Harper à New York pour vanter Keystone XL

Après son ministre des Ressources naturelles le mois dernier, c’était jeudi au tour du premier ministre Stephen Harper de se rendre aux États-Unis pour tenter de convaincre Washington de donner le feu vert au projet d’oléoduc Keystone XL, qui faciliterait l’exportation du pétrole tiré des sables bitumineux albertains.


Le chef conservateur a présenté le projet de l’entreprise TransCanada comme une panacée environnementale en comparaison des autres moyens envisagés pour exporter une production canadienne en pleine croissance. «La seule question environnementale en cause ici est si nous voulons augmenter le flux de pétrole provenant du Canada par oléoduc ou par rail, qui est un défi beaucoup plus grand pour l’environnement en termes d’émissions et de risques», a soutenu M. Harper devant le Council on foreign relations.


Durant son allocution, le premier ministre a aussi répété que ce projet de transport de 830 000 barils de brut sur une base quotidienne améliorerait la sécurité énergétique des États-Unis. «Ce projet acheminera suffisamment de pétrole pour réduire la dépendance offshore des États-Unis de 40 %. C’est un avantage énorme pour les États-Unis en termes de sécurité énergétique», a-t-il déclaré.


«Ces facteurs, y compris les facteurs environnementaux, expliquent pourquoi il y a un niveau de soutien public écrasant pour cet oléoduc aux États-Unis», a ajouté Stephen Harper. Selon un sondage dévoilé le mois dernier, 70 % des Américains et 60 % des Canadiens ont une opinion «positive» ou «plutôt positive» du projet Keystone XL. Une majorité d’Américains (63 %) et de Canadiens (55 %) jugent d’ailleurs plus important d’assurer l’indépendance énergétique du continent que de lutter contre les gaz à effet de serre, précise le sondage. Les Québécois (53 %) sont les seuls habitants des deux pays à penser majoritairement le contraire.


Mise en garde à Washington


Ottawa est pressé de trouver de débouchés pour les ressources énergétiques fossiles du Canada, alors que la production des sables bitumineux doit doubler au cours des prochaines années, pour atteindre 3,5 millions de barils par jour.


Le mois dernier, le ministre des Ressources naturelles Joe Oliver a carrément servi une mise en garde au gouvernement du président Barack Obama, qui doit décidé ou non d’autoriser le projet Keystone XL. «Les États-Unis vont devoir faire un choix: ils peuvent choisir le Canada, un ami, un voisin et un allié, pour s’approvisionner en pétrole, ou ils peuvent choisir d’importer ce pétrole de pays moins amicaux, moins stables, et avec des règles environnementales moins strictes, voire pas de règles du tout», a martelé M. Oliver lors d’une conférence devant le Centre pour les études stratégiques et internationales.


Le ministre a aussi averti qu’un refus de ce projet cher au lobby de l’énergie fossile constituerait un dangereux précédent pour les relations entre Ottawa et Washington. «Sans aucun doute, d’autres oléoducs vont être construits aux États-Unis, que Keystone XL soit approuvé ou rejeté. Mais rejeter ce projet constituerait un sérieux revers dans la relation énergétique de longue date entre nos deux pays», a-t-il laissé tomber.


Le projet Keystone XL doit permettre de faire couler du pétrole brut de l’Alberta jusqu’au golfe du Mexique. Ce nouveau tronçon de pipeline de près de 2000 kilomètres de long doit être construit entre l’Alberta et le Nebraska, où il serait raccordé à une autre conduite géante transportant du pétrole vers les raffineries du golfe du Texas. Le démarrage était initialement prévu fin 2014 ou début 2015, mais la mise en service a été repoussée de six mois. TransCanada s’attend également à un dépassement des coûts.


Des scientifiques et des groupes écologistes estiment que Keystone XL présente des risques environnementaux majeurs, notamment pour le climat. Un ancien haut dirigeant de la NASA a ainsi pressé l’an dernier Barack Obama de laisser tomber l’importation de pétrole extrait des sables bitumineux. «Si le Canada va de l’avant, et si nous laissons faire, ce sera la fin pour le climat actuel», a affirmé James Hansen, membre du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat.


