Environnement - Québec se voit comme «partenaire» des pétrolières

Il n’est pas question de freiner le processus d’exploration pétrolière à Anticosti, dit le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Il n’est pas question de freiner le processus d’exploration pétrolière à Anticosti, dit le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet.

Le gouvernement Marois entend agir en « partenaire » des entreprises pétrolières qui comptent exploiter d’éventuelles réserves d’or noir québécois. En entrevue au Devoir, le ministre de l’Environnement, Yves-François Blanchet, a ainsi affirmé que les forages avec fracturation seront permis sur l’île d’Anticosti avant que soit menée l’évaluation environnementale de cette filière. L’étude approfondie des risques liés à l’exploitation du pétrole et du gaz de schiste ne sera d’ailleurs pas complétée avant le dépôt d’un projet de loi sur les hydrocarbures.

« Je ne suis pas là pour dénoncer, condamner ou reprocher. Je suis là pour être un partenaire de prévisibilité pour les entreprises, a expliqué le ministre Blanchet. Les entreprises vont collaborer étroitement avec le ministère. Le ministère va collaborer étroitement avec les entreprises pour qu’on avance ensemble de façon sécuritaire. Le plus grand service qu’on peut rendre aux entreprises est de rassurer la population par rapport à ce qui se passe. Si la population est rassurée, la capacité d’aller de l’avant des entreprises est évidemment plus importante. »

 

Mais pour le ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, il est hors de question de freiner, ne serait-ce que temporairement, le processus d’exploration entrepris sur l’île d’Anticosti sans cadre réglementaire. « Il y a des gens qui veulent qu’on bloque carrément. Ce n’est pas mon but, ce n’est pas mon travail, ce n’est pas mon mandat », a insisté M. Blanchet. Il a toutefois répété qu’il mettra en place « un accompagnement scientifique et réglementaire » des activités d’exploration, sans plus de précisions.

 

Chose certaine, Québec veut savoir « ce qu’il y a là ». Selon des estimations très préliminaires, le sous-sol de la plus grande île du Québec pourrait renfermer jusqu’à 40 milliards de barils de pétrole. Les entreprises Junex et Pétrolia, qui contrôlent la majorité des permis d’exploration sur Anticosti, n’ont pas encore extrait d’énergie fossile du sous-sol de l’île. Mais toutes deux estiment que l’or noir qui s’y trouve serait en fait du pétrole de schiste. Il faudra donc procéder à des opérations de fracturation pour espérer l’exploiter.

 

Yves-François Blanchet entend d’ailleurs les laisser mener de tels travaux. « Il faut être cohérent. On ne peut dire qu’on veut permettre l’exploration, mais qu’on ne permettra pas la fracturation. Ce n’est pas logique », a-t-il laissé tomber il y a quelques jours au cours d’un entretien accordé au Devoir avant de partir pour Washington. Ce voyage, qui se termine ce jeudi, était destiné à promouvoir la stratégie québécoise de lutte contre les changements climatiques.

 

C’est seulement une fois que les entreprises auront terminé l’exploration sur Anticosti que le gouvernement mandatera le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) pour étudier les risques de l’exploitation. Pour le moment, on ignore totalement combien de forages et d’opérations de fracturation seront nécessaires avant de statuer sur la possibilité d’extraire du pétrole.

 

Dire non au gaz de schiste ?

 

Revenant sur la décision péquiste de confier l’épineux dossier du gaz de schiste au BAPE tout en décrétant un moratoire complet, M. Blanchet a souligné qu’un processus d’évaluation environnementale, aussi rigoureux soit-il, pourrait être insuffisant pour ouvrir la porte à l’implantation des gazières dans les basses terres du Saint-Laurent. « Quels que soient les résultats des audiences publiques, ça ne garantit pas l’acceptabilité sociale. Et ultimement, au-delà des considérations environnementales et au-delà des considérations économiques, il n’y a aucun gouvernement qui peut faire abstraction de l’acceptabilité sociale. »

 

Est-ce que Québec pourrait fermer la porte au gaz de schiste si les citoyens maintiennent leurs objections après les travaux du BAPE, en 2014 ? « Je suppose qu’un gouvernement élu démocratiquement va avoir la prudence de demeurer à l’écoute », a souligné le ministre de l’Environnement.

