CO2: un seuil symbolique est franchi

Los Angeles sous le smog. La dernière fois que la planète a connu une concentration de plus de 400 ppm de CO2, c’était il y a environ trois millions d’années.
Photo: Agence France-Presse (photo) Frederic J. Brown Los Angeles sous le smog. La dernière fois que la planète a connu une concentration de plus de 400 ppm de CO2, c’était il y a environ trois millions d’années.

Au moment où le ministre canadien Joe Oliver complétait sa tournée de promotion des sables bitumineux en Europe, l’Agence américaine océanique et atmosphérique a révélé vendredi que l’air de la planète vient de franchir un seuil historique de concentration de CO2 - un signe incontestable que la Terre se dirige vers des bouleversements climatiques aux conséquences désastreuses pour l’humanité.


Selon ce qui ressort des relevés effectués à l’observatoire Mauna Loa d’Hawaï, la concentration de dioxyde de carbone a atteint 400,03 parties par million (ppm) jeudi. Or, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat est formel : pour parvenir à limiter le réchauffement climatique entre 2 °C et 2,4 °C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait que la concentration de CO2 plafonne entre 350 et 400 ppm. Les prévisions des scientifiques indiquent toutefois que la concentration de CO2 devrait atteindre 450 ppm d’ici quelques décennies.


De plus en plus d’organisations, dont la Banque mondiale, prédisent que l’inaction internationale nous conduit vers une hausse qui pourrait atteindre 4 °C dès 2060. Une telle situation « déclencherait une cascade de changements cataclysmiques, dont des vagues de chaleur extrême, une chute des stocks alimentaires et une montée du niveau de la mer frappant des centaines de millions de personnes », selon la Banque mondiale.

 

Responsabilité humaine


Quoiqu’en pensent les climatosceptiques, il semble bel et bien acquis que l’activité humaine est liée à l’augmentation des taux de CO2. Depuis les premières mesures, établies à 316 ppm en 1958, la courbe croît sans cesse. Jusqu’à la révolution industrielle, menant au recours massif aux énergies fossiles, ce taux n’avait pas dépassé les 300 ppm durant au moins 800 000 ans, selon des prélèvements dans la glace polaire.


« La dernière fois que la planète a connu une concentration de plus de 400 ppm de CO2, c’était il y a environ trois millions d’années, quand la température globale était deux à trois degrés plus élevée qu’à l’ère préindustrielle », a souligné Bob Ward, directeur des communications de l’Institut de recherche Grantham sur le changement climatique et l’environnement de la London School of Economics and Political Science, à l’Agence France-Presse (AFP).


« Les calottes polaires étaient plus petites et le niveau des mers était environ 20 mètres plus haut qu’aujourd’hui. Nous sommes en train de créer un climat préhistorique dans lequel notre société va devoir faire face à des risques énormes et potentiellement catastrophiques », a-t-il ajouté.


Selon Michael Mann, spécialiste du climat à l’Université de Penn State, le principal problème est la vitesse avec laquelle les concentrations de CO2 augmentent. « Il n’y a aucun précédent dans l’histoire de la Terre où on a assisté à une augmentation aussi abrupte dans les concentrations de gaz à effet de serre », a-t-il dit à l’AFP. « Il a fallu à la nature des centaines de millions d’années pour modifier les concentrations de CO2 à travers des processus naturels, comme l’enfouissement du carbone. Et nous, nous le déterrons, mais pas sur 100 millions d’années. Nous le déterrons et le brûlons sur une échelle de 100 ans, un million de fois plus vite », a aussi dit M. Mann.


Concrètement, il faudrait s’attaquer au secteur énergétique. Actuellement, environ 60 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) dans le monde sont liées au CO2 de l’énergie. Mais les négociations en vue de parvenir d’ici 2015 à un nouvel accord contraignant de réduction des GES piétinent. Et le gouvernement Harper a tout simplement jeté à la poubelle le protocole de Kyoto.


 

Avec l’Agence France-Presse

11 commentaires
  • Julie Carrier - Inscrite 11 mai 2013 09 h 44

    Bravo..

    Bravo Joe Oliver..!..Que vous êtes grand..

    Terre, on s'excuse...

  • Gilbert Talbot - Abonné 11 mai 2013 09 h 55

    Mais qu'est-ce qu'on attend ?