L’Agence de protection de l’environnement (EPA) a aussi souligné que l’étude d’impacts menée pour le projet Keystone comportait une lacune majeure: elle ne précise pas qu’en cas de déversement dans un cours d’eau, une part importante du pétrole brut peut carrément couler au fond, ce qui rend le nettoyage beaucoup plus ardu.

 

«Énergie renouvelable»


Ottawa tient tellement à vendre le pétrole des sables bitumineux que les conservateurs sont près à traîner des États devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC) au besoin. La semaine dernière, le ministre Joe Oliver a menacé d’attaquer l’Union européenne devant le tribunal de l’OMC en raison de la volonté de l’Europe d’identifier le pétrole des sables bitumineux comme étant «très polluant».


Il faut dire que le gouvernement Harper ne tarit pas d’éloges lorsque vient le temps de faire la promotion de l’exploitation des sables bitumineux. Il a d’ailleurs lancé récemment un appel pour des projets de recherche dans lequel il présente ces sources d’énergie fossile comme des «ressources renouvelables», a révélé Le Devoir.


Harper dit non aux cibles de réduction

M. Harper a par ailleurs déclaré jeudi que l’imposition de cibles ou le plafonnement de la croissance économique ne sont pas des avenues permettant de réduire les gaz à effet de serre. Selon lui, il faudrait plutôt miser sur une technologie plus sophistiquée, de même que sur l’imposition d’un protocole international à tous les États, même ceux des économies émergentes.


Le gouvernement conservateur n’entend pas s’engager davantage dans un nouveau traité international qui prendrait le relais sur Kyoto sans une implication de tous les gros pollueurs. «Un grand nombre de pays, depuis la signature du protocole de Kyoto, sont devenus des économies très différentes basées sur des industries différentes, a expliqué en décembre le ministre de l’Environnement Peter Kent, au moment où se terminait la 18e conférence des Nations unies sur le climat. Et pourtant, ils s’accrochent toujours au statut de pays en développement. Je pense à des pays comme le Brésil, l’Inde et la Chine.»


Pour le moment, difficile de voir quelle forme prendrait un futur traité qui inclurait pas moins de 190 pays et qui devrait être conclu en 2015 pour entrer en vigueur en 2020. Entre la Chine qui défend une feuille de route le moins contraignante possible et l’Union européenne qui souhaite au contraire s’assurer que le processus de discussions sera bien encadré dès l’année prochaine, plusieurs scénarios restent ouverts.


Le Devoir


Avec l’Agence France-Presse et La Presse canadienne

3 commentaires
  • Hal Perry - Inscrit 17 mai 2013 10 h 10

    Einstein avait raison

    «Il n'existe que deux choses infinies, l'univers et la bêtise humaine... mais pour l'univers, je n'ai pas de certitude absolue.»

  • Pierre Denis - Inscrit 17 mai 2013 17 h 00

    Le commis voyageur...

    ... à la solde des pétrolières qui poursuit sa route. On devrait exiger que son salaire soit payé par eux et non les contribuables canadiens dont il n'a rien à foutre des intérêts.

  • Julie Carrier - Inscrite 17 mai 2013 18 h 48

    Faire peur..

    Mais oui, si ce n'est pas par pipeline, ce sera par train et bla, bla, bla..Icitte on fait peur au monde à soir..Chantage...!!..C'est juste un grand parleur, il endort le monde et le monde se laisse faire.

    À l'écouter, c'est rendu que le pétrole c'est bon pour l'environnement..Non mais il prend vraiment le monde pour des tarés.. Qui va lui dire de se calmer..?

    Il se croit tout permis ou quoi..?..J'aimerais bien qu'Obama lui dise que c'est pas lui qui même aux States..C'est pas lui le boss, non plus qui décide.. Ce serait cool ça..!