Réchauffement: la responsable de l’ONU pour le climat appelle les États à «se réveiller»

Les prévisions des scientifiques indiquent que la concentration de CO2 devrait atteindre 450 ppm d’ici quelques décennies. Si les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère ne cessent d’augmenter et si la tendance se poursuit, la hausse du thermomètre devrait être de 3 à 5°C.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Les prévisions des scientifiques indiquent que la concentration de CO2 devrait atteindre 450 ppm d’ici quelques décennies. Si les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère ne cessent d’augmenter et si la tendance se poursuit, la hausse du thermomètre devrait être de 3 à 5°C.

La responsable de l’ONU pour le climat, Christiana Figueres, a prévenu lundi que les États doivent «se réveiller» et prendre conscience des menaces qui découlent de l’augmentation des concentrations de CO2 dans l’atmosphère terrestre. La planète a franchi jeudi dernier un seuil qui entraîne de plus en plus l’Humanité vers des bouleversements climatiques aux conséquences dramatiques.

«Avec 400 parties par millions de CO2 dans l’atmosphère, nous avons dépassé un seuil historique et nous sommes entrés dans une nouvelle zone de danger», a déclaré Mme Figueres par voie de communiqué. «Le monde doit se réveiller et prendre note de ce que cela signifie pour la sécurité des humains, leur bien-être et le développement économique», a-t-elle ajouté.

Les relevés effectués à l’observatoire Mauna Loa d’Hawaï ont démontré que la concentration de dioxyde de carbone a atteint 400,03 parties par million (ppm) jeudi dernier. Il s’agit d’une mesure ponctuelle et non d’une moyenne annuelle — qui sera atteinte —, mais ce seuil symbolique est le signe que la planète est lancée sur la trajectoire d’un réchauffement inquiétant. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat est d’ailleurs formel: pour parvenir à limiter le réchauffement climatique entre 2°C et 2,4°C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait que la concentration de CO2 plafonne entre 350 et 400 ppm.

Les prévisions des scientifiques indiquent toutefois que la concentration de CO2 devrait atteindre 450 ppm d’ici quelques décennies. Si les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère ne cessent d’augmenter et si la tendance se poursuit, la hausse du thermomètre devrait être de 3 à 5°C. Une telle situation «déclencherait une cascade de changements cataclysmiques, dont des vagues de chaleur extrême, une chute des stocks alimentaires et une montée du niveau de la mer frappant des centaines de millions de personnes», selon la Banque mondiale.

Le temps presse

Estimant qu’il y a «toujours une chance d’échapper aux pires effets du changement climatique», Christiana Figueres a appelé la communauté internationale à apporter une «réponse politique qui relève vraiment le défi».

Mais le plus difficile est à venir. Il est de plus en plus urgent de mettre la table pour un accord universel qui pourrait être conclu en 2015 et entrerait en vigueur dès 2020. Pour le moment, difficile de voir quelle forme prendrait un futur traité qui inclurait pas moins de 190 pays. Entre la Chine qui défend une feuille de route le moins contraignante possible et l’Union européenne qui souhaite au contraire s’assurer que le processus de discussions sera bien encadré dès l’année prochaine, plusieurs scénarios restent ouverts. La Chine produit aujourd’hui 25% des émissions mondiales de CO2, contre 11% pour l’Union européenne.

De son côté, e gouvernement Harper n’entend pas s’engager davantage sans une implication de tous les gros pollueurs. «Un grand nombre de pays, depuis la signature du protocole de Kyoto, sont devenus des économies très différentes basées sur des industries différentes, a expliqué en décembre le ministre de l’Environnement Peter Kent, au moment où se terminait la 18e conférence des Nations unies sur le climat. Et pourtant, ils s’accrochent toujours au statut de pays en développement. Je pense à des pays comme le Brésil, l’Inde et la Chine.»

Effets sur la biodiversité

Une étude parue dimanche a alerté sur les effets attendus du réchauffement sur la biodiversité avec plus de la moitié des espèces végétales et d’un tiers des espèces animales les plus communes qui devraient voir l’espace propice à leur existence réduit de moitié d’ici 2080, si la tendance actuelle se poursuit.

Des chercheurs de l’université britannique de East Anglia se sont intéressés à l’impact d’une telle montée du mercure sur les «zones climatiques» de 48 786 espèces, soit les espaces où les conditions climatiques sont propices à leur existence. D’après leurs conclusions, publiées dans la revue Nature Climate Change, quelque 55% des plantes et 35% des animaux pourraient voir cet espace réduit d’au moins de moitié d’ici 2080.

Ce sont les plantes, les amphibiens et les reptiles qui sont le plus «à risque» car le rythme de leur capacité d’adaptation est plus lent que celui du changement climatique, soulignent les chercheurs. Les zones les plus touchées seraient l’Afrique subsaharienne, l’Amérique centrale, l’Amazonie et l’Australie.

