Marée noire: BP devra poursuivre le nettoyage des côtes

Plus de trois ans après l’énorme marée noire qui a frappé le golfe du Mexique, la pétrolière britannique BP a annoncé ce lundi qu’elle doit poursuivre les travaux de dépollution des côtes de la Louisiane. La multinationale a déjà dépensé plus de 14 milliards de dollars depuis 2010 pour tenter de nettoyer cette catastrophe environnementale. Elle prépare aussi des forages dans les eaux de la côte est canadienne.

BP continuera donc les opérations de nettoyage le long de 135 kilomètres de côtes en Louisiane. Le littoral de cet État américain a été le plus touché par la gigantesque marée noire survenue après l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon, en avril 2010. Les quatre mois suivants, le puits a laissé s’échapper pas moins de cinq millions de barils de pétrole dans le golfe du Mexique.

La multinationale de l’énergie fossile a dépensé 14 milliards de dollars pour le nettoyage du golfe. Quand les opérations battaient leur plein en 2010, plus de 48 000 personnes supervisaient le nettoyage de 7081 kilomètres de côtes. Mais en dépit d’opérations de massives organisées pour tenter d’effacer les traces de la pollution pétrolière, BP n’a pas récupéré de grandes quantités de pétrole, qui sont revenues sur les plages au gré de la marée ou des ouragans.

BP, qui avait précédemment annoncé avoir terminé ses opérations de nettoyage au Texas, a par ailleurs indiqué lundi avoir reçu l’autorisation des garde-côtes pour mettre fin à ses opérations de nettoyage dans le Mississippi, l’Alabama et la Floride.

Impacts méconnus

Au-delà des opérations menées par la pétrolière, on connaît encore mal les conséquences de la marée noire sur tout l’écosystème du golfe du Mexique. Des chercheurs universitaires américains ont toutefois découvert que la pire marée noire de l’histoire américaine a eu des effets significatifs sur les succès de reproduction des poissons. Leurs embryons ont connu des malformations, mais aussi des mortalités plus élevées au moment de la reproduction. «Ces effets sont caractéristiques de la toxicité du pétrole», ont souligné les chercheurs, dont les résultats des travaux ont paru le mois dernier dans le magazine Environmental Science and Technology.

Selon eux, cela démontre qu’« il est beaucoup trop tôt » pour prédire les effets à long terme de cette catastrophe environnementale. «Par définition, les effets sur la reproduction et le développement — effets qui peuvent avoir un impact sur les populations — peuvent prendre du temps à émerger.»

Et les impacts dépassent les frontières du golfe du Mexique. Des scientifiques québécois redoutent notamment les impacts de la catastrophe pour la population de fous de Bassan qui passe l’été ici. Il faut savoir que des jeunes de cette espèce passent leurs premières années dans cette région. Les chercheurs s’attendent à voir revenir ceux qui ont fait la route vers le Sud en 2010 l’an prochain. «Est-ce qu’il va y avoir moins de retours des juvéniles? Notre hypothèse, c’est que oui. Si les fous de Bassan sont demeurés dans le golfe, ils ont potentiellement été exposés au pétrole et aux solvants utilisés pour disperser la marée noire. Est-ce que les nouveaux reproducteurs vont arriver en force, ou est-ce qu’il n’y en aura pas du tout? Ça nous inquiète», a expliqué au Devoir Jonathan Verreault, professeur au Département des sciences biologiques et du Centre de recherche en toxicologie de l’environnement de l’UQAM.

Depuis le naufrage de l’Exxon Valdez en 1989 — la pire marée survenue sur le territoire américain avant celle du golfe du Mexique —, plus de 500 déversements importants se sont produits dans le monde.

BP veut forer au Canada

BP doit investir plus d’un milliard de dollars pour mener de l’exploration pétrolière en eau profonde au large de la Nouvelle-Écosse. En vertu de l’entente intervenue l’an dernier avec l’Office Canada-Nouvelle-Écosse des hydrocarbures extracôtiers, la pétrolière britannique a mis la main sur les droits d’exploration de quatre secteurs où elle compte se lancer dans des travaux d’exploration qui devraient s’étendre sur six ans.

Cette zone maritime se caractérise par sa riche biodiversité. Elle constitue un habitat important pour de nombreuses espèces de poissons de fond, dont beaucoup font l’objet d’une pêche commerciale. Tout ce secteur, mais aussi sa périphérie, est aussi un couloir de migration des poissons et des mammifères marins qui transitent par le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent. On y retrouve des poissons-fourrage comme le hareng et le maquereau, mais aussi le thon rouge. Plusieurs espèces de cétacés fréquentent les eaux au sud de la Nouvelle-Écosse, dont le rorqual bleu, la baleine à bosse ou la baleine franche.

Toutes ces espèces sont menacées de disparition, selon la législation canadienne. Ottawa a donc l’obligation légale de protéger l’habitat «sensible» de celles-ci. Le gouvernement canadien prévoyait encore récemment établir une zone de protection marine un peu à l’est de la zone qui sera soumise à des activités d’exploration pétrolière.

Dans son dernier rapport annuel, rendu public en février dernier, le Commissaire fédéral à l’environnement, Scott Vaughan, a souligné «plusieurs lacunes» en ce qui a trait aux mesures d’urgence que les offices fédéraux-provinciaux prévoient en cas de marée noire, notamment sur la côte est. Selon lui, il n’est tout simplement pas possible de préciser «qui jouerait certains rôles clés durant un déversement majeur, ni de quelle manière ces rôles seraient assumés».

Quant à la responsabilité financière des entreprises actives dans l’exploitation des énergies fossiles en cas de déversement, elle n’a pour ainsi pas été révisée depuis 20 ans. Dans le secteur de l’exploitation du pétrole et du gaz au large des côtes, les plafonds canadiens de responsabilité financière sont désuets, selon ce que notait M. Vaughan. En cas d’accident, ils sont de 30 millions dans l’Atlantique et de 40 millions dans l’Arctique.
2 commentaires
  • Maxime Dion - Inscrit 11 juin 2013 13 h 41

    Anticosti


    Et dire qu’une catastrophe de cette nature et de cette ampleur n’a aucun risque de survenir dans l’estuaire du St-Laurent…

    • Raymond Chalifoux - Abonné 12 juin 2013 09 h 02

      Comme Tchernobyl, Fukushima, Three Mile Island...

      L'être humain, ce con, n'apprendra jamais que "toutes ses affaires" sont (très) risquées; du risque énorme venu de la nature même du concepteur-entrepreneur-gestionnaire ie lui-même...

      " Et dire qu’une catastrophe de cette nature et de cette ampleur n’a aucun risque de survenir dans l’estuaire du St-Laurent…" :

      C'est absolument vrai... DANS LE MOMENT...