Et si des saumons génétiquement modifiés se retrouvaient dans la nature…

Des saumons génétiquement modifiés ont été croisés avec succès avec des truites sauvages à l’Université Memorial de Terre-Neuve. Qui plus est, une bonne part des hybrides issus de ces croisements a hérité du transgène qui avait été ajouté au génome de leur parent pour accélérer leur croissance.

Et ce transgène a permis à cette progéniture de prospérer plus rapidement que les espèces sauvages et génétiquement modifiées, et ce, autant dans des conditions d’aquaculture que semi-naturelles. Selon les chercheurs qui ont mené ces expériences, ces observations permettent d’estimer quelles seraient les conséquences écologiques si des saumons transgéniques s’échappaient de leur site d’élevage et se retrouvaient en milieu sauvage.

Le saumon de l’Atlantique (Salmo salar) s’accouple parfois dans la nature avec la truite brune (Salmo trutta), une espèce qui lui est apparentée. Toutefois, les taux d’hybridation dépassent rarement 1%. Par contre, quand ce sont des saumons d’élevage qui se retrouvent dans le milieu naturel, les taux peuvent atteindre jusqu’à 41%. La société américaine AquaBounty Farms a réussi à introduire dans le génome de saumons de l’Atlantique le gène produisant l’hormone de croissance et qui permet à ces poissons transgéniques de croître plus rapidement.

L’équipe du département des sciences de l’océan de l’Université Memorial de Terre-Neuve a réuni en laboratoire de la laitance (le sperme des poissons) et des ovules de truites brunes sauvages et de saumons de l’Atlantique transgéniques. Ces croisements ont donné une progéniture viable, qui dans environ 40% des cas avait intégré le transgène dans leur patrimoine génétique.

Les chercheurs ont ensuite observé qu’en aquaculture, les rejetons hybrides qui avaient hérité du transgène présentaient un taux de croissance plus rapide que celui des espèces sauvages de saumon et de truite, voire même de celui des saumons génétiquement modifiés. Dans l’article qui décrit ces observations et qui est publié cette semaine dans les Proceedings of the Royal society, les scientifiques affirment qu’il s’agit de la première étude démontrant que les hybrides transgéniques détiennent un «avantage compétitif sur leurs parents».

Les scientifiques ont aussi réalisé les mêmes comparaisons dans des conditions imitant le milieu naturel — puisqu’on limitait la quantité de nourriture servie aux poissons. Encore une fois, les hybrides transgéniques ont grandi plus rapidement que les autres espèces sauvages et transgéniques. Mais plus encore, ils ont carrément ralenti la croissance de ces espèces dont ils étaient issus «en leur disputant les sources de nourriture», précise le premier auteur de l’article, Krista Oke qui démarre des études à l’Université McGill.

«Si les hybrides transgéniques conservent bel et bien leur avantage dans des environnements vraiment naturels, ils pourraient s’avérer préjudiciables pour les populations sauvages», préviennent les auteurs de l’article. Mais AquaBounty Farms, qui cherche à obtenir auprès de la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis l’autorisation de produire des saumons transgéniques à des fins commerciales, réplique que ses saumons transgéniques seront tous stériles et élevés dans des bassins bien séparés et isolés des plans d’eau naturels. «Si ce genre de technologies devient plus répandu dans le futur, il faudra s’assurer de maintenir des réglementations aussi rigoureuses», ajoute Mme Ode.
3 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 29 mai 2013 21 h 50

    Frankentruite

    On en a assez des élevages polluants de saumons de "l'Atlantique" venu du Pérou, de ces mêmes élevages issus de la Baie de Fundy qui utilisent à profusion les anti-paraistaires, produits interdits.

    Ces virages transgéniques n'annoncent rien de bon pour l'avenir.

  • Colin Brosseau - Inscrit 30 mai 2013 01 h 38

    Un titre qui fais bien rire

    Quelle bonne blague!

    Au lieu de
    "Et si des saumons [...] se retrouvaient dans la nature…"
    l'auteure aurait plutôt du écrire
    "Et QUAND des saumons [...] se retrouverons dans la nature…"
    Ce n'est qu'une question de temps.

  • André Lacombe-Gosselin - Abonné 30 mai 2013 12 h 14

    Les apprentis-sorciers

    Je ne suis pas contre la recherche scientifique, mais il me semble ici qu'on manque de cette rigueur élémentaire dont on regrettera les conséquences... tout ça pour des $$$ vite faits... :-(