le début de saison pour un long séjour dans son aire d’alimentation, la tête du chenal laurentien. Elle a été aperçue avec un baleineau en 2001 et de nouveau en 2007.
 
Les engins de pêche constituent une menace constante pour les cétacés dans les océans du globe, mais aussi dans le Saint-Laurent. En 2009, le cachalot Tryphon — observé régulièrement depuis 1991 dans le Saint-Laurent — s’est empêtré dans un engin de pêche, et malgré les efforts pour tenter de le sauver, il a été retrouvé mort sur l’île Saint-Barnabé, au large de Rimouski. Il y a deux semaines, une baleine à bosse a aussi été observée empêtrée dans un engin de pêche au crabe dans la Baie des Chaleurs. Des secouristes ont tenté de la libérer, mais sans succès.
 
Au Canada, le rorqual commun — le deuxième plus gros animal de la planète — est inscrit sur la liste des espèces « en péril ». C’est essentiellement la chasse intensive menée au 20e siècle qui a fait disparaître une bonne partie de l’espèce. Les rorquals communs sont aujourd’hui confrontés à plusieurs menaces, dont la principale est la pollution sonore causée par la navigation, l’exploration sismique, le sonar militaire et le développement industriel.
 
L’Islande a annoncé récemment son intention d’abattre 154 rorquals communs de l’Atlantique cette année, une espèce considérée comme menacée de disparition. La viande des animaux mis à mort à l’aide d’un canon à lance-harpon à tête explosive sera exportée au Japon. L’Islande est, avec la Norvège, le seul pays à pratiquer ouvertement une chasse « commerciale » au rorqual commun.