Hydrocarbures - La Gaspésie veut une évaluation du BAPE

Les membres de la Conférence régionale des élus Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (CRÉGÎM) estiment que la situation en Gaspésie doit être étudiée « de manière sérieuse » et « indépendamment » des intérêts des pétrolières.
Photo: Thierry Haroun Le Devoir Les membres de la Conférence régionale des élus Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine (CRÉGÎM) estiment que la situation en Gaspésie doit être étudiée « de manière sérieuse » et « indépendamment » des intérêts des pétrolières.

Québec a mandaté le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement pour évaluer les impacts liés à une éventuelle exploitation des hydrocarbures dans les basses terres du Saint-Laurent et aux îles de la Madeleine, et il n’y a donc aucune raison qui justifie de ne pas mener une évaluation environnementale stratégique pour l’île d’Anticosti et la Gaspésie, selon les élus de la région. Le gouvernement Marois n’a rien annoncé en ce sens jusqu’à présent.


Les membres de la Conférence régionale des élus Gaspésie -Îles-de-la-Madeleine (CREGIM) estiment que la situation en Gaspésie doit être étudiée « de manière sérieuse » et « indépendamment » des intérêts des pétrolières. « Nous sommes convaincus qu’une évaluation environnementale permettra d’apporter des réponses à plusieurs questions essentielles que l’on entend fréquemment », affirme le vice-président de la Conférence et responsable du dossier, Joël Arseneau.


« Avec la mise en place d’audiences du BAPE aux îles de la Madeleine, on peut dire que la majorité des territoires où il y a de l’exploration et de l’exploitation des hydrocarbures au Québec font l’objet d’études environnementales. Seules Anticosti et la Gaspésie sont exclues d’un tel processus », rappelle pour sa part le président de la CREGIM, M. Bertrand Berger.


Au moment d’annoncer que le BAPE allait étudier les possibles impacts de l’exploration pétrolière et gazière aux îles de la Madeleine, le ministre Yves-François Blanchet a fermé la porte à la tenue d’un BAPE en Gaspésie, la région du Québec où l’exploration pétrolière est la plus avancée et suscite de vives inquiétudes. Selon le ministre du Développement durable, de l’Environnement, de la Faune et des Parcs, un BAPE doit se tenir « en amont ». Or, il juge qu’en Gaspésie, « le projet est enclenché. On doit le gérer tel qu’il existe. » Pas question donc de mandater l’organisme pour étudier les divers impacts environnementaux des forages ou encore les risques associés à d’éventuelles opérations de fracturation.


M. Blanchet n’a pas « exclu » de mandater le BAPE pour étudier le cas d’Anticosti. Il a toutefois soutenu que les gens qui réclament un tel exercice proviennent plutôt de l’extérieur de la plus grande île du Québec. La première ministre Pauline Marois s’est quant à elle engagée à mandater le BAPE, mais seulement une fois que les pétrolières auront déterminé s’il y a un potentiel commercial. Pour le reste, la leader souverainiste refuse de mener une étude générique sur l’industrie pétrolière.


Le gouvernement péquiste compte présenter un projet de loi sur l’exploration et l’exploitation de l’énergie fossile pour une adoption dès cet automne. L’évaluation environnementale de l’industrie pétrolière et gazière ne sera pas complétée avant le dépôt du projet de loi. En 2010, les libéraux avaient manifesté leur intention de légiférer pour encadrer l’industrie du gaz de schiste avant d’en avoir évalué les impacts sociaux et environnementaux.

6 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 27 avril 2013 11 h 36

    Noir bonnet et bonnet noir...

    «Il a toutefois soutenu que les gens qui réclament un tel exercice proviennent plutôt de l’extérieur de la plus grande île du Québec»

    Ça ressemble drôlement à la décision du gouvernement Harper de n'écouter en audiences publiques que les gens directement affectés par les projets pétroliers... Comme si ce qui pourrait se passer à l'Île d'Anticosti ne concrne que les gens qui y habitent, soit moins de 250 personnes!

  • Claude Lafontaine - Abonné 27 avril 2013 18 h 30

    Logique difficile à suivre

    Le ministre Blanchet est habituellement beaucoup plus facile à suivre, dans ce cas ci il nous laisse sous l'impression que les critères utilisés pour initier ou non une étude du BAPE avant le passage à la phase d'exploitation sont plutôt élastiques. Il n'en demandera pas une dans le cas du secteur de Gaspé pour ne pas retarder d'avantage Pétrolia, c'est plus difficile encore de saisir sa logique dans le cas d'Anticosti et je ne suis pas contre l'exploitation des hydrocarbures dans ces deux secteurs si ça peut être fait sans fracturation hydraulique.

    Ce serait intéressant de connaître les critères utilisés habituellememnt par le Ministrère pour lancer ou pas une étude du BAPE ça nous aiderait peut-être à comprendre ce cheminement.

