Canada - Vancouver sera la ville la plus «verte» du monde

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
La ville de Vancouver tente de se placer à l’avant-garde dans le domaine de la construction écologique.
Photo: Source Tourisme Vancouver La ville de Vancouver tente de se placer à l’avant-garde dans le domaine de la construction écologique.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Devenir la ville la plus verte du monde d’ici à 2020: voilà l’ambitieuse cible que s’est fixée la Ville de Vancouver. Tour d’horizon du plan d’action de la métropole britanno-colombienne à ce sujet.


En juillet 2011, la Ville de Vancouver a adopté un plan d’action en droite ligne avec son objectif de devenir la ville la plus verte du monde d’ici 2020. Lors de la conférence intitulée « Passer au vert. Des choix intelligents pour un avenir durable », qui s’est déroulé le 20 mars dernier au Palais des congrès de Montréal, en marge du salon des technologies écologiques Americana, Penny J. Ballem, directrice générale de la Ville de Vancouver, est venue présenter le modèle et les ambitions de la métropole britanno-colombienne.

 

Réduire, réduire


Dans la lutte contre les gaz à effet de serre (GES), la municipalité souhaite éliminer sa dépendance envers les sources d’énergie fossiles. Pour 2020, le but consiste à réduire de 33 % ses émissions de GES par rapport à 2007. La ville semble engagée dans la bonne voie, puisque, malgré l’accroissement de sa population, ses émissions de GES ont diminué depuis 1998.


Dans la foulée, Vancouver tente de se placer à l’avant-garde dans le domaine de la construction écologique. « Vancouver a son propre code du bâtiment », a précisé Mme Ballem. Le village olympique, construit pour la grand-messe du sport hivernal en 2010, « a été le premier quartier certifié LEED Platine », s’est vantée Mme Ballem, qui y voit une expérience exemplaire. Tous les bâtiments qui seront érigés dans la métropole à partir de 2020 devront être conçus de façon à avoir une empreinte de carbone nulle. Réduire la consommation d’énergie des bâtiments déjà construits et diminuer de 20 % les GES qu’ils émettent figurent aussi parmi les cibles que s’est fixées la métropole. Ce dernier aspect est pris au sérieux, puisque la municipalité a estimé, en 2008, que les bâtiments étaient responsables de 54 % des GES émis à Vancouver.


Du côté du transport, Vancouver veut qu’en 2020 plus de la moitié des déplacements sur son territoire s’effectuent à pied, à vélo ou en transport en commun. Elle a cessé d’investir dans la construction de nouvelles routes pour concentrer ses efforts sur l’élaboration d’infrastructures favorisant ces moyens de locomotion durables. Dans ses projections, la métropole souhaite réduire de 20 % les distances parcourues en automobile par ses habitants à l’intérieur de la ville. C’est sans compter la bonification d’un million de dollars qui a été accordée à l’enveloppe destinée à mettre en place des bornes de recharge pour les voitures électriques.


Plus globalement, un des objectifs fondamentaux consiste à réduire de 33 % l’empreinte écologique des Vancouvérois par rapport à 2006. Or la Ville a constaté que le secteur faisant le plus grimper l’empreinte écologique de ses habitants se révèle être celui de l’alimentation. C’est pourquoi elle met en place tout un chantier pour favoriser les circuits courts et souhaite développer un plan local d’approvisionnement alimentaire.


Si la vallée du Fraser a toujours été le berceau d’une importante industrie agroalimentaire, les Vancouvérois n’avaient pas l’habitude, jusqu’à tout récemment, de chercher à manger des produits d’origine locale. Mais la tendance tend à se renverser. La Ville met en place des mesures pour soutenir l’agriculture urbaine, les jardins communautaires, les cuisines collectives et la création de marchés publics pour la vente des produits de la région. Mme Ballem, Montréalaise d’origine, a confié en entrevue au Devoir qu’elle a souvent fréquenté le marché Atwater durant son enfance et qu’elle croit que Vancouver aurait avantage à importer cette formule et cette culture.


Pour réduire l’empreinte écologique, le changement de comportements est considéré comme un facteur important. Mme Ballem assure qu’actuellement la stratégie en vigueur dans le secteur alimentaire est, « de loin, la plus populaire ». La question alimentaire, selon elle, est un levier efficace pour commencer à inciter les citoyens à se mobiliser et à les convaincre d’adopter de nouvelles habitudes. « Nous avons eu des changements importants dans une période très courte. La discussion avec les collectivités avance. Quand on leur parle seulement d’énergie, ça les ennuie. Mais quand on leur parle de la nourriture, ça les intéresse. »

 

Verdir


Vancouver est aussi souvent cité en exemple comme un endroit où la densification en douce de certains quartiers a été bien acceptée par la population. Le secret du succès de l’opération ? « Nous avons ajouté des espaces verts, des services, des logements sociaux, des parcs, des pistes cyclables. Il y a toujours quelque chose qui accompagne la densification et que les gens peuvent observer en se disant : “ Je vois. Nous recevons quelque chose pour cette densité. ” » Il y a beaucoup de municipalités qui ne comprennent pas ça. Seulement la densification, tout de suite, c’est difficile à vendre. »


Comme autres pistes d’action mises de l’avant pour diminuer son empreinte écologique, la Ville expérimente un projet-pilote pour inciter les entreprises locales à rendre leur voisinage plus vert, réserve un fonds de deux millions de dollars pour subventionner des initiatives vertes et travaille à l’élaboration d’applications basées sur les données ouvertes (open data) en ce sens. Dans la même veine, Vancouver espère réduire de 50 % le volume des déchets solides terminant leur trajectoire dans les dépotoirs ou les incinérateurs.

 

Économie verte


De plus, la ville veut se forger une réputation de Mecque de l’économie verte. Elle espère doubler le nombre d’emplois verts d’ici à 2020. En 2010-2011, 14 900 emplois dits verts étaient dénombrés à Vancouver, soit un peu moins de 4 % du total des emplois. Vancouver espère aussi doubler le nombre d’entreprises s’engageant à rendre leurs activités plus respectueuses de l’environnement sur son territoire. Pour arriver à ces fins, la Ville s’engage à soutenir les grappes d’économie verte et à créer des pôles d’activité reliés aux innovations technologiques, au recyclage et à l’innovation sociale.


La sauvegarde et la revalorisation des écosystèmes aussi préoccupent toujours le gouvernement municipal. Mme Ballem a donné l’exemple de la baie de False Creek, « qui était l’une des zones les plus polluées de notre pays ». À l’aide de règlements plus stricts et d’une revalorisation du territoire mise en oeuvre dans la foulée de la conception du village olympique, des espèces d’oiseaux et de poissons sont revenues y faire leur nid. « Ça démontre tout ce qui peut être réalisé. Même au niveau municipal, il y a beaucoup de choses qu’on peut faire avec les ressources qu’on a. »


Mme Ballem a tout de même insisté pour dire que, pour atteindre tous les objectifs de son plan ambitieux, le gouvernement municipal « ne peut pas y arriver seul. Nous avons besoin de partenaires. »



Collaborateur

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Le titre de cet article a été modifié après sa publication.

1 commentaire
  • Isabelle Martineau - Abonnée 29 avril 2013 19 h 25

    Quand on ne peut pas... On peut!

    Vancouver est enserrée au creux des montagnes et est aussi en bordure du Pacifique. Cette ville pouvait difficilement prendre beaucoup plus d'expansion. Cette contrainte, entre autre, l'a rendu performante sur le plan environnemental. J'espère quelle influencera d'autres (toutes)villes qui n'ont pas ces contraintes. Pour s'assurer que les villes n'attendent pas l'atteinte de leurs propres contraintes d'espace, je suggère qu'on utilise la contrainte légale. Il est grand temps que les gouvernements soient beaucoup plus contraingnants pour la protection de l'environnement. Peut-être même est-il un peu trop tard?