 

Yves-François Blanchet ne voit par ailleurs pas d’incohérence dans le fait que le gouvernement Marois entend déposer dès l’automne un projet de loi sur les hydrocarbures. Or, au moment où il sera présenté, les travaux du BAPE ne seront pas menés à terme pour le gaz de schiste. Mais, selon le ministre, il sera possible de « revenir sur l’enjeu des gaz de schiste à une date ultérieure, ce qui est tout à fait cohérent comme approche ».

 

Québec n’aura pas non plus en main d’évaluation environnementale de la filière pétrolière. Rien n’a jusqu’ici été annoncé pour la Gaspésie ou Anticosti. L’évaluation environnementale pour le golfe du Saint-Laurent se fait toujours attendre.

 

Le ministre Blanchet prévoit cependant préciser d’ici « quelques semaines » les détails de la « consultation » qui sera menée pour étudier le projet d’inversion du pipeline 9B d’Enbridge. Cet oléoduc permettra d’acheminer du pétrole de l’Ouest canadien jusqu’à Montréal. Il n’est pas question d’inclure de réflexion sur l’impact de l’exploitation des sables bitumineux, réputés très polluants, dans l’étude québécoise. Pour Yves-François Blanchet, l’opposition à l’arrivée de pétrole des sables bitumineux au Québec est davantage « philosophique ».

94 commentaires
  • Francine La Grenade - Inscrite 23 mai 2013 00 h 29

    Le mandat du Ministère de l'Environnement n'est pas "d'être partenaire des entreprises"

    Sur le site de ce ministère, on y lit :
    MANDAT
    "Assurer la protection de l’environnement et la conservation de la biodiversité pour améliorer la qualité des milieux de vie des citoyens."
    RÔLE
    la prévention ou la réduction de la contamination de l’eau, de l’atmosphère et du sol;
    la lutte contre les changements climatiques et l’adaptation aux changements climatiques;
    la qualité de l’eau potable;
    la conservation de la biodiversité;
    la réduction, la mise en valeur et la gestion des matières résiduelles;
    la conservation, la protection et la mise en valeur de la faune et de ses habitats.

    Alors mettez vos culottes et surtout mettez vous à VOTRE travail.

    • Alexie Doucet - Inscrit 23 mai 2013 08 h 19

      "Partenaire de prévisibilité pour les entreprises"? Mais où vont-ils chercher ces concepts de type communication-marketing? Ça sent les enveloppes brunes. Au provincial comme au fédéral, on a l'impression d'être dirigés par des conseillers commerciaux travaillant pour le compte des grandes corporations.

    • Julie Carrier - Inscrite 23 mai 2013 12 h 13

      Ma chère Madame, vous avez bien raison sur le fond mais dans les faits le pouvoir n'est plus une affaire de vertu et de voeux pieux..Le vrai pouvoir appartient mainenant aux industriels, aux riches et leurs lobbys, à ceux qui ont des sous..Ce sont eux qui mènent, pas le minstre de l'environnement..L'environnement, madame, on s'en fout..L 'important, c'est de savoir combien ça rapporte et au " guiable " l'eau, l'air, etc...

      Stephen Harper a mis AUX ENCHÈRES 10,000 km/2 de territoire dans le nord pour les industriels ( évidemment le pétrole et les mines ).. C'est quand même juste une seule personne humaine qui a décider ça, comme si ces terres lui appartenait, et qui affectera la vie de millions de personnes..Est-ce que ces millions de personnes ont donné leur accord pour cette initiative..?..A réponse est non. Il n'a pas demandé de permission non plus...