  • Marc Brullemans - Abonné 27 avril 2013 21 h 05

    Pour le bénéfice d'une seule génération

    Alors que les gouvernements québécois successifs lorgnent vers une exploitation des gaz et pétrole de schiste, seuls quelques esprits éclairés se questionnent sur la pertinence d'un tel projet. On peut certes se lancer pendant une génération dans l'extraction de ces ressources mais il faut se rendre compte que l'extraction par la méthode de fracturation, seule possible pour le moment, fera en sorte que le bilan économique ne sera que peu positif sinon négatif. L'activité profitera certes à certains mais sur le plan de la ressource, elle ne représentera que celle d'une génération, à l'aune de notre consommation actuelle d'hydrocarbures.

    Mais qu'en sera-t-il des générations qui suivront? Elles paieront les "externalités" ou encore devront se contenter d'un environnement lourdement dégradé. Au lieu de donner l'exemple au reste de la planète, le Québec, par manque de vision, aura manqué le virage. À quand donc une politique énergétique courageuse? À quand de nouvelles normes comptables prenant en compte les égarements de notre espèce et considérant la planète comme un système fini? À quand une économie vraiment scientifique?...

  • Georges LeSueur - Inscrit 28 avril 2013 11 h 00

    De ma fenêtre...

    La situation manque de clarté et de précisions. On réfère à la Gaspésie et à Anticosti.
    Mais aussi aux "basses terres" du St-Laurent et aux Îles de la Madeleine où un BAPE est prévu.
    Parle-t-on de pétrole, de gaz ou les deux ? La fracturation est-elle nécessaire ?
    La fracturation est un procédé peu connu, sujet à des conséquences imprévisibles.

    Le BAPE s'impose dès que le potentiel connu des gisements rentabilise l'exploitation.
    Chaque secteur concerné doit avoir son BAPE.
    Des spécialistes en environnement comme Claude villeneuve de l'UQAC sont les premières personnes à consulter. Ils représentent les avocats de la défense pour la planète.
    Le consensus entre tous les intéressés doit viser le long terme et prévoir la préservation du milieu et sa restauration en fin d'exercice dont le gouvernement se porterait garant.

    • Claude Lafontaine - Abonné 28 avril 2013 13 h 41

      Si le critère qui justifie une étude du BAPE est comme vous décrivez: "Le BAPE s'impose dès que le potentiel connu des gisements rentabilise l'exploitation", est-ce que ça veut dire que ni le BAPE ni le Ministère des Ress naturelles ne peut intervenir dans la phase d'exploration ?

      J'imagine que même si dans sa version actuelle, la loi sur les mines est boîteuse elle doit encadrer minimalement les façons de faire l'exploration pour par exemple minimiser les dégâts sur l'environnement, mais personne avant les années 2006-2008 faisait de l'extraction de gaz ou de pétrole en employant la méthode de fracturation hydraulique du sous sol (parce que pas rentable à ce moment là) or pour valider le potentiel en gaz ou en pétrole de shale il faut déjà faire de la fracturation à cette étape là, la loi n'a pas prévu ça et ce qui nous freine c'est précisément les doutes quant aux impacts de la fracturation hydraulique sur l'environnement ... un cercle vicieux. Comment s'assurer qu'il n'y aura pas de dégâts sur l'environnement en phase d'exploitation ?

      Il y a bien les résultats des expériences vécues ailleurs aux USA et Canada, mais ce qui a été jugé acceptable là-bas ne l'est pas nécessairement ici, les québécois n'ont pas le même niveau de tolérance que les Texans ou les Albertains; il faut donc, sans réinventer la roue, nous faire une tête sur la question et prendre position, l'arrêt imposé à l'exploration du gaz dans la vallée du St-Laurent règle le problème à très court terme, mais dès qu'il y aura indication de hausse du prix du gaz la pression des industriels sur le Ministère reprendre de plus belle, le temps presse de lancer un mnessage clair peu importe que ce soit un arrêt définitif ou un OK pour aller de l'avant.

  • Albert Picard - Inscrit 28 avril 2013 17 h 05

    Mauvaise foi

    Si l'opinion des gens de l'extérieur de l'Ile d'Anticostie ne compte pas lorsqu'il est question d'exiger une étude environnementale pour l'exploration pétrolière ou gazière sur l'Ile, alors elle ne compte pas non plus lorsqu'il s'agit d'aller de l'avant dans l'exploration. Alors on fait quoi devant ce dilemme?
    Par ailleurs, si il faut se situer en aval pour qu'une région puisse aspirer à une étude du BAPE, le Québec en entier ne se qualifie pas. Cela fait 150 ans qu'on explore un peu partout au Québec pour trouver du pétrole.