    Quand même la Banque mondiale sonne l'alarme, ça devrait éveiller les plus sceptiques politiciens occidentaux, non ? Quand même la Chine se donne des priorités de protection de l'air de ses villes, ces politiciens occidentaux devraient trouver ça encourageant non ? Quand l'Europe augmente ses objectifs d'abaissement de GES, ça devrait aussi sonner une cloche du gouvernement canadien qui veut conclure une entente de libre-échange avec l'Europe. L'Europe n'acceptera pas, dans ce contexte, l'exportation du pétrole sale des sables bitumineux de l'Alberta. Même Obama retient encore la décision de construire ce pipeline qui transportera ce pétrole de l'Alberta jusqu'au Texas. Alors pourquoi M. Harper lui ne comprend rien à ce que dit la science du climat ? Pourquoi s'entête-t-il à prétendre que le pétrole est une énergie renouvelable ? Que son pétrole est plus propre éthiquement que celui du monde arabe ? Réveillez-vous M. Harper, les temps s'échauffent !

    • Éric Cyr - Inscrit 11 mai 2013 16 h 37

      Ça démontre que ce sont les pétrolières qui ont le vrai pouvoir et que Harper travaille avec elles.

  • Pascal Barrette - Abonné 11 mai 2013 14 h 54

    The Hades Ploy

    On pourrait remplacer le «College Boy» crucifié de Xavier Dolan par la planète Terre, le message serait sensiblement le même. Nos cellulaires, nos détecteurs enregistreraient bêtement l'hécatombe imminente. Les yeux bandés, les Oliver-Harper béats ne feraient rien pour l'empêcher de survenir. Leur maître Ploutos, dieu de la richesse à qui Zeus fit perdre la vue, jetterait un sourire diabolique sur la scène sans voir que bientôt il n'y aurait plus aucune île sur terre où aller faire titiller son or noir. Le titre du clip serait «The Hades Ploy», «Le stratagème de Hadès», maître des Enfers.

    Pascal Barrette, Ottawa

  • Richard Fradette - Abonné 12 mai 2013 14 h 46

    Mettre le holà

    À l'évidence, il faut mettre un holà au moteur qui aggrave cette crise. Les questions d'éthique sont pertinentes pour tous les individus et tous les groupes de la société sans distinction de culture ou de hiérarchie sociale.

    -1-
    Pouvons-nous mieux informer les populations de la venue de cette crise à venir dont le pire est encore évitable afin de les aider à exercer les recours nécessaires pour leur éviter le pire ?
    -2-
    Pouvons-nous permettre que les affaires se placent au-dessus du respect des valeurs humaines ?
    -3-
    Pouvons-nous être si égoïstes qu'il faille sacrifier les écosystèmes et les générations futures pour maintenir en place pour quelque temps encore un système désuet qui profite à de moins en moins de gens ?
    -4-
    Pouvons-nous favoriser l'individualisme militant qui porte à agir par soi-même pour le bien commun en toute conscience de l'interdépendance écologique et sociale pour relever les défis sur les enjeux qui conditionnent notre bien-être, voire notre survie ?
    -5-
    Pouvons-nous contrer cette malveillance si laide à la source de l'injustice des uns à l'égard des autres et du saccage de la nature ?

  • Mario Paquette - Inscrit 12 mai 2013 20 h 36

    M. Harper le signal d alarme sonne dans la maison !!!!!!!!!

    Un signal d alarme est la pour prévénir d un vol ou d un début d incendie. Si on ne s en préoccupe pas les voleurs parte avec le magot ou l incendie fait rage est devient destructif.

    Après des années de recherche dans les glaces de L Articque (glaces vierge et intacts) afin d identifier la quantité de CO2 présent dans l atmosphère il y a des milliards d années et y associer les grands bouleversements terrestre du passé, dans les revelés Océanique sur le tempéture des fonds marins de l eau etc....

    Peut-on écoute l alarme qui sonne car la suite selon les scientifiques n est pas très joyeuse,, tout se précipite de manière expotenciel après une courbe de dépassements des températures (des bouleversements climatiques aux conséquences désastreuses) tsunamie, innodantion, sécheresse, famine. Un peu comme un braisier qui se déchaine avant de laisse ses cendres.

    Réduisons notre dépendance aux carburant fossiles et nos émissions de GES au Canada. Le seul moyen faire un virage de 180 degré vers les énergies nouvelles renouvelable et vertes. Fini le gateau de bitume des sables $$$$$$$$ laisser a vos enfants et petits enfants un milieu de vie agréable et serins pour leur dévelloppement.