      C'est ça le pouvoir aujourd'hui, quand tu es dans la grosse game de la finance comme Harper ou autres lobbys, tu peux tout te permettre et ce sont eux qui décident. Le monde est rendu là ma chère dame.

      Évidemment, l'humain n'en sortira pas gagnant, car en bout de ligne, c'est la terre-mère qui nous éliminera car notre nature humaine sera incompatible avec l'environnement " normal " que la terre nous avais offert pour vivre à long terme.

    • Pierre Vaillancourt - Abonné 23 mai 2013 13 h 13

      Je suis bien d'accord avec Francine La Grenade pour dire que le ministre doit mettre ses culottes et faire le travail relié à son mandat, soit, entre autres, lutter contre le réchauffement climatique.

      Le rôle du ministre n'est absolument pas de rassurer la population, avant même la publication des études d'impact environnemental, pour que les entreprises puissent aller de l'avant.

      Il est totalement aberrant, révoltant, qu'un ministre de l'environnement refuse toute forme de réflexion sur l’impact de l’exploitation des sables bitumineux, réputés très polluants par tous les intervenants environnementaux : on va amener ce pétrole au Québec pour le raffiner, sans tenir compte des gaz à effet de serre émis par l'exploitation de ces sables bitumineux ?

      Personnellement, je demande que le ministre Blanchet démissionne, car un ministre de l'environnement devrait être parfaitement au courant des ultimes enjeux auxquels nous sommes confrontés et qui sont clairement expliqués dans le documentaire, qu'il faut voir absolument, « Do the math », réalisé par l'organisme 350.org et par son fondateur, M. Bill McKibben (hélas, en anglais seulement...) :

      http://www.youtube.com/watch?v=IsIfokifwSo

      Des décisions importantes, difficiles mais incontournables, doivent être prises à très court terme par des pays qui devront pousser dans le dos des récalcitrants. Le Québec pourrait être du nombre s'il avait un vrai ministre de l'environnement.

  • Francine La Grenade - Inscrite 23 mai 2013 00 h 51

    Incroyable!

    M Blanchet nous dit:

    "Je suis là pour être un partenaire de prévisibilité pour les entreprises"

    "Le plus gros service qu'on peut rendre aux entreprises c'est de rassurer la population par rapport à ce qui se passe"

    "On ne peut dire qu’on veut permettre l’exploration, mais qu’on ne permettra pas la fracturation. Ce n’est pas logique."

    J'aurais préféré un ministre de l'Environnement qui joue son rôle, justement:

    "Le mandat du Ministère de l'Environnement, et donc le mien, est d'assurer la protection de l’environnement et la conservation de la biodiversité pour améliorer la qualité des milieux de vie des citoyens."

    "Le plus gros service qu'on peut rendre aux citoyens, c'est de leur assurer un milieu de vie de haute qualité, et cela prime sur les intérêts financiers d'une poignée d'entreprises"

    "On ne peut pas permettre la fracturation, nécessaire à l'exploration, avant de connaître les effets de cette pratique sur l'environnement, notamment sur la qualité de l'eau potable et des sols, ainsi que sur la biodiversité locale. Ce n'est pas logique."

  • Francine La Grenade - Inscrite 23 mai 2013 01 h 06

    En fait je n'y crois pas...

    M. le Ministre, votre mandat comprend, entre autres, "la protection de l'environnement", "la préservation de la qualité de l'eau" et "la mise en valeur de la faune et de ses habitats". C'est clair et c'est écrit noir sur blanc sur le site du Ministère. Or vous prétendez qu'empêcher la fracturation hydraulique sur l’île d’Anticosti n'a rien à voir avec votre mandat. C'est vous qui n'êtes pas logique. Ou bien vous vous êtes trompé de ministère...

  • Marie-Hélène Parant - Inscrit 23 mai 2013 02 h 01

    Incohérence

    Je vois que le Gouvernement PQ et son Ministre de l'Environnement M. Blanchet manquent de données scientifiques et d'experts pour les informer véritablement et leurs permettre de prendre des décisions cohérentes face à ce fléau qu'est le pétrole et gaz de schiste.

    J'invite donc la population de Québec (et les députés de l'Assemblée Nationale) à venir écouter la conférence "Les risques et enjeux de l'exploitation du pétrole de roche-mère d'Anticosti" de Marc Durand doct-ing en géologie appliquée à l'événement Anticosti / Notiskuan le 4 juin 2013, de 5 à 7 pm.

    Cet événement citoyen a été mis sur pied (et sans budget) pour informer la population sur les risques très grands que comporte cette exploitation et qui sont encourus dès le stade de l'exploration.

    Anticosti / Notiskaun le 4 juin 2013, de 5 à 7 pm
    Salle Studio Multi, Centre Méduse
    591 rue de Saint-Vallier Est, Ville de Québec
    plus d'infos www.ile-anticosti.ca

    Marie-Hélène Parant

    • Victoria - Inscrite 23 mai 2013 07 h 40

      Comme si personne ne le savait… pour le schiste.

      « Les entreprises Junex et Pétrolia,… Mais toutes deux estiment que l’or noir qui s’y trouve serait en fait du pétrole de schiste. »

      Tout est là aux Ressources naturelles Canada : http://www.rncan.gc.ca/sciences-terre/produits-ser

      Chasser le naturel, il revient au galop!
      Le ministre n’était-il pas un promoteur avant d’être en politique?

  • Richard Evoy - Abonné 23 mai 2013 06 h 17

    Se soulever ou mourir

    Notre adhésion inconsciente aux valeurs corporatives de compétition et de recherche du profit au-dessus de tout autre considération nous enferment dans une logique de mort qui causera la perte de l'humanité si nous ne faisons pas individuellement un effort conscient pour nous en libérez.

    Je vous invite à lire le dernier article de Chris Hedges, un ancien journaliste du New York Times et prix Pulitzer, qui, dégoûter par la servilité des gouvernements et des médias vis a vis des corporations, a démissionner de son poste pour se consacrer à la dénonciation des abus et des manipultions de ce qu'il appelle le "Corporate State".


    http://www.truthdig.com/report/item/rise_up_or_die

    • France Marcotte - Abonnée 23 mai 2013 07 h 46

      Merci.
      J'ai lu dernièrement de lui un essai bouleversant d'analyses éclairantes: «La mort de l'élite progressiste» dont on n'a jamais entendu parler dans Le Devoir non plus, et pour cause.

    • Jacques Beaudry - Inscrit 23 mai 2013 10 h 34

      Je vous suggère le terme " corporatocratie ".

    • Danielle - Inscrit 23 mai 2013 10 h 54

      Se soulever ou mourir avant qu'on nous tue est exact! JAMAIS il n'y aura d'acceptabilité sociale à St Denis sur Richelieu ni ailleurs. Alors, oubliez ça toute suite! Nous ne sommes pas des enfants dans le besoin d'être rassurés. Nous sommes des adultes conscients des dangers et la démocratie se doit d'être respectée!

    • France Marcotte - Abonnée 23 mai 2013 11 h 32

      Oh désolée, ça m'a échappé monsieur Alexis. Mes excuses au Devoir.

      Je mérite vos reproches. Mais mauvaise foi?

    • France Marcotte - Abonnée 23 mai 2013 11 h 43

      Dans la traduction française on disait l'État-entreprise.

    • Alexis Lamy-Théberge - Abonné 23 mai 2013 13 h 29

      La locution «de bonne foi» renvoyait à l'usage de «et pour cause», où je sentis poindre un jugement inconsidéré et non appuyé. Mon côté chevaleresque j'imagine.

      Respectueusement.

    • Sylvie Poirier - Inscrite 23 mai 2013 21 h 06

      Merci pour votre commentaire. Vous êtes un homme renseigné. Vous voyez plus clair que ce vieux parti. Ils nous tuent à petit feu eux-aussi. L'air Charest est terminé que j'ai l'impression de goûter à la même médecine. PQ égale-t-il PLQ ?