Selon la chercheuse Rachel Warren, ces estimations se situent «probablement dans la fourchette basse» dans la mesure où elles ne prennent en compte que l’impact de la hausse des températures et pas les événements extrêmes induits par le changement climatique comme les cyclones ou les inondations.

«Les populations d’animaux en particulier pourraient disparaître plus que nous ne l’estimons avec moins de plantes disponibles pour les nourrir», a-t-elle expliqué dans un communiqué présentant l’étude. «Il y aura aussi des retombées sur les hommes, car il y a des espèces qui sont importantes pour la purification de l’eau et de l’air, pour limiter les inondations et le cycle de l’alimentation», a-t-elle ajouté.

Avec l’Agence France-Presse
6 commentaires
  • Richard Fradette - Abonné 13 mai 2013 16 h 34

    Aux responsables, je dis : holà, pas sur ma planète

    Les émissions de gaz à effet de serre s'emballent alors qu'il y a urgence de les réduire. Atténuer les effets en facilitant l'adaptation n'est pas suffisant, il faut mettre le holà aux causes. Vivre dans un environnement sain est un droit humain. Il faut inscrire ce droit fondamental dans les chartes de droits et libertés pour éviter le pire. Il y a bien des normes nationales minimales pour protéger l'environnement contre plusieurs produits toxiques mais il n'y a pas de normes internationales minimales pour la pollution globale par les gaz à effets de serre. Il faut corriger ça, faire des lois, des chartes et des conventions internationales. Les négociations internationales semblent bloquées. Le Canada fait le pitre. Les petites localités refusent de polluer leur petit coin de terre mais les nations acceptent de polluer la Terre entière. Les petits propriétaires respectent la propriété privée et, aux petits pollueurs, chacun dit : «pas dans ma cour». Nous, peuples des Nations Unies, pouvons-nous respecter le bien commun et, aux grands pollueurs, pouvons-nous dire : pas sur ma planète !

  • Marc Bergeron - Inscrit 14 mai 2013 00 h 57

    Deux cotés de la bouche

    On favorise la biomasse à l'ONU cependant on dénonce l'augmentation des particules fines dont la combustion de biomasse et bois et le diesel sont de grands responsables et de l'autre côté l'OMS dénonce la biomasse comme étant un mauvais choix pour des raisons de pollution et surtout de santé.

    • Yvan Dutil - Inscrit 14 mai 2013 08 h 15

      Quite à me répéter. La biomasse, ce n'est pas la même chose que les poëles à bois. Les chaudières à biomasse présentent d'une part une combstion très supérieure à ces derniers, de plus elles sont équipées de filtres qui réduisent considérablement la pollution.

    • Éric Cyr - Inscrit 14 mai 2013 19 h 26

      Il faut abandonner tous les hydrocarbures d'urgence, ça inclut le méthane de la biomasse.
      Le vent, l'eau et le soleil ont tout le potentiel de fournir FACILEMENT l'énergie au monde entier pour des siècles.

      Le seul obstacle à leur déploiement? Les pushers d,énergies ne peuvent se les accaparer!

    • Julie Carrier - Inscrite 15 mai 2013 17 h 40

      Oui, il faut que les populations entières cessent de brûler du gaz. Il faut changer. Est-ce si difficille à comprendre..?

      Le Canada préside le Conseil de l'Arctique. Quelle mauvaise nouvelle.

  • Marc Bergeron - Inscrit 16 mai 2013 14 h 02

    Pourquoi pas de solaire et géothermie au Québec?

    Que cherche les gens pour défendre ainsi à tout prix la biomasse, même le chauffage au bois qui émet tant depollution et de Gaz à effet de serre? La mascarade à assez durée avec le carbone. Je n'encourage aucunement le pétrole mais constater de dire que cela provient aussi de végétation. Seul le vent, la chaleur de la terre ou le soleil est en mesure d'éviter des pollutions mais ne fait certainement pas l'affaire des certains profiteurs des ressources qui désirent s'enrichir. Le bois avez-vous pensez dans le futur combien vaudra la ressource en plus de tuer à petit feu? Pensez-vous sincèrement que sulement les résidus de bois seront utiliser? Pourquoi accepter la récolte de bois brûler alors qu'il faut souvent investir pour des routes. et comment se protéger d'un imbécile pour avoir du travail y met le feu? etc. Quand un chef d'Association pour l'air est producteur de bois que devons-nous croire? Comment controler avec quoi on chauffe vidanges? Ce qui est bon pour le gouvernement est bon pour le citoyen imbécile qui brûle des déchets? On joue avec le feu et nos santé ainsi que le respect